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Arvernes

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Les Arvernes (Arverni en latin) étaient un peuple gaulois du Massif central. Ils furent un des peuples les plus puissants de la Gaule centrale, s’opposant à plusieurs reprises à la puissance romaine. Les « Arvernes » ont légué leur nom à l’Auvergne. Leur nom signifierait « ceux qui sont supérieurs ».

Leur capitale, lors de la guerre des Gaules, Gergovie, se trouvait sur un plateau qui domine l’actuelle ville de Clermont-Ferrand. Auparavant, leur capitale semble s’être trouvée dans les oppida de Corent et Gondole. Les fouilles actuellement menées sur ces sites ont permis des découvertes exceptionnelles : sépultures collectives de chevaux et de cavaliers, enceinte religieuse destinée aux banquets donnés par les rois arvernes avec temples, matériel monétaire et restes des offrandes (ossements animaux et amphores).

L’hégémonie arverne et la monarchie [modifier]

La difficile connaissance d’un peuple de la protohistoire

Comme pour les autres peuples gaulois de l’Antiquité, les Arvernes ne nous ont pas laissé de sources écrites. Ils ne nous sont donc connus que par les récits faits par des peuples étrangers, Grecs et Romains. Si c’est Jules César qui nous permet surtout de les connaître au Ier siècle av. J.-C., les Arvernes font leur apparition plus tôt dans nos sources, à l’occasion de leur confrontation avec les Romains durant le IIe siècle av. J.-C. (voir ci-dessous) et par les récits du grec Poseidonios. Ce dernier ayant voyagé en Gaule celtique au début du Ier siècle av. J.-C., y a recueilli des traditions antérieures. Son œuvre s’est perdue mais des extraits ont été sauvegardés par Strabon, Diodore de Sicile et Athénée. Avec d’autres sources grecques (Appien) et latines (voir ci-dessous), il nous permet de remonter jusqu’au milieu du IIe siècle av. J.-C.. La première mention des Arvernes dans nos sources est encore antérieure : selon Tite-Live, lors de la deuxième guerre punique, un ambassadeur arverne aurait rencontré, sur la côte languedocienne, le carthaginois Hasdrubal, qui venait appuyer Hannibal en Italie et lui aurait fait bon accueil, notamment en le guidant (XXVII, 39). Ces sources littéraires marquées par les préjugés de leur époque doivent être confrontées aux enseignements de plus en plus riches que nous livre l’archéologie.

Ainsi lorsque les Arvernes entrent dans l’histoire, vers -200 - -150, ils constituent déjà un peuple bien identifié, politiquement puissant et organisé. La mise en place de l’entité culturelle arverne est donc bien antérieure. L’archéologie peut confirmer cette ancienneté : la céramique arverne est assez spécifique et présente des décors très élaborés. Ses antécédents remontent vraisemblablement au début du IIIe siècle av. J.-C..

Une hégémonie et non un empire

Les sources gréco-romaines nous présentent pour le milieu du IIe siècle av. J.-C. une monarchie imposant son hégémonie aux peuples du centre et du sud de la Gaule. Selon Strabon (IV, 2, 3) l’hégémonie arverne se serait étendue du Languedoc et du territoire marseillais, jusqu’à l’océan et au Rhin. Le terme grec que l’on peut comprendre par hégémonie, ou par puissance, a parfois été traduit par territoire, ou empire. Ainsi est née l’idée erronée d’un empire arverne qui aurait eu une extension immense au deuxième siècle, préfigurant l’unité nationale française. Il n’en était rien. Il faut comprendre le passage de Strabon comme décrivant une hégémonie, c’est-à-dire la supériorité diplomatique, militaire et politique momentanée d’une cité, à l’image des hégémonies que connut l’histoire grecque classique autour des cités d’Athènes, Sparte et Thèbes. Il faut aussi se rappeler que les généraux romains ayant vaincu les Arvernes avaient aussi intérêt, après -121 à amplifier leur puissance passée pour mieux faire ressortir leur gloire présente.

Que les Arvernes aient été une puissance politique et militaire incontournable en Gaule à cette époque est cependant incontestable, et il est probable qu’ils tinrent pendant une assez longue période le sommet des puissances de Gaule centrale, dirigeant un assez vaste réseau d’alliances avec des peuples plus ou moins proches et puissants et exerçant une contrainte plus directe sur les petits peuples qui étaient leurs voisins, comme les Gabales. Cette hégémonie était bien sûr militaire et guerrière - la guerre jouant un rôle social et politique central dans les aristocraties gauloises. Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu a émis l’hypothèse que cette hégémonie pouvait être perçue à travers les monnaies gauloises de cette époque. Si ses hypothèses ont été en partie corrigées, il n’en reste pas moins que le monnayage arverne est bien le reflet d’un peuple prospère et riche. Les monnaies arvernes sont nettement individualisées au plus tard au milieu du IIe siècle av. J.-C.. Leur iconographie est typique et s’est élaborée à partir d’un prestigieux modèle grec, des statères portant la tête d’Apollon.

La richesse et la renommée des rois arvernes est alors à son comble, la prodigalité de Luernios est ainsi restée légendaire, et ses banquets, ses distributions d’argent nous sont connus par le témoignage de Poseidonios. Les fouilles de Corent ont sans doute retrouvé un sanctuaire qui était le lieu de telles pratiques. Il s’agit d’un vaste espace quadrilatère d’environ cinquante mètres de côté, entouré d’une galerie couverte et d’une haute palissade. Quarante-huit poteaux y soutenaient un portique de six mètres de large. Deux bâtiments jumeaux y étaient construits, et l’on a retrouvé des cuves libatoires, de nombreux restes animaux et du matériel monétaire. La monarchie arverne était un pouvoir charismatique fortement basé sur le prestige personnel gagné à la guerre et par la redistribution des richesses à la collectivité, dans des cérémonies soigneusement organisées. Les textes antiques nous montrent aussi à cette occasion l’importance des bardes : leur talent est là pour relayer le pouvoir du roi, l’affirmer, le pérenniser. Le charisme gagné à la guerre pouvait se manifester par les têtes coupées des vaincus, les textes grecs nous narrant la fierté des chefs gaulois exhibant les crânes des ennemis vaincus. Là encore, l’archéologie leur rend un écho remarquable : un céramique a été retrouvée à Aulnat où l’on voit le dessin d’un guerrier arverne à cheval, l’encolure de la monture étant ornée de têtes coupées. Le roi semble donc avoir conservé son pouvoir en affirmant sa puissance guerrière face aux autres aristocrates et en cultivant sa générosité pour la plus grande part du peuple, soutien essentiel à son pouvoir.

Les sources de la puissance

Il est désormais clair que la puissance arverne était d’abord agricole et démographique. Comme dans les autres régions de Gaule l’habitat s’organise au deuxième siècle en hameaux assez étendus. Mais en Auvergne, dans la plaine très fertile de la Limagne, ils sont extrêmement proches et denses. Cela explique alors l’ampleur des troupes mobilisées par les rois arvernes. Cela peut expliquer alors la richesse de leur monnayage, en particulier celui d’or. Le territoire arverne n’est pas l’un des plus aurifère, à la différence de celui de leurs voisins Lémovices. L’or du monnayage arverne semble donc avoir été acquis soit par des échanges commerciaux, soit par des prises de guerre, soit encore par des opérations de mercenariat, parfois très loin de la Gaule. Cependant la puissance militaire et diplomatique arverne fut mise à mal par les victoires romaines liées à la conquête de la Narbonnaise entre -124 et -121 : Bituitos, fils de Luernios y fut vaincu et capturé.

Les Arvernes de -121 à Jules César

De la monarchie à un gouvernement aristocratique

Si les victoires romaines de la fin du deuxième siècle mirent fin à l’hégémonie arverne, elle ne mirent cependant fin ni à la puissance ni à l’indépendance de la cité qui ne cessèrent qu’avec la guerre des Gaules. Mais l’exil de Bituitos et de son fils après la défaite de -121 avait eut sans doute des conséquences politiques importantes au cœur de la cité arverne. Comme pour bien d’autres peuples celtes à cette époque, la royauté cède la place à un gouvernement aristocratique : au premier siècle avant l’ère chrétienne, les Arvernes étaient dirigés par une assemblée de magistrats qui s’appelaient peut-être Vergobret comme pour d’autres peuples gaulois. Il est possible que cette montée en puissance de l’aristocratie ait correspondu à une concentration relative de la propriété foncière au profit des plus riches (voir ci-dessous). Le grand nombre de nom de personnes sur les monnaies arvernes du premier siècle et la mobilité du peuplement laissent penser que le pouvoir politique était à la fois instable et disputé. Toujours est-il que ce régime aristocratique ne faisait pas l’unanimité, que les partisans d’une royauté populaire étaient sans doute encore nombreux. Les tensions politiques restaient très fortes. Celtillos, père de Vercingétorix, se trouvant en position de puissance, aurait, selon César, aspiré à la royauté : ses compagnons le mirent alors à mort.

Une hégémonie toujours recherchée

César au début de son récit de la guerre des Gaules nous apprend que les Arvernes n’avaient pas abandonné leurs prétentions à une puissance militaire et diplomatique en Gaule. Depuis -121 au moins, leurs rivaux étaient les Éduens. Dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C., deux systèmes d’alliances semblent s’être opposés autour des Arvernes et des Éduens. César nous apprend comment ces derniers furent vaincus lorsque les Arvernes s’allièrent aux Séquanes et aux Germains. Peu de temps avant l’arrivée de César en Gaule, les Éduens s’étaient retrouvés soumis aux Séquanes puis au chef germain Arioviste. Les Arvernes semblent par contre moins présents - signe peut-être de dissensions intérieures, ou qu’il s’étaient contentés de l’abaissement de leur ennemi ? Toujours est-il qu’ils observèrent d’abord une neutralité prudente et distante face à César.

La guerre des Gaules est aussi un conflit politique entre Gaulois

Lors de la dernière partie de la guerre des Gaules, Vercingétorix, noble arverne, revendique à nouveau la royauté pour lui. Il se heurte lui aussi aux autres aristocrates, et notamment à son oncle Gobannitio. Prenant la fuite, il s’appuie sur le peuple des campagnes pour s’imposer et prendre le titre de roi. Ce changement politique obtenu, il prend la tête de la coalition gauloise contre César. Lorsque César vient le défier sur ses terres, lors du siège de Gergovie, il sait repousser l’armée romaine. Vaincu à Alésia, il est capturé par César.

César après sa victoire fait preuve de clémence et de sens politique, il ménage les Arvernes et leur rend vingt mille prisonniers, nul doute qu’il veut s’appuyer sur la partie de l’aristocratie qui lui avait été favorable antérieurement. Les Arvernes retrouvent donc un gouvernement dirigé par une assemblée de magistrats et de notables. C’est Epasnactos qui prend la tête de la cité. Décrit comme un grand ami de Rome par César, il nous est aussi connu par des monnaies marquée EPAD, dont un très grand nombre a été retrouvé à Gergovie. Epasnactos prouve sa fidélité à Rome en livrant à César le chef cadurque Luctérios.

La cité Arverne intégrée à l’empire romain

Une capitale nouvelle

La cité des Arvernes est alors intégrée à la nouvelle province d’Aquitaine. Elle semble avoir connu alors une certaine prospérité. Gergovie sa capitale est déplacée à Augustonemetum, actuelle Clermont-Ferrand, vers la fin du Ier siècle av. J.-C. : le siècle d’Auguste marque une époque de relative rupture. L’urbanisme antique en reste peu connu, mais il s’organisait selon un plan orthogonal, comme bien des villes romaines. Aujourd’hui un seul vestige antique est encore visible dans la ville, il s’agit du « Mur des Sarrazins », ainsi nommé à l’époque médiévale.

Des établissements thermaux ont été retrouvés à proximité de Clermont-Ferrand, à Royat et à Chamalières - un sanctuaire associé à des sources a conservé de très nombreux ex-voto, aujourd’hui visibles au musée Bargoin de Clermont-Ferrand, avec l’une des plus longues inscriptions en langue gauloise.

Il n’y a donc pas solution de continuité avec le passé : la romanisation se bâtit sur le passé gaulois et non contre lui. Ainsi le sanctuaire de Corent est-il réaménagé sur la base du plan antérieur, mais avec des techniques de construction romaine, et un fanum est élevé, en plus des deux petits temples. L’abandon de Corent pour Gergovie, puis pour Clermont, ne signifia donc pas la fin du rôle religieux de ce sanctuaire.

Des notables discrets, un peuple industrieux

Peu d’Arvernes sont connus sous l’empire, et si certains intégrèrent l’ordre équestre ou l’ordre sénatorial, ils nous sont restés inconnus. Au troisième siècle nous savons qu’un notable arverne avait des liens avec le puissant Timésithée. À la fin de l’antiquité cependant le personnage de Sidoine Apollinaire montre l’importance et la richesse de la noblesse arverne et ses liens avec Rome.

Les prospections archéologiques récentes menées autour de Clermont-Ferrand, ont fait apparaître un dense réseau d’établissements agricoles (villae) qui structurait l’espace rural de la Limagne et fut mis en place au Ie siècle. De très nombreuses villae ont été identifiées dans un rayon de 20 à 30 km de la ville, avec des densités fortes pour les terres les plus fertiles, attestant d’une intense mise en valeur agricole et d’une occupation démographique importante. Un assez grand nombre de ces villae reprennent en fait l’emplacement d’une exploitation de l’époque de La Tène. D’autres indices de continuité existent, il semblerait en fait qu’une période de concentration des propriétés rurales ait eu lieu au début du Ier siècle av. J.-C. : il y aurait donc eu une relative continuité sociale des élites arvernes entre la fin de la période de l’indépendance et l’époque de l’empire romain.

Par ailleurs, la production agricole semble avoir pris une importance plus grande au Ie siècle, la période précédente témoignant de pratiques à dominante pastorale. La production était sans doute d’abord tournée vers les céréales ainsi que peut le laisser penser la découverte d’un moulin hydraulique aux Martres de Veyre. Il est possible qu’il y ait eu aussi de la viticulture. Les densités maximales semblent atteintes au IIe siècle. Une assez forte continuité est cependant notée dans l’occupation des villae, en particulier pour les plus riches, qui se maintiennent au Bas Empire et même parfois au Haut Moyen Âge

À la fin du Ie siècle, les ateliers de céramique de Lezoux connurent un succès considérable, exportant leur céramique sigillée dans une grande partie de l’occident romain, à l’image d’autres ateliers céramiques gaulois comme celui de La Graufesenque. Les formes de ces céramiques, les signatures des potiers, sont des indices précieux pour les archéologues, notamment pour dater le site où les céramiques furent retrouvées.

Ces témoignages d’une prospérité incontestable, d’une romanisation importante et d’une bonne insertion dans les échanges qui animaient l’empire, rendent donc d’autant plus énigmatique notre faible connaissance des élites de la cité arverne sous l’empire. Mais il est vrai que c’est également le cas pour d’autres cités gauloises.

Le culte de Mercure

Durant le Ie siècle, la cité se dote d’un riche temple dédié à Mercure, qui correspond sans doute à celui dont les restes furent retrouvés au sommet du Puy de Dôme. Pline l’Ancien nous a conservé la description de la statue colossale que le sculpteur Zénodore avait érigée pour ce sanctuaire[1]. Il est possible que ce soit aussi le sanctuaire de Vassogalate dont parle Grégoire de Tours. Selon ce dernier, il aurait été pillé et incendié par les Alamans menés par le roi Chrocus en 259[2]. On considère cependant le plus souvent que le temple de Vassogalate correspond aux structures retrouvées dans l’actuel quartier de Jaude. L’intérêt pour la statue de Zénodore a été relancé en avril 2007 par la découverte, au sud de l’agglomération antique de Clermont-Ferrand, d’un pied de statue monumentale antique de grande dimension (60cm, soit une statue de 4 mètres environ) et d’une réalisation de qualité exceptionnelle : si rien n’indique qu’il s’agisse d’un fragment de la statue de Zénodore, cette découverte témoigne de la présence d’une grande statuaire de qualité dans la capitale arverne à l’époque romaine[3].

Le Mercure arverne était l’héritier direct du dieu gaulois Lug. Des inscriptions - trouvées en des sites parfois très éloignés de l’Auvergne - le qualifient d’Arvernus ou d’Arvernorix.

Arvernes célèbres

* Bituitos : roi des Arvernes du IIe siècle av. J.-C., fils de Luernios.

* Luernios : roi des Arvernes du IIe siècle av. J.-C., père de Bituitos.

* Celtillos : notable arverne du Ier siècle av. J.-C., père de Vercingétorix.

* Gobannitio : première moitié du Ier siècle av. J.-C., oncle de Vercingétorix.

* Vercingétorix

* Vercassivellaunos : première moitié du Ier siècle av. J.-C., cousin de Vercingétorix.

* Epasnactos : première moitié du Ier siècle av. J.-C., chef arverne favorable à César.


sources wikipedia

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