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Les Cuirassiers de Reichshoffen

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Les Cuirassiers de Reichshoffen

Malgré la défaite écrasante, le combattant français ne démérita pas. Les actes d’héroïsme furent nombreux. Parmi eux, les charges des cuirassiers à Reichshoffen sont restées célèbres. Elles font partie de la geste de l’armée française. C’était le 5 août 1870, lors de la bataille de Woerth : le centre du corps de Mac-Mahon est près d’être enfoncé. Son aile droite, division Lartigue, est sur le point d’être enveloppée. Il n’y a plus de place que pour le sacrifice.

Le général de Lartigue cherche partout quelle force retardera l’enveloppement. Il se souvient que le maréchal de Mac-Mahon a mis à sa disposition la brigade de grosse cavalerie Michel. Il envoie le colonel d’Andigné au général de division Duhesme, commandant la cavalerie du le’ corps, et lui demande l’un de ses régiments de cuirassiers. Le général Duhesme était gravement malade et alité. Le dessein l’épouvanta, et, ayant fait signe au colonel d’Andigné d’approcher :

-  Au nom du ciel, dites au général de Lartigue qu’il va faire une folie et faire détruire pour rien mes cuirassiers.

-  Mon général, répliqua l’officier, il n’y a plus d’autre moyen de sauver les débris de la division ; et puis, ajouta-t-il en hésitant un peu, la cavalerie peut-elle, sans déshonneur, demeurer témoin impassible d’un pareil désastre ?

A ces mots, le général Duhesme, comprenant toute l’horreur des choses, ne résista plus. D’une voix émue jusqu’aux larmes, il répéta ces seuls mots :

-  Mes pauvres cuirassiers, mes pauvres cuirassiers !
Et, silencieusement, il pressa dans sa main fiévreuse la main du colonel d’Andigné.

On n’avait demandé qu’un régiment. Les deux régiments de la brigade se disposèrent au combat. C’étaient le 8e et le 9e cuirassiers. Deux escadrons du 6e lanciers se trouvaient en outre disponibles. L’un des capitaines, s’adressant à ses hommes, leur dit en tirant son sabre :
-  Nous ne laisserons pas seuls nos camarades les cuirassiers.

Et par ces mots il enleva toute sa troupe. Cette cavalerie comprenait en tout neuf escadrons. Elle se rangea sur deux lignes dans le vallon formé par l’Eberbach : en tête le 8e cuirassiers, puis le 9e et les lanciers. Le général de Lartigue indiqua comme objectif de la charge le corps du général de Schkopp qui commençait à déboucher de Morsbronn. Quoique les événements de la journée rendissent vraisemblable une intervention de la cavalerie, on avait
Depuis la charge de la Brigade legére a Balaklava, en Crimée, il a été démontré que le feu de l’infanterie peut briser un assaut de cavalerie. A fortiori lorsque, comme à Reichshoffen, la cavalerie doit charger dans un terrain hérissé d’obstacles ou dans les rues d’un village.

omis de reconnaître le terrain, en sorte que tout manquerait, hormis d’héroïsme. Ce terrain lui-même était très défavorable, car il était planté d’arbres à branches très basses, coupé de fossés, parsemé de souches tranchées à fleur de sol.

Le 8e cuirassiers se forme à l’abri du ravin ; dès qu’il a remonté les pentes de l’Eberbach, il est criblé sous le feu des fantassins, cachés les uns dans les vignes ou les vergers, les autres dans les houblonnières. En dépit des balles, la charge continue et, comme un torrent, s’abat sur Moiseront.

Au moment d’y pénétrer, le régiment se divise. Tandis que quelques fractions se jettent à droite et à gauche sur l’infanterie, la plupart s’engouffrent dans la longue et étroite rue du village. Déjà les maisons sont occupées, et des fenêtres ou des toits les assaillants sont fusillés à bout portant. A l’extrémité de la rue, une barricade a été improvisée. Arrêtés dans leur course, les malheureux cavaliers rebroussent chemin ; ils se fraient leur route à travers les chevaux abattus et sur les corps de leurs camarades blessés. A toutes les fenêtres les fusils se rechargent, et les balles, dit un témoin oculaire, résonnent sur les cuirasses comme la grêle sur les vitres en temps d’orage.

Ceux qui parviennent à s’échapper se reforment, essaient encore de charger. I ais les cavaliers s’abattent sous les projectiles, les chevaux culbutent dans les fossés ou s’embarrassent dans les treillis qui relient les houblonnières. Tout à coup ils se heurtent à un détachement de hussards prussiens qui font feu de leurs armes, mais, intimidés par ces fiers débris, n’osent aborder la valeureuse troupe même décimée. ependant les cuirassiers du 9’ régiment ont, avec les lanciers, suivi leurs camarades du 8e. Même héroïsme avec un pareil destin : eux aussi, ils s’enfoncent dans la rue de Morsbronn, tourbillonnent dans le village, n’en peuvent sortir et demeurent presque tous aux mains de l’ennemi. Les pertes en tués, blessés, prisonniers, disparus étaient, pour les neuf escadrons, de près de huit cents hommes. Trente-sept officiers étaient tués ou blessés.

Un quart d’heure plus tard, on voyait, à travers la plaine ou sur les pentes des coteaux, quelques groupes de cuirassiers ou de lanciers, égarés, comme à l’aventure, aux limites extrêmes du champ de bataille, et qui cherchaient, fut-ce au prix de longs détours, à regagner nos lignes. C’étaient les restes de ceux qu’une tradition, durable autant que la France elle-même, honorera sous le nom de cuirassiers de Reichshoffen ou sous le nom plus exact de cuirassiers de Morsbronn

P. de L A CORCE


sources hebdomadaire "Le journal de la France" Tallandier 1970

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