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La Wehrmacht ravitaillée par la R.A.F.

, par


Pourtant, Hackett avait fait ce qu’il avait pu pour essayer de mettre un peu d’ordre dans cette situation et quand, enfin, Urquhart, ayant réussi à s’échapper de son grenier, vint reprendre son poste, lui non plus ne put réussir à mettre fin au désordre
Les hommes de Frost, lui fut-il dit, continuaient bravement leur combat sur le pont face à une pression qui s’accentuait, tandis que des détachements de quatre bataillons s’efforçaient de se frayer un chemin à travers les positions allemandes de la ville pour venir les dégager’ Trois autres bataillons, sous les ordres de Hackett étaient partis vers le nord et il se pouvait — mais rien n’était moins sûr qu’ils entrassent. dans la ville de ce côté. Le 9e bataillon de la division, enfin, était le seul qui restât dans le secteur du P.C
Sombre mardi ! Toutes les attaques montées dans la ville avaient échoué ; de plus, elles avaient coûté très cher. Les bataillons de Hackett, aux prises avec des forces allemandes qui se renforçaient d’heure en heure, avaient dû se replier au sud de la voie ferrée’ Le seul bataillon resté dans le secteur du P’C’ de la division subit alors un assaut qui faillit le couper du reste des troupes. Le repli fut d’une énergie farouche, mais il coûta fort cher en vies humaines et en véhicules. Avant même qu’il fût complètement terminé, les hommes, au bord de l’épuisement, purent voir avec consternation les avions de la R.A.F’, au milieu d’une Flak intense, lâcher leurs containers de ravitaillement exactement sur les emplacements prévus’.’ mais ces derniers étaient toujours aux mains de l’ennemi !

A la tombée de la nuit, les Britanniques se battaient toujours dans la ville avec autant d’énergie , et d’allant mais au milieu d’une confusion qui ne faisait qu’empirer, tandis que leurs camarades se repliaient. Dans chacun des bataillons qui combattaient en ville, le colonel avait été blessé et les pertes en officiers étaient sévères. Enfin, on ne pouvait plus attendre des hommes de Frost, épuisés, une longue résistance.
Pourtant, ils devaient bel et bien tenir encore tout un jour et toute une nuit. Sans nourriture, sans eau, à court de munitions, ils avaient installé les blessés et les mourants dans les caves obscures des immeubles détruits ou en flammes et semblaient bien maintenant, au milieu de la poussière, de la fumée et des ruines éclaboussées de sang, avoir compris que tout espoir de victoire devait être abandonné. Ce qui n’empêche que, lorsque l’assaut final fut donné par les Allemands, le jeudi matin, l’un des attaquants devait reconnaître : « La bataille fut d’une violence incroyable’ Elle faisait rage dans les étages, dans les escaliers des maisons’ Des grenades volaient dans toutes les directions’ Et chaque immeuble devait être conquis de cette façon. » A 9 heures, c’était fini.

Quant au reste de la division, on l’avait installé sur des positions qui faisaient à peu près un fer à cheval, à l’ouest d’Oosterbeek et au nord du bac de Heveadorp. Urquhart avait espéré que, s’il pouvait tenir là, il aurait une chance de voir arriver la armée après
qu’elle aurait franchi le fleuve, même si Frost ne réussissait pas à maintenir son étreinte à l’extrémité nord du pont .
Tout allait dépendre de la vitesse à laquelle la IIe armée pourrait progresser. Quand la nouvelle parvint aux Britanniques que les Américains et la division de la Garde s’étaient emparés des ponts de Nimègue, à 16 kilomètres de là seulement, ils purent croire que la délivrance n’était plus loin’ En fait, à l’aube du vendredi, Urquhart reçut ce message du 30e corps : « La 43e division a reçu l’ordre de tenter l’impossible pour vous dégager aujourd’hui. »
Mais ces 16 kilomètres, les Allemands allaient les défendre avec une détermination farouche, avec beaucoup d’habileté aussi, tirant profit de tous les avantages que pouvait leur offrir le terrain, utilisant une route latérale où leurs véhicules et leurs blindés
passaient inaperçus tandis que les blindés britanniques ne pouvaient se déplacer que sur un seul axe étroit en raison des digues et des fossés d’irrigation qui le limitaient de chaque côté’ Bien plus, la seule route utilisable se trouvait sous le feu de l’artillerie et de l’infanterie de l’armée de Model, qui devenaient à chaque instant plus fortes et plus efficaces ; l’écoulement de la circulation sur cette route était des plus irréguliers ; les munitions restaient bloquées dans les encombrements, et quand il fallut demander l’intervention des avions, on s’aperçut que les deux seuls postes radio disponibles étaient hors d’usage ! On comprend que l’avance du 30’ corps ait été moins rapide que prévu.

Angoissé par l’état dans lequel se trouvait sa division — « une série de résistances individuelles », estimait-il , Urquhart se disait que « l’inipossible n’était peut-être pas tenté » par ceux qui venaient le délivrer et, à mesure que les heures passaient, il constatait que ses positions sur la rive nord s’affaiblissaient dangereusement. Tout au long de sa ligne de défense et dans la zone intérieure sans arrêt soumise au bombardement de l’artillerie (les Allemands l’appelaient le chaudron), ses hommes ne pouvaient trouver ni repos ni sommeil. Vivres et munitions étaient au plus bas ; l’eau et les médicaments pratiquement inexistants. Les chars de l’ennemi, ses patrouilles d’infanterie, ses tireurs d’élite, ses canons d’assaut lançant des obus au phosphore s’infiltraient constamment à travers la mince ligne des avant-postes anglais et causaient d’énormes pertes aux hommes épuisés, mourant de faim et de soif, encore plus furieux de voir les avions anglais et américains foncer avec détermination au milieu des barrages de la Flak pour aller jeter leur ravitaillement aux Allemands !
Certains hommes s’effondrèrent complètement, mais la plupart continuèrent à combattre obstinément.
A l’issue de sanglants combats, le Border Regiment de la brigade Hicks fut chassé des hauteurs de Westerbouwing qui commandent le bac de Heveadorp et quand, finalement, le beau temps permit de faire sauter la brigade Sosabowski au sud du fleuve, près de Driel, les Britanniques avaient été repoussés de l’embarcadère nord’ Le bac était détruit et le passage sous le feu de l’artillerie allemande.

Malgré les dangers énormes et les immenses difficultés de l’entreprise, les Polonais tentèrent de franchir le fleuve dans la nuit du vendredi’ Mais quand le bombardement du chaudron reprit, à l’aube du samedi, une cinquantaine de Polonais seulement avaient réussi la traversée’ Une autre tentative eut lieu dans la nuit du samedi par le 4e bataillon du régiment du Dorset, une des unités de tête du 30e corps qui venait enfin d’atteindre le Rhin inférieur’ Cette tentative aussi devait échouer, la plupart des hommes ayant été tués dans leurs bateaux qui, de toute façon, emportés par le courant, dérivèrent bien au-delà des positions britanniques.
Cette tentative de traversée des hommes du Dorset n’avait pas tellement pour but de dégager la division aéroportée ; elle visait plutôt à permettre son évacuation’ En effet, on venait de décider que la fragile tête de pont nord ne pouvait plus être tenue plus longtemps et que ce qui restait de la division aéroportée devait être replié.
Dans la nuit du lundi suivant l’évacuation commença. Les Allemands, qui, d’abord,n’avaient pas réagi, s’aperçurent vite de ce qui se passait et, à partir de minuit, prirent la manœuvre sous le feu de leurs mitrailleuses et de leurs canons lourds installés sur les hauteurs de Westerbouwing.
Puis leurs chars commencèrent à s’approcher des lignes de défense britanniques. Pour la première fois depuis une semaine, ils ne rencontrèrent aucune résistance’
Plus de 300 blessés furent faits prisonniers à l’intérieur du périmètre. Il y en avait à peu
près dix fois plus dans les postes de secours allemands et les hôpitaux hollandais. Parmi ces derniers, c’est par centaines que la Résistance locale les aida à s’évader, mais pour beaucoup d’autres, il n’était plus question de retour’ 1 200 soldats britanniques au moins avaient été tués ; plus de 3 400 soldats allemands, tués ou blessés.

On peut trouver plusieurs raisons à cet échec’ La plus facile est que les mauvaises
conditions météo empêchèrent ravitaillement et renforts d’arriver, et servirent les Allemands. Mais il y a d’autres explications.
Sans doute, l’action de chefs comme Model, Student et Bittrich sur les lieux
mêmes des atterrissages était imprévisible ; de même, il était difficile de prévoir l’incroyable rapidité de leur réaction ; mais il n’en reste pas moins que les Britanniques se sont posés à Arnhem avec très peu de renseignements sur la résistance qu’ils pourraient rencontrer.
Les transmissions ne valaient guère mieux. On constate, d’après les rapports, que les
postes radio de brigade et de division avaient une portée insuffisante’ Durant toute’ la bataille, les transmissions radio ont été, sinon inexistantes, du moins intermittentes, et,
jusqu’au dernier jour, il fut impossible de demander par radio l’appui-feu rapproché
des avions’ Cette défaillance s’explique par le nombre limité des avions et planeurs disponibles ; pour emporter des postes radio plus lourds ou plus volumineux, il aurait fallu réduire le nombre des hommes.
La limitation du nombre des avions engagés fut aussi, en partie, la cause de l’échec ;
ce fut même, selon les Allemands, la cause principale car la division aéroportée ne fut jamais au maximum de ses effectifs en raison de l’étalement des transports sur trois jours.
Cependant, dès la tombée de la nuit, le 22 septembre, il était évident que l’encom-
brement incroyable de la route Eindhoven Nimègue et le durcissement de la pression ennemie des deux côtés de celle-ci n’allaient pas permettre de faire arriver les renforts à temps, et même devaient faire considérer comme bien improbable le maintien d’une tête de pont au-delà du Rhin inférieur.
Pourtant, en elle-même, la conception de la manoeuvre n’avait pas été une erreur : si
« Market Garden » avait réussi rapidement, puis avait été suivie d’une autre opération sur les défenses allemandes de l’Escaut pour dégager Anvers, il est certain que les conséquences en eussent été incalculables. Churchill l’a bien dit : « Nous avions une belle occasion à portée de la main. »
Tout de même, l’opération « Market Garden » n’a pas été un échec total. Les
passages de la Meuse et du Waal étaient maintenant créés et les Alliés possédaient ce que le général Student devait appeler « un excellent tremplin pour lancer l’assaut final contre l’Allemagne »


Les articles de ce dossier sont extrait d’un article de Christopher Hibbert parut dans Historia magazine n 77 mai 1969

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