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La bataille de Zama (19 octobre 202)

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La bataille de Zama (19 octobre 202).

Disposition des troupes

Il ne forma point sa ligne par cohortes serrées et disposées chacune en avant de ses enseignes ; mais il ménagea entre les manipules de faibles intervalles, de manière à ce que les éléphants de l’ennemi pussent entrer dans les rangs sans y porter le désordre. Laelius, qui avait été son lieutenant, qui était cette année attaché à sa personne comme questeur extraordinaire en vertu d’un sénatus-consulte, fut placé à l’aile gauche avec la cavalerie italienne ; Masinissa et ses Numides à la droite. Pour remplir les vides ménagés entre les manipules des antesignani, il se servit des vélites qui composaient alors les troupes légères : ils avaient ordre, dès que les éléphants donneraient, ou de se retirer derrière les lignes régulières, ou de s’éparpiller à droite ou à gauche et de se ranger contre les antesignani, afin d’ouvrir aux animaux un passage où ils viendraient tomber sous les coups de mille traits croisés.

Hannibal plaça, comme moyen de terreur, ses éléphants en première ligne : il en avait quatre-vingts, nombre qu’il n’avait jamais réuni dans aucune bataille ; puis venaient ses auxiliaires Ligures et Gaulois, entremêlés de Baléares et de Maures ; à la seconde ligne, les Carthaginois, les Africains et la légion macédonienne ; puis, à un faible intervalle, sa réserve composée d’Italiens. C’étaient, pour la plupart, des Bruttiens, qui, par contrainte et par force, plutôt que de bonne volonté, l’avaient suivi lorsqu’il évacuait l’Italie. Sa cavalerie garnissait aussi les ailes ; les Carthaginois à la droite, et les Numides à la gauche.

Hannibal essaya de toute sorte d’encouragements pour animer ce mélange confus d’hommes qui n’avaient rien de commun, ni la langue, ni les usages, ni les lois, ni les armes, ni les vêtements, ni l’extérieur, ni les intérêts. Aux auxiliaires il fit voir une riche solde pour le moment et de plus riches dépouilles dans le partage du butin. Parlant aux Gaulois, il attisa dans leur âme le feu de cette haine nationale et naturelle qu’ils nourrissaient contre Rome. Aux yeux des Ligures il fit briller l’espoir de quitter leurs âpres montagnes pour les plaines fertiles de l’Italie. Il épouvanta les Maures et les Numides par le tableau du despotisme cruel sous lequel Masinissa les écraserait. En s’adressant à d’autres, c’étaient d’autres espérances, d’autres craintes qu’il remuait au fond de leur cœur. Il parla aux Carthaginois des remparts de la patrie, des dieux pénates, des sépultures de leurs pères, de leurs enfants et de leurs parents, de leurs femmes éperdues ; il leur montra la ruine et l’esclavage d’une part, de l’autre l’empire du monde, alternative terrible qui ne laissait pas de milieu entre la crainte et l’espérance.
Tandis que le général s’adressait ainsi à ses Carthaginois, et que les chefs des nations diverses de son armée haranguaient leurs concitoyens et, par la bouche d’interprètes, les étrangers mêlés à leurs bandes, les Romains sonnèrent tout à coup de la trompette et du clairon, et poussèrent un cri si formidable que les éléphants se rejetèrent sur leur armée, et surtout à leur gauche, sur les Maures et les Numides. Masinissa qui vit l’effroi des ennemis, augmenta sans peine leur confusion, et les priva sur ce point du secours de leur cavalerie. Néanmoins quelques éléphants, plus intrépides que les autres, fondirent sur les Romains et causèrent un grand ravage parmi les vélites, non sans être eux-mêmes criblés de blessures : car les vélites, se repliant sur les manipules, ouvrirent un passage aux éléphants pour n’être pas écrasés par eux, et quand ils virent, au milieu des rangs, ces animaux qui prêtaient le flanc des deux côtés, ils les accablèrent d’une grêle de traits ; en même temps les antesignani ne cessaient de lancer sur eux leurs javelots. Chassés enfin des lignes romaines par ces traits qui pleuvaient sur eux de toutes parts, ces éléphants se rejetèrent comme les autres contre la cavalerie carthaginoise, à l’aile droite, et la mirent en déroute. Dès que Laelius vit les ennemis en désordre, il profita de leur effroi et augmenta leur confusion.

Combat d’infanterie

L’armée carthaginoise était privée de sa cavalerie aux deux ailes, quand les deux infanteries s’ébranlèrent ; mais déjà leurs forces et leurs espérances n’étaient plus égales. Joignez à cela une circonstance, fort légère en elle-même, mais qui eut une grande importance dans cette affaire ; le cri des Romains était plus uniforme et par là plus nourri, plus terrible, tandis que de l’autre côté c’étaient des sons discordants, c’était un mélange confus d’idiomes divers.

L’armée romaine se tenait ferme et compacte par sa propre masse autant que par le poids de ses armes, dont elle écrasait l’ennemi. Les Carthaginois ne faisaient que voltiger et déployaient plus d’agilité que de force. Aussi, dès le premier choc, les Romains ébranlèrent l’ennemi ; ils le poussèrent alors à l’aide des bras et du bouclier, et, avançant à mesure qu’il reculait, ils gagnèrent ainsi du terrain sans éprouver presque de résistance. Les derniers rangs pressèrent les premiers dès qu’ils s’aperçurent que la ligne était en mouvement, et cette manoeuvre leur donna une grande force d’impulsion.
Du côté des ennemis, la seconde ligne, composée d’Africains et de Carthaginois, au lieu de soutenir les auxiliaires qui pliaient, craignit que les Romains, après avoir écrasé les premiers rangs qui résistaient avec acharnement, n’arrivassent jusqu’à elle, et lâcha pied. Alors les auxiliaires tournèrent brusquement le dos et se rejetèrent vers leurs amis : les uns purent se réfugier dans les rangs de la seconde ligne ; les autres, se voyant repoussés, massacrèrent pour se venger ceux qui naguère avaient refusé de les secourir et qui maintenant refusaient de les recevoir. C’était donc un double combat, pour ainsi dire, que soutenaient les Carthaginois aux prises tout à la fois avec leurs ennemis et avec leurs auxiliaires. Cependant, dans l’état d’effroi et d’exaspération où ils voyaient ces derniers, ils ne leur ouvrirent pas leurs rangs ; ils se serrèrent les uns contre les autres et les rejetèrent aux ailes et dans la plaine d’alentour hors de la mêlée, afin d’éviter que ces étrangers en désordre et couverts de blessures n’allassent porter le trouble dans un corps de soldats carthaginois qui n’était pas encore entamé.

Au reste, il y avait un tel encombrement de cadavres et d’armes sur la place qu’avaient naguère occupée les auxiliaires, que les Romains avaient, pour ainsi dire, plus de peine à s’y frayer un passage qu’ils n’en auraient eu pour passer à travers les rangs serrés de l’ennemi. Aussi les hastats qui étaient en fête, poursuivant les fuyards, chacun comme il le pouvait, à travers ces monceaux de cadavres et d’armes et ces mares de sang, confondirent leurs enseignes et leurs rangs. La même fluctuation se fit bientôt remarquer aussi dans les rangs des principes, qui voyaient la première ligne en désordre. Quand Scipion s’en aperçut, il ordonna aussitôt aux hastats de battre en retraite, envoya les blessés à l’arrière-garde, et fit avancer sur les ailes les principes et les triaires, pour donner plus d’assiette et de solidité au corps des hastats, qui formait ainsi le centre. Un nouveau combat fut donc engagé ; les Romains se trouvaient en face de leurs véritables ennemis ; c’étaient de part et d’autre les mêmes armes, la même expérience, la même gloire militaire, les mêmes espérances ambitieuses, les mêmes dangers à courir ; tout était égal. Mais les Romains avaient l’avantage du nombre et du courage ; ils avaient déjà mis en déroute la cavalerie et les éléphants ; déjà vainqueurs de la première ligne, ils venaient combattre la seconde.

Défaite de l’armée carthaginoise

Laelius et Masinissa, qui avaient poursuivi assez loin la cavalerie en fuite, revinrent à temps attaquer par derrière la ligne ennemie ; cette charge de cavalerie mit enfin les Carthaginois en déroute. Les uns furent enveloppés et massacrés avant d’avoir quitté leurs rangs ; les autres, qui fuyaient dispersés dans la plaine ouverte autour d’eux, rencontrèrent la cavalerie romaine qui battait tout le pays et qui les tailla en pièces. Les Carthaginois et leurs alliés laissèrent sur la place plus de vingt mille morts ; ils perdirent à peu près autant de prisonniers, cent trente enseignes et onze éléphants. Les vainqueurs eurent à regretter environ deux mille hommes.

Hannibal s’échappa au milieu du désordre avec un petit nombre de cavaliers, et se réfugia dans Hadrumète. Pendant le combat comme avant l’action, et jusqu’au moment où il quitta le champ de bataille, il avait déployé toutes les ressources de l’art militaire ; et, de l’aveu même de Scipion, ainsi que des plus habiles hommes de guerre, on lui doit cet éloge, il avait disposé ce jour-là son armée avec un rare talent. Les éléphants étaient en première ligne, pour que leur choc imprévu, leur charge irrésistible, empêchassent les Romains de suivre leurs enseignes et de garder leurs rangs, tactique dont ils attendaient tout. Puis venaient les auxiliaires devant la ligne des Carthaginois, en sorte que ce ramassis d’aventuriers de toutes les nations, dont la foi n’avait d’autre lien que l’intérêt, n’était pas libre de prendre la fuite. Hannibal avait calculé aussi qu’en recevant le premier choc des Romains ils amortiraient leur ardeur et serviraient, à défaut d’autre service, à émousser par leurs blessures le fer ennemi. À la réserve il avait placé le corps sur lequel reposait tout son espoir, les Carthaginois et les Africains ; il comptait que toutes choses égales d’ailleurs, ces soldats venant combattre, tout frais encore, des hommes fatigués et blessés, auraient nécessairement l’avantage. Quant aux Italiens, ne sachant s’il devait voir en eux des alliés ou des ennemis, il les avait éloignés du corps de bataille et relégué à l’arrière-garde. Après avoir donné cette dernière preuve de ses talents, Hannibal, qui s’était réfugié dans Hadrumète, retourna à Carthage où il était mandé : il y avait trente-six ans qu’il en était parti enfant. Devant le sénat il déclara qu’il s’avouait vaincu non seulement dans cette bataille, mais aussi dans la guerre, et qu’on n’avait d’espoir de salut qu’en obtenant la paix.


Eugène Lasserre, Tite-Live, Histoire romaine, t. IV, Paris, Garnier, 1937

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