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Conditions de Paix

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Scipion reçoit les ambassadeurs carthaginois

Aussitôt après le combat, Scipion força le camp ennemi, le pilla et retourna vers la côte, à ses vaisseaux, avec un immense butin. Il y apprit que Lentulus avait abordé à Utique avec cinquante vaisseaux à éperons et cent bâtiments de transport, chargés de provisions de toute espèce. Pensant qu’il fallait profiter de l’abattement de Carthage pour la frapper d’une terreur nouvelle, il envoya Laelius porter à Rome la nouvelle de sa victoire, chargea Gnaeus Octavius de conduire par terre les légions sur Carthage ; et lui-même, après avoir réuni à son ancienne flotte la nouvelle escadre de Lentulus, il fit voile d’Utique pour le port de Carthage. Il en était peu éloigné, lorsqu’il vit un vaisseau carthaginois qui venait à sa rencontre, orné de bandelettes et de rameaux d’olivier. Il portait dix ambassadeurs, des premiers de la ville, qu’on envoyait d’après le conseil d’Hannibal pour demander la paix. Quand ils furent auprès du vaisseau amiral, ils présentèrent à Scipion les voiles des suppliants, lui demandèrent grâce et implorèrent sa clémence et sa pitié. Pour toute réponse, le général leur ordonna de se rendre à Tunis, où il allait transporter son camp. Puis, après avoir contemplé la situation de Carthage, moins pour en faire alors la reconnaissance que pour humilier l’ennemi, il rappela Octavius à Utique et y retourna lui-même.

De là il se rendit à Tunis. Sur sa route on vint lui annoncer que Vermina, fils de Syphax, à la tête d’un corps d’armée plus fort en cavalerie qu’en infanterie, s’avançait au secours des Carthaginois. Une portion de l’armée, toute la cavalerie comprise, attaqua les Numides le premier jour des Saturnales, et les mit en déroute après un engagement peu sérieux. La cavalerie romaine cerna les vaincus de toute part et leur ferma toutes les issues ; il y eut quinze mille hommes tués et douze cents prisonniers : on s’empara de quinze cents chevaux numides et de soixante-douze enseignes militaires. Le jeune prince parvint à s’échapper au milieu du désordre avec une poignée d’hommes.
Alors Scipion établit son camp à Tunis, dans la position qu’il avait déjà occupée, et il y reçut les députés de Carthage au nombre de trente. Ils prirent un ton beaucoup plus humble que la précédente ambassade ; la fortune leur imposait plus que jamais cette dure nécessité ; mais le souvenir tout récent de leur perfidie les fit écouter avec moins de compassion. Le conseil, animé d’un juste ressentiment, conclut d’abord à la destruction de Carthage ; mais quand on réfléchit à la grandeur de l’entreprise et au temps qu’exigerait le siège d’une place si forte et si bien défendue ; lorsque Scipion lui-même songea qu’un successeur allait venir profiter de ses fatigues et de ses dangers et lui ravir la gloire de terminer la guerre, tous les avis tournèrent à la paix.

Scipion dicte aux Carthaginois les conditions de la paix

Le lendemain il rappela les députés, leur adressa des reproches sévères sur leur mauvaise foi, et les engagea à profiter de la leçon que leur donnaient tant de défaites, et à reconnaître enfin l’existence des dieux, la sainteté des serments ; puis il leur dicta les conditions de la paix : "Ils vivraient en liberté sous l’empire des lois ; les villes, les territoires, les frontières qu’ils avaient possédés avant la guerre, ils les conservaient, et dès ce jour les Romains cesseraient leurs dévastations. Ils rendraient aux Romains tous les transfuges, déserteurs et prisonniers ; ils livreraient tous les vaisseaux de guerre, à l’exception de dix trirèmes et les éléphants domptés qu’ils avaient ; ils ne pourraient en dompter d’autres. Il leur était défendu de faire la guerre, soit en Afrique, soit hors de l’Afrique, sans la permission du peuple romain. Ils donneraient satisfaction à Masinissa et concluraient une alliance avec lui. Ils fourniraient des vivres et paieraient la solde aux auxiliaires, jusqu’à ce que leurs députés fussent revenus de Rome. Ils acquitteraient en cinquante ans un tribut de dix mille talents d’argent partagé par sommes égales. Ils remettraient au choix de Scipion cent otages de quatorze ans au moins et de trente ans au plus. Ils obtiendraient une trêve de lui, si les bâtiments de transport capturés pendant la première trêve et leurs cargaisons étaient restitués : sans quoi point de trêve, point de paix à espérer."

Telles furent les conditions que les députés eurent ordre de reporter à Carthage. Ils venaient de les exposer dans l’assemblée, et Gisgon, qui s’était levé pour parler contre la paix, se faisait écouter de la multitude, aussi turbulente que lâche, lorsque Hannibal, indigné que, dans un pareil moment, de telles paroles fussent prononcées et écoutées, saisit Gisgon par le bras et l’arracha de la tribune. Cette violence toute nouvelle dans une république excita les murmures du peuple, et le guerrier, déconcerté par cette manifestation à laquelle la vie des camps ne l’avait point habitué : "J’avais neuf ans, dit-il, quand je vous ai quittés, et c’est après une absence de trente-six années que je reviens parmi vous. Les pratiques de la guerre, je les ai apprises dès l’enfance, en combattant soit pour mon propre compte, soit au service de l’état, et je crois les connaître assez bien ; quant aux lois, aux usages et coutumes de la ville et de la place publique, c’est à vous de me les apprendre." (10) Après avoir ainsi excusé sa précipitation, il parla longuement sur la paix pour montrer qu’elle n’était pas trop désavantageuse et qu’il y avait nécessité de l’accepter.
Ce qui causait le plus grand embarras, c’était que des vaisseaux capturés pendant la trêve on ne retrouvait que les bâtiments eux-mêmes ; une enquête n’était pas facile, les coupables présumés étant dans le parti qui ne voulait pas de la paix. (12) On convint de rendre les navires et de se mettre ensuite à la recherche des équipages. Pour ce qui manquerait des cargaisons, on s’en rapporterait à l’estimation de Scipion, et les Carthaginois en paieraient ainsi la valeur.

Quelques historiens prétendent qu’Hannibal courut du champ de bataille à la mer, s’embarqua sur un vaisseau préparé d’avance et se rendit près d’Antiochus ; que Scipion ayant demandé avant tout qu’on lui remit Hannibal, on lui répondit que ce général n’était plus en Afrique.


Eugène Lasserre, Tite-Live, Histoire romaine, t. IV, Paris, Garnier, 1937

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