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Fiches sur les mythes, personnages, les batailles, les équipements militaires. De l'antiquité à l'époque moderne, découvrez l'histoire, commentez et posez vos questions, participez à la vie du site !

Contexte et préparatif

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Le soleil est voilé par la poussière et la fumée. Les survivants du bombardement se dégagent péniblement de leurs tranchées trop peu profondes et s’ébrouent, frottant de leurs mains sales leurs yeux aveuglés par le sable. Puis ils commencent à nettoyer leurs armes.

Ils n’entendirent pas venir l’attaque suivante avant qu’elle ne fût sur eux, car l’ennemi descendait du ciel, silencieusement, en planeurs.

L’opération « Merkur » vient de commencer ; c’est une grande première de l’histoire militaire placée sous le patronage du dieu aux talons ailés. Les défenseurs de l’île de Crète en furent les spectateurs privilégiés et impuissants : Anglais, Grecs, Néo-Zélandais, encore abasourdis par le bombardement, regardèrent se poser une nouvelle race de combattants : les parachutistes du général Student.
Au matin du 20 mai 1941, 8 060 hommes exactement partirent à la conquête d’une île de 260 kilomètres de long et 60 de large, défendue par 42 500 soldats britanniques et grecs.

Si la bataille pour l’île de Crète a été le prototype des grandes opérations aéroportées, elle n’en a pas moins son caractère spécifique.

Sur le théâtre d’opération méditerranéen, à l’époque, les deux adversaires sont virtuellement de force égale : aux Allemands la maîtrise de l’air, aux Britanniques la primauté sur l’eau. Certes, la campagne des Balkans s’est terminée à l’avantage des Allemands qui ont balayé les espoirs britanniques d’une tête de pont sur le continent, mais pour les Anglais rien n’est jamais tout à fait perdu et ils peuvent imaginer qu’il leur sera possible de s’accrocher à la Crète pour en faire un porte-avions, le pendant, en Méditerranée orientale, de Malte.

Pour les Allemands, qui préparent l’invasion de la Russie, le problème est plus grave. La Crète occupée par les Anglais est une épine dans leur flanc droit et, qui sait, une menace directe contre les champs pétrolifères roumains de Ploesti, mis à la portée des bombardiers britanniques.

Une fois cette équation posée, la solution n’en paraît pas évidente. L’île de Crète est à peu près à égale distance des bases de ravitaillement égyptiennes et des ports grecs. Les Britanniques ont les moyens matériels d’acheminer des vivres et des armes vers la grande île, mais les Allemands, en l’occurrence la Luftwaffe, peuvent le leur faire payer à un prix élevé, si ce n’est disproportionné. Britanniques et Allemands paraissent donc se paralyser mutuellement quand le General Leutnant Karl Student, le 20 avril 1941, dévoile au Reichsmarshall Herman Goering un plan qu’il vient de concevoir en fonction des possibilités de la 7’ division aéroportée de la Luftwaffe. A priori, Goering est séduit par le côté un peu « casse-cou » de l’opération.

Student a la solide réputation d’un gagneur ; les opérations aéroportées du début de la guerre lui ont donné l’auréole qui caractérise les chefs de guerre heureux. Néanmoins, même si Goering, chef suprême de la Luftwaffe, appuie le plan Student, il faudra vaincre pas mal de résistances dans les rangs du haut-commandement que les innovations inquiètent et qui est encore sous le coup de l’échec que les Britanniques ont infligé à la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre.
Pourtant, en un mois, tous les obstacles seront levés, y compris ceux que représente la préparation d’une opération de cette ampleur au plan de la logistique.
Le plan Student s’appuie sur un rapport de synthèse des services de renseignement allemands complètement faux... Transmis le 19 mai à l’état-major de la 7’ division aérienne de la Luftwaffe, ce plan fait état d’une garnison crétoise de 5 000 hommes environ, la valeur d’une brigade d’infanterie, répartis entre Heraklion et La Canée. Les Allemands se sont basés sur une estimation des unités ayant réussi à s’échapper de Grèce, entre autres l’illustre 2rd Black Watch, la fameuse Garde noire écossaise. Ils estiment à 30`chars et 300 véhicules divers le parc de la garnison, à laquelle ils « prêtent » 30 pièces d’artillerie antiaérienne et une quarantaine de mitrailleuses lourdes Bofors L 40, ainsi que deux canons de gros calibre installés par la Royal Navy.
En fait, la garnison de l’île compte un peu plus de 45 000 hommes, réunissant pêle-mêle les débris de deux divisions du Commonwealth, 6’ division australienne et 6’ division néo-zélandaise, à peu près démunies de leur matériel lourd qu’elles ont abandonné au cours de la retraite à travers la Grèce, quelques bataillons grecs à l’armement rudimentaire, des unités britanniques disparates et un nombre indéterminé d’irréguliers crétois. Vingt-deux chars venant d’Egypte, hors d’âge et plus ou moins bien rafistolés, constituent toute la force blindée de la garnison avec quelques automitrailleuses. Les Britanniques disposent enfin de canons repris aux Italiens dans un tel état que, si l’on sait d’où part l’obus, bien malin serait celui qui pourrait dire où il arrivera...

Si cette garnison manque de tout, et particulièrement de vivres, elle ne manque pas de généraux en chef. Le major général Freyberg, néo-zélandais, est le septième patron que le haut-commandement délègue en Crète depuis six mois. Il est arrivé depuis trois semaines et a tout juste eu le temps de faire le tour du dispositif adopté et modifié par ses six prédécesseurs.

En gros, le pari des généraux britanniques est que, si les Allemands attaquent, ils combineront une opération aéronavale ; dans l’ignorance de l’endroit où ils frapperont, il convient de diluer les troupes sur toute l’étendue de l’île en surveillant particulièrement les aérodromes et le port de la baie de La Souda, le plus important de l’île.

Il faut avouer que ces supputations ne sont pas très loin de la vérité, mais il manque aux Britanniques les moyens de transmission et de transport leur permettant de regrouper leurs forces sur les zones d’attaque allemandes. Ils ont donc immobilisé plusieurs bataillons pour garder les aérodromes de Maleme, Rethymnon, Heraklion et La Canée ; ils savent, toutefois, que les Junkers 52 de la Luftwaffe peuvent atterrir n’importe où ailleurs, pourvu qu’ils trouvent une bande de terrain plat !
Du côté allemand, les reconnaissances aériennes n’ont nullement infirmé le conclusions des services de renseignements. L’île paraît à peu près vide de troupes et personne ne met en doute les évaluations concernant le nombre des combattants susceptibles d’être engagés pour contrer un débarquement.
Tout le plan de Student repose sur une doctrine d’emploi des troupes aéroportées totalement différente de celle qu’adopteront plus tard les Anglo-Saxons. Alors que les paras et les planeurs anglo-américains seront largués sur des zones de saut relativement éloignées de l’objectif, les hommes de la 7’ division aéroportée de la Luftwaffe doivent sauter directement sur l’objectif, après une intense préparation feu.
Le matraquage des défenseurs doit normalement bloquer leurs réactions, assez longtemps pour que les troupes d’assaut se regroupent et coiffent immédiatement les points de résistance. Cette méthode a fait ses preuves en 1940, entre autres sur les forts de la Meuse et plus récemment sur le canal de Corinthe, mais il y faut non seulement de l’entraînement et du courage, mais une bonne part de chance. Si les troupes attaquées se ressaisissent à temps, ou si l’une des unités parachutistes se regroupe trop tard, tout peut basculer et les paras sont promis au massacre.
Student le sait, mais il a confiance en son étoile et il peut s’appuyer sur une troupe exceptionnellement efficace. De surcroît, ses effectifs semblent assez proches de ceux que l’on prête aux défenseurs de l’île.

La Crète est une bande de terre longue, étroite et montagneuse. Les communications entre les plaines côtières du nord et du sud ne sont pas faciles. Il importe donc de s’emparer, dans un premier temps, des parties plates de l’île, puis de s’étendre, « en tache d’huile », avec l’appui de troupes de montagne ; la 5’ Alp. Division doit arriver par mer, à bord de bateaux de pêche grecs encadrés par des unités navales italiennes.

Donc, pour résumer le plan Student, dans un premier temps les 8 000 hommes de la 7’ division aéroportée se poseront en deux vagues (faute d’avions de transport en nombre suffisant) et s’accrocheront au terrain dans les heures qui suivront le largage ; puis, après reconstitution de leur dotation en munitions, ils tenteront d’étendre leur zone en rayonnant autour des points d’appui. La défense britannique étant ainsi fixée, les chasseurs de montagne débarqueront sur la côte nord que l’on suppose dégarnie du fait des combats se déroulant à l’intérieur de l’île.

Pour cela, l’état-major de la Luftwaffe dispose de 493 avions, essentiellement des Junkers 52, robuste trimoteur transportant 12 hommes et deux containers largables pour le matériel lourd. S’il n’est pas rapide — sa vitesse de croisière est d’environ 250 km/h — et ne peut guère franchir plus de 1 300 km, mais le Ju. 52 est réellement increvable.

Les Ju. 52 peuvent remorquer des planeurs DFS 230 dont les fuselages, faits de tubes métalliques, sont simplement entoilés. Chaque planeur transporte dix hommes avec leur équipement individuel.

Quant aux hommes, ils ont subi un entraînement intensif au cours duquel s’est imposée à eux la quasi-certitude de leur invulnérabilité. Ce sont des combattants d’élite, munis d’un équipement perfectionné : armes automatiques allégées, combinaison de saut, bottes spéciales et casque à mentonnière, uniforme bien fait pour renforcer un esprit de corps qui, jusqu’en 1945, fera des paras allemands une unité de pointe, tant dans l’offensive que dans les combats de retardement, ceux qu’ils menèrent, par exemple, en Italie et en Allemagne, quelques semaines avant l’écroulement du Reich.

L’ordre de bataille mis au point par Student lui-même est simple : la vague d’assaut du matin larguera environ 3 000 hommes sur les objectifs de Materne, La Canée et sur la baie de La Souda. Ces éléments seront placés sous les ordres du major général Eugen Meindl. Dans l’après-midi, la deuxième vague sautera sur Rethymnon et Heraklion : 1 500 hommes sous les ordres du colonel Alfred Sturm sur Rethymnon et 2 600 avec le colonel Bruno Brauer sur Heraklion.

Le largage des hommes de Brauer sera suivi par celui de deux régiments de la 5’ division de montagne du lieutenant général Julius Ringel, un régiment rejoindra par mer. D’autres débarquements amphibies seront effectués par deux bataillons de troupes alpines apportant aux unités engagées un renfort de véhicules lourds, d’artillerie de campagne, d’engins de génie et de batteries antichars.

Avec leur énergie habituelle, les Allemands, avant même que le plan Student soit définitivement agréé, commencent à mettre en place les éléments logistiques de l’opération « Merkur ». Les complications ne manquent pas ! Il faut faire venir les enveloppes protectrices des armes collectives de France où elles avaient été stockées pour un éventuel débarquement en Grande-Bretagne, faire venir aussi des renforts en personnels des dépôts d’Allemagne.


sources : Connaissance de l’histoire ed hachette 1982 article de William Fowler

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