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Des amiraux réticents

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Dès le 20 juin, Darlan avait envoyé à tous les commandants de navire et de port des instructions chiffrées qui contenaient ce passage : « Quels que soient les ordres reçus, ne jamais abandonner à l’ennemi un bâtiment intact. » Quatre jours plus tard, après la signature de l’armistice, il confirmait ces ordres, en y ajoutant celui de tout préparer pour saborder les bâtiments au cas où ils risqueraient d’être capturés. Pourtant, même si ces directives avaient été connues à Londres, elles n’auraient pas changé la conviction du cabinet britannique que si les Allemands projetaient de saisir les navires, ils y réussiraient.
En conséquence, le 27 juin, on décida de prendre des mesures pour empêcher les bâtiments français de regagner les ports métropolitains. Le lendemain, le vice-amiral sir James Somerville reçut le commandement de la force H, nouvellement formée, composée du croiseur de bataille Hood (vaisseau amiral), des cuirassés Resolution et Valiant, du porte-avions Ark Royal, de deux croiseurs et de plusieurs destroyers. Basée à Gibraltar, elle était bien située pour opérer dans l’Atlantique, en soutien de la Home Fleet, ou dans la Méditerranée occidentale, qui eût été sans cela à la merci de la flotte italienne.
Le 1er juillet, Somerville reçut en première mission : assurer le transfert dans des ports anglais, la reddition ou la destruction des bâtiments français ancrés dans la base de Mers el-Kébir, près d’Oran. La force H devait s’y présenter le 3 juillet, au lever du jour, pour offrir à l’amiral Gensoul le choix entre quatre solutions : se joindre à la flotte britannique pour continuer le combat ; partir avec des équipages réduits pour des ports britanniques, ou les Antilles ; désarmer les navires à Mers el-Kébir sous contrôle britannique ; les saborder sur place. Si aucune de ces solutions n’était acceptée il serait fait usage de la force pour détruire les bâtiments.

Beaucoup d’officiers de marine britanniques étaient opposés à une action de force contre une marine disciplinée et qui, la veille encore, avait pris sa part dans la lutte contre l’ennemi commun. Somerville fut impressionné par l’unanimité des vues de son état-major tant sur la nécessité d’éviter la menace d’agir par la force que sur le fait qu’aucun amiral français, confronté à un tel ultimatum, ne pourrait faire autrement que se défendre. Ayant rendu compte de ces vues à l’Amirauté, il reçut la réponse suivante que si les Français refusaient, « il était de la ferme intention du gouvernement de Sa Majesté de détruire les bâtiments ».

Arrivé devant Oran conformément aux plans, Somerville avait l’intention de faire entrer dans le port, en chaloupe à moteur, le capitaine de vaisseau Holland, ancien attaché naval à Paris, pour qu’il présentât l’ultimatum à l’amiral Gensoul en personne à bord de son vaisseau amiral,le Dunkerque. Mais, l’amiral Gensoul ayant refusé de recevoir le commandant Holland, l’ultimatum fut envoyé par écrit, par l’intermédiaire d’un émissaire français. A 10 heures, l’amiral Gensoul répondit par message qu’il ne serait pas le premier à ouvrir le feu, mais que la force répondrait à la force. Informant Darlan par radio de ce qui se passait, il mentionna seulement qu’il avait reçu un ultimatum britannique, l’avisant que ses bâtiments seraient coulés dans les six heures ; en même temps il ordonna à ses navires de pousser les feux et de se préparer au combat.
Après l’échange de plusieurs messages transportés par bateau, l’amiral Gensoul, sans réponse de Darlan, accepta de recevoir Holland à son bord, pour gagner du temps. C’est seulement alors que Holland vit ; pour la première fois, les ordres donnés par Darlan dix jours plus tôt pour empêcher la capture des navires français. Dans l’atmosphère tendue qui régnait sur le Dunkerque, les pourparlers ne furent pas facilités par l’indignation de l’amiral Gensoul, réagissant devant le minage du port effectué au début de l’après-midi par les avions de l’ Ark Royal.
Entre-temps, l’amiral Le Luc, chef d’état-major de la marine, agissant au nom de Darlan qu’on n’avait pu joindre, avait informé Gensoul que toutes les forces navales françaises eh Méditerranée avaient reçu l’ordre d’appareiller pour lui prêter main- forte. Ce message fut intercepté par l’Amirauté à Londres, qui enjoignit alors aussitôt à Somerville de régler l’affaire sans tarder.
Somerville avait déjà dépassé ses délais,’ et il informa Gensoul que s’il n’avait pas accepté l’ultimatum à 17 h 30, ses navires seraient coulés. Cinq minutes avant l’heure limite, Holland quitta le Dunkerque et rejoignit son bâtiment.
Peu avant 18 heures, Somerville ouvrit le feu sur les navires français, gênés pour riposter, car ils étaient en train de filer leurs câbles et manoeuvrer pour gagner la mer.
Tirées d’une distance d’environ 13 000 mètres, les salves des canons de 375 mm des Anglais atteignirent bientôt leurs buts. Le cuirassé Bretagne fut touché le premier. Deux nouveaux coups au but provoquèrent une explosion terrible et, dans un énorme nuage de fumée, le cuirassé chavira ; 977 hommes périrent.
Plusieurs obus touchèrent le Dunkerque et le bâtiment eut à peine assez de vapeur pour aller jeter l’ancre au fond de la rade. Le Provence s’était écarté du quai et avait tiré trois salves sur le Hood quand un obus, atteignant sa tourelle arrière, mit le feu à la soute aux munitions, qu’il fallut inonder. D’autres dommages le forcèrent à s’échouer pour éviter de couler.
Le destroyer Mogador, sa proue arrachée pendant qu’il essayait de prendre la mer avec quatre autres destroyers, perdit 37 hommes et son épave en flammes dut être remorquée au port. Entre-temps, le second croiseur de bataille, le Strasbourg, avait profité du nuage de fumée du Bretagne pour s’échapper vers la haute mer.
Treize minutes après le commencement de l’attaque, l’amiral Gensoul, désireux d’éviter une effusion de sang inutile, essaya de demander par signaux à Somerville de cesser le feu. Fort heureusement, l’amiral britannique, qui personnifiait le dégoût unanime de la Royal Navy pour une telle opération, ne désirait pas prolonger davantage le massacre et il décida de rompre l’engagement. Comme des mines avaient été mouillées à l’entrée du port, il ne s’attendait pas à voir des bâtiments français s’échapper. Mais lorsqu’il apprit que le Strasbourg avait pu gagner la haute mer sans dommage et faisait route à l’est, il le prit en chasse et le fit attaquer par les « Swordfish » de l’Ark Royal. A 20 h 20, le Strasbourg avait déjà 25 milles d’avance et les Anglais renoncèrent à le poursuivre après une seconde, attaque aérienne infructueuse. Le Strasbourg, le porte-avions Commandant-Teste, cinq destroyers et les six croiseurs d’Alger arrivèrent à Toulon le soir du 4 juillet, et la force H regagna sa base, Gibraltar.


sources : historia magazine 2eme guerre mondiale 1968 ed Tallandier article du Capitaine Malcolm G Saunders Royal Navy

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