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La poésie russe au XIXe siècle

, par

Si Pouchkine reste la référence absolue en matière de poésie et de romantisme, ses prédécesseurs moins connus ont pourtant tout autant influencé la littérature russe dans son évolution. La poésie connaît son âge d’or de 1810 jusqu’à la mort de Mikhaïl Lermontov, en 1841. Cette période est principalement menée par des auteurs romantiques, tels que Joukovski et Batiouchkov pour ne citer que ceux-là.

Глагол времён ! металла звон !
Твой страшный глас меня смущает ;
Зовёт меня, зовёт твой стон,
Зовёт — и к гробу приближает.

Verbe du temps ! voix de métal !
Je frémis à ton glas qui sur mon sein retombe ;
Il m’appelle, il m’appelle, hélas ! ce son fatal,
Il m’appelle droit à la tombe.
 [1]

La poésie russe commence en 1730 avec Gavril Derjavine, auteur notamment de l’ode Felitsa (1782) et Dieu (1784). A cette époque, c’est la poésie iambique qui domine, et rend les vers particulièrement musicaux. Mais le poète reconnu comme le plus grand romantique arrive plus tard : né en 1814, dans la période de l’âge d’or, Lermontov est un poète victime du Mal du siècle. Il consacre ses poèmes à l’introspection et se lance dans l’autobiographie, de la même façon que Rousseau. Durant son âge d’or, la Russie s’inspire fortement de la poésie européenne. On retrouve également, comme Baudelaire en France, l’image du poète qui, seul capable de voir et décrire l’invisible, est persécuté par la foule. Entre autres, le poème Prophète (1841) de Lermontov traduit cette conviction.

Горька судьба поэтов всех племен ;
Тяжеле всех судьба казнит Россию :
Для славы и Рылеев был рожден :
Но юноша в свободу был влюблен.

Le poète est partout persécuté,
Mais en Russie, son destin est le pire :
Ryléïev était né pour la beauté,
Mais le jeune homme aimait la liberté…
 [2]

Le romantisme est novateur au début du XIXe siècle : le lecteur a accès à l’exaltation des sentiments de l’auteur dans ses vers ; l’emploi du « je » lyrique, par exemple, symbolise la libération des poètes initialement salariés par l’Etat qui souhaitent vivre de leurs écrits malgré leur statut de poètes maudits.

Прощай, немытая Россия,
Страна рабов, страна господ,
И вы, мундиры голубые,
И ты, им преданный народ.

Adieu, Russie, pays crasseux,
Pays d’esclaves et de maîtres ;
Adieu, les uniformes bleus
Et peuple heureux de te soumettre.
 [3]

La seconde partie du XIXe siècle connaît l’essor du roman avant que la poésie ne refasse surface en 1890, et perdure vingt ans durant. C’est l’âge d’argent qui assortira des vers davantage parlés à une poésie qui tend progressivement vers des procédés plus prosaïques. Le développement du roman ayant entraîné celui du réalisme, la poésie romantique cède à la nouvelle tendance du siècle, et reflète aussi bien la grandeur que les travers du pays. Nicolaï Nekrassov, en 1842, insère dans ses vers les malheurs des paysans, et raconte les déboires populaires de la Russie avec, bien entendu, l’esthétique littéraire requise.

Entends-tu ses gémissements
Sur la Volga, grand fleuve russe ?
Ce sont les haleurs qui les poussent
Et nous nommons leurs plaintes un chant.
(…)
Quand donc se lèvera-t-il, quand ?
Que veut dire sa plaine amère ?
Ou bien au sort obéissant,
Ayant chanté ce triste chant,
S’endormira-t-il sur sa terre ?
 [4]


SOURCES : Anthologie de la poésie russe, (ouvrage collectif), Gallimard,
Histoire de la littérature russe, tome 1 : le XIXe siècle, l’époque de Pouchkine et de Gogol, (ouvrage collectif) Paris, Fayard, 1996.
Histoire de la littérature russe, tome 2 : le XIXe siècle, 2e partie, Le temps du roman, (ouvrage collectif) Paris, Fayard, 2005.
NIVAT, Georges, Les trois âges russes, Paris, Fayard, 2015


[1Gavril Derjavine, Sur la mort du prince Mestscherski, 1779

[2Wilhelm Küchelbecker, « Le Sort des poètes russes »

[3Mikhaïl Lermontov, Adieu Russie, pays crasseux, 1841

[4Nicolaï Nekrassov (trad. K. Granoff)

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