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La mort du prince Louis-Napoléon

, par

Après la mort de Napoléon III (9 janvier 1873), l’héritier de la couronne impériale était son fils, né en 1856, alors élève à l’école militaire de Woolwich. Six ans plus tard, le jeune Louis-Napoléon, las d’une vie oisive en Angleterre, se décida à servir la couronne britannique en Afrique du Sud. A cette date, les Anglais se battaient dans leur colonie du Cap contre la tribu des Zoulous. Le prince reçut l’autorisation de participer aux opérations, comme attaché à l’état-major du général Chelmsford. Parti en février 1879, il devait trouver la mort au combat en juin suivant.
1894

Cinq ou six huttes grossières en Afrique du Sud, au fond d’une étroite vallée, proche le confluent de l’ltelezi et de son tributaire l’lmbazani. Fermant l’horizon, les pics décharnés des Draken-Bergen.
Tout alentour du kraal, le veldt immense et perfide : gigantesques roseaux à perruques, cactus aux tiges arborescentes dont les bras épineux se dressent comme desgibets ; ça et la, de rares palmiers profilent leurs silhouettes fusiformes, épanouies en panaches lourds.
A droite, une profonde donga aux bords escarpés ; sur la gauche, un champ de maïs ses fleurs et ses gros épis hérissés achèvent, à dix mètres, d’aveugler toute vue.
Aujourd’hui dimanche 1 er juin 1879, Whitsunday, le saint jour de la Pentecôte.
L’après-midi s’avance : bientôt quatre heures et le soleil descend derrière les collines.
Une petite troupe de cavaliers occupe le kraal : la reconnaissance dirigée par le prince impérial et le lieutenant Carey. Six Européens, tous volontaires de la cavalerie irrégulière du Natal, la composent avec eux : le sergent Willis, le caporal Grubb, les soldats Cochrane, Letocq, Abel et Rogers.
Ils sont couchés et devisent sur le gazon. Assis à l’écart, causent ensemble les deux officiers. Le compagnon du prince impérial est un homme d’une trentaine d’années, à l’aspect flegmatique, moustaches et favoris châtains en nageoires, le regard glauque, un peu fuyant.
Ils ont d’abord parlé expéditions coloniales, le lieutenant Carey ayant servi aux Indes ; ils s’entretiennent maintenant du grand oncle et de sa campagne d’Italie. Les noms d’Arcole, de Rivoli, de Montenotte, de Millesimo sonnent orgueilleusement dans le ciel pur, d’un bleu foncé, presque indigo, limpidité merveilleuse qu’aucun nuage ne trouble.
On est parti depuis neuf heures du matin. En hâte. Tout juste si le prince a trouvé le temps de griffonner pour sa mère ce billet suprême, novissima verba qui lui parviendront longtemps après la funèbre, l’atroce nouvelle :

Koppie Allein, le ler juin 1879
Ma chère maman,

Je vous écris à la hâte sur une feuille de mon calepin ; je pars dans quelques minutes pour choisir le lieu où la 2e division doit camper sur la rive gauche de la Blood River. L’ennemi se concentre en force et un engagement est imminent d’ici huit jours. Je ne sais quand je pourrai vous donner de mes nouvelles, car les arrangements postaux laissent à désirer. Je n’ai pas voulu perdre cette occasion de vous embrasser de tout mon coeur.
Votre dévoué et respectueux fils,
Napoléon.
Tout est prêt en effet pour la marche en avant. La veille au soir, lord Chelmsford a dicté ses derniers ordres. La division qu’il commande et la colonne mobile du général Wood uniront leurs efforts : la Blood River franchie, elles se porteront sur Ulundi. Le colonel Harrison enverra le campement utile à désigner les gîtes d’étape.
Tâche en apparence facile et sans dangers dans une région maintes fois explorée : aussi, quand le lieutenant Bonaparte insiste pour se joindre à la petite expédition, n’a-t-il pas cru devoir lui refuser ce plaisir.
Par malheur - ce sera la première fatalité qui préside à ces instants gouvernés, semble-t-il, par une mystérieuse Ananké - par malheur le quartier general ne s’est pas pressé d’agir. Dans sa pensée, c’est le major Bettington, son meilleur officier d’avant-garde, qui conduira la reconnaissance. Seulement il attend trop de l’avertir et Bettington a déjà reçu une autre mission.
Seconde fatalité : un officier se présente, qui demande à prendre la place du major empêché.
On le nomme le capitaine Carey : Jahleet Brenton Carey. Il compte de bons états de services, mais c’est un nouveau venu. un tout nouveau venu.
Sans plus réfléchir, beaucoup trop étourdiment, alors qu’il a sous la main des officiers qu’il connaît mieux, qu’on pourrait former une escorte plus nombreuse et composée d’hommes de choix, le colonel Harrison s’empresse de désigner le capitaine Carey, se bornant à cette vague recommandation :
  Vous veillerez sur le prince (You look after the prince).
Ce qui lui sera durement reproché par la suite : à bon droit.
A neuf heures, la petite troupe monte a cheval. Escort under captain Carey, note le prince sur son carnet. Ce qui fera s’écrier au capitaine Glander, lors de l’enquête ultérieure :
  C’est la voix de la tombe !
« ALERTE !
LES ZOULOUS ! »
Les cavaliers se sont enfoncés dans k Bush où ils ont rapidement disparu. Laissant à droite le fort Napoléon, et se dirigeant vers l’est, ils ont, à travers la brousse obscure, gravi un assez rude plateau d’où l’on découvre toute la région.
Vers midi, on est descendu dans un ravin pierreux, la donga desséchée de l’Ity oty osi. Péniblement on a remonté l’autre versant parmi les schistes désagrégés qui basculent et qui roulent sous les pas des chevaux. Puis l’on s’est arrêté non loin d’un kraal apparemment désert.
Il est bien mal choisi, cet endroit où l’on
let pied à terre pour déjeuner. Bettington,
vieux routier, Bettington, assurément,
e l’eût pas adopté. Partout de tumultueuses égétations, bornant la vue, ne permettant as de. surveiller les approches. Et Bettingon encore, à n’en pas douter, eût voulu ’assurer si les cendres des foyers dispersés evant les huttes sont vraiment refroidies. On s’installe dans ce guêpier ; on s’y [tarde. On a dessanglé les bêtes, aucune edette n’a été posée ; les carabines Martini
ne sont même pas chargées. Par moments,des grands chiens roux, efflanqués, des chiens afres viennent rôder autour du bivouac. .eur présence non plus ne donne pas l’éveil. mprécautions et négligences dont Carey ssaiera plus tard de rejeter la faute sur le compagnon disparu qui n’est plus là pour se justifier :
 Je ne commandais pas l’escorte et j’ai dû me plier aux exigences du prince qui a désigné lui-même le lieu de notre halte.
Inadmissible défense dans la bouche d’un officier connu pour sa raideur dans le service. Celui qu’il incrimine ainsi a toujours, au contraire, donné l’exemple de la discipline : simple lieutenant à la suite, sans grade régulier, comment lui aurait-on subordonné un supérieur, capitaine de l’armée royale au North Staffordshire regiment ?
Juin, c’est notre décembre dans l’hémisphère austral. Quatre heures passées : le crépuscule s’annonce déjà dans le ciel qui vire lentement au cuivre. Il faut songer au retour.
Le prince s’occupe à fignoler un dernier croquis. Jamais il n’a été si gai, si content de vivre ! Soudain le bruit d’une course haletante : le Basouto, qui, depuis quelques minutes, tournaille dans les herbes, surgit hors d’haleine :
  Alerte ! Les Zoulous, les Zoulous !
En même temps des coups de fusil claquent ; le cavalier Rogers s’écroule. Une cinquantaine de guerriers aux cheveux crépus, à la peau huileuse, se ruent, brandissant leurs sagaies, avec de rauques clameurs. Les Blancs ont couru à leurs chevaux qui se cabrent.
  Sauve qui peut ! clame Carey.
Puisque dans l’armée anglaise, paraît-il, l’honneur et son code ne reprochent point un tel ordre dans les cas désespérés.
Lui-même est déjà loin, éperonnant sa monture en un galop éperdu. Il fuit à bride abattue, sans se retourner, sans regarder en arrière. a Vous veillerez sur son Altesse », a pourtant dit le colonel Harrison.
Les hommes imitent leur chef. Le prince, à son tour, veut sauter en selle. Il saisit les arçons, cherche à se hisser. Sa béte’si tranquille, affolée par les coups de feu, regimbe et se défend.
  S’il vous plaît, monsieur, dépêchez-vous, lui crie au passage Letocq, ancien marin de Guernesey, un instant descendu ramasser sa carabine.
Puis il s’échappe, sauvant sa peau.
Cramponné aux courroies de l’étrier, le prince court maintenant aux côtés de Fate ; obéissant à l’instinct qui le pousse à rattraper ses pareils, l’animal l’entraîne vers la donga, hors du cercle meurtrier. Les Noirs sont sur ses talons ; il redouble d’efforts désespérés pour s’enlever. Peut-être va-t-il réussir, quand cède l’étrivière à laquelle il est accroché. Nouvellement recousue, elle vient de rompre sous son poids.
Troisième et dernière fatalité.
Il culbute ; son sabre, ce beau sabre dont il est si fier, cadeau du duc d’Elchingen, jaillit hors de son fourreau ; les sabots de Fate lui meurtrissent l’épaule. Au sommet opposé du ravin, Carey, Willis et les autres ont aperçu sa chute. Vont-ils faire volte-face, tenter de sauver celui dont ils ont la garde ?
  Au Zoulouland, tout homme démonté est un homme mort, répondra sèchement le capitaine à l’enquête ; j’aurais fait tuer les miens inutilement.
Ils accélèrent leur fuite ; avant de mourir, l’abandonné aura le temps de les voir disparaître. J’ai devant moi le gladiateur blessé ; il consent à la mort, mais conquiert l’agonie. Ces vers de Childe-Harold ont-ils chanté dans la mémoire du prince impérial, lorsqu’il s’est relevé pour conquérir la sienne ?
Il se voit perdu : les sauvages grimaçants qui chargent sont déjà sur lui. Du moins, dans sa dernière bataille, veut-il tomber en soldat. Une première sagaie siffle ; il l’écarte du bras, comme il faisait naguère à Dundee. Une fois, deux fois, trois fois, il décharge son revolver et deux nègres tombent.
Mais il glisse en rompant, n’a pas le temps de reprendre son équilibre ; une javeline barbelée l’atteint au flanc gauche, une autre crève l’oeil droit, pénètre dans le cerveau. Il s’effondre ; le combat n’a pas duré une minute.

Retrouvés après la campagne, les sept guerriers de Zétéwayo, qui ont pris part à cette lutte inégale et fourni les détails qui précèdent, seront interrogés. Un seul manque parmi eux, Zabanga, qui a porté le coup mortel, tué à la prise d’Ulundi.
 Quel air, leur demandera-t-on, avait ce jeune homme, lorsqu’il est tombé ? Ressemblait-il à un boeuf qu’on assomme ?
 Non, il ressemblait à un lion.
 Pourquoi dites-vous qu’il ressemblait à un lion ?
Parce que c’est l’animal le plus courageux que nous connaissons.
A présent les Zoulous dépouillent le corps étendu sur le sol piétiné, le corps qu’ils ont continué de percer de leurs lances pour s’assurer qu’il est bien un cadavre. Ils se partagent les armes et les vêtements, mais ils laissent, sur la poitrine ensanglantée, la croix et les médailles bénies pendues à leur fil d’or. Un brave, pour trouver la paix, ne doit-il pas se présenter devant ses dieux avec ses amulettes ?
Ainsi meurt à vingt-trois ans, sur une terre lointaine, dans une obscure échauffourée contre des nègres, meurt inutilement, victime de sa téméraire vaillance, l’audacieux traqueur de gloire hanté de trop grands rêves, l’héritier de César qui voulait continuer sa fortune.
Huit heures : le journaliste français Deléage, qui a dîné au mess du Royal Artillery, est abordé en sortant par un officier d’état-major :
  Quelque chose a dû arriver au prince impérial. On l’a vu tomber et son cheval est revenu sans lui.
Le correspondant du Figaro se précipite chez le colonel Harrison ; lord Chelmsford, sombre et bouleversé, confirme la nouvelle. Où est le capitaine Carey ? Il écrit dans sa tente ; le journaliste l’interroge, n’en peut tirer que des paroles embarrassées : une surprise ; le prince n’a pas reparu ; il ne sait rien d’autre. Le Français retourne chez le colonel Harrison ; lord Chelmsford s’y trouve toujours en grande conversation.
  Mon général, je vous en supplie, envoyez un détachement à la recherche du prince. Peut-être n’est-il que blessé, et si, par malheur, il a cessé de vivre, va-t-on laisser son corps livré à la brutalité des sauvages, à la voracité des oiseaux de proie et des bêtes carnassières ?
La réponse arrive, froide et dure :
  No, sir ; impossible, trop dangereux par cette nuit noire.
M. Deléage insiste ; on lui fait comprendre qu’il devient importun. Il se retire désespéré.

eux aussi le capitaine Molyneux, aide de camp de lord Chelmsford ; voici ce dont, le soir, il rend compte à son chef :

A Son Excellence, le lieutenant général

Lord Chelmsford K. C. B.

Camp entre Inunzi et Itelezi, 2 juin 1879.

Mylord,
Conformément à vos instructions, j’ai accompagné ce matin la cavalerie commandée par le major général Marshall pour retrouver le corps de Son Altesse le prince impérial.
Les éclaireurs de la colonne volante sous le brigadier général Wood se sont rejoints à notre gauche, et ensemble nous avons cherché alentour du kraal.
Nous fîmes bientôt la découverte des corps des deux soldats de la cavalerie de Natal. A neuf heures, le capitaine Cochrane attira mon attention et celle du chirurgien-major Scott sur un autre corps au fond d’une donga, qui, après examen, fut reconnu comme celui de Son Altesse impériale.
Il se trouvait à deux cents yards environ au nord-est du kraal, à peu près à un demi-mille de la jonction des deux rivières.
Le corps était entièrement dépouillé, à l’exception d’une chaîne d’or, avec des médailles, qui était encore à son cou. Son sabre, son revolver, son casque et ses autres vêtements avaient disparu, mais nous avons retrouvé dans l’herbe ses éperons avec leurs courroies, et une chaussette bleue marquée N. J’ai tous ces objets avec la chaîne en ma possession.
Le cadavre portait dix-sept blessures, toutes par-devant, et les marques sur le sol, comme sur les éperons, indiquaient une résistance désespérée. A dix heures, un brancard ayant été formé avec des lances et des couvertures, le corps fut porté à la donga par des officiers en montant la côte vers le camp.A onze heures l’ambulance arriva ; le C(,r,,-corp y fut déposé et des détachements commandes par des officiers des dragons de la garde et du 17e lanciers l’escortaient au camp où nous sommes arrivés à deux heures quinze après-midi.
J’ai l’honneur... etc.
W. C. F. Molyneux,
capitaine au 22e régiment A. D. C

A présent la dépouille exsangue, la dépouille éventrée gît sur une table d’opérations. Les docteurs Scott et Robinson s’affairent à la bourrer de plantes aromatiques. Ils besognent toute la nuit ; au petit jour, le cadavre recousu est enfermé dans un cercueil de fortune, une boîte de zinc hâtivement fabriquée par les soldats du génie avec des caisses à thé.
Sur le plateau, en face du camp, une cérémonie funèbre déroule sa pompe. Les régiments anglais ont été formés en carré : devant leurs alignements passe avec lenteur
une pièce de campagne et sa prolongé
Au centre, devant la bière enroulée du drapeau tricolore, un aumônier catholique irlandais récite les dernières prières. Les troupes défilent, tous leurs officiers saluant du sabre ; et l’Union-Jack de gueules. au canton écartelé d’azur, s’abaisse doucement vers le sol, en signe d’hommage royal.
Deux. heures plus tard, l’armée s’est remise en route. Pendant qu’elle marche à cette victoire d’Um Volosi qui consommera le désastre de Zétéwayo, celui qui l’avait tant rêvée s’achemine lourdement vers la côte, son fourgon encadré d’un peloton de lanciers.
Sous le frisson des drapeaux en berne. au glas de toutes les cloches en branle. les honneurs militaires sont de nouveau rendus à Durban. La population a pris le deuil : ce qui reste de la garnison est sur pied.

Oraison funèbre d’une folle équipée, le général Butler, commandant d’armes, a rédigé un ordre du jour spécial qui n’est pas sans grandeur :
En suivant le cercueil qui contient le corps du dernier prince impérial de France et en donnant à ses cendres le dernier tribut de tristesse et d’honneur, les troupes de la garnison se souviendront :
I° Qu’il était le dernier héritier d’un nom puissant et d’une grande renommée militaire ;
2° Qu’il était le fils du plus ferme allié de l’Angleterre dans les jours de danger ;
3° Qu’il était l’unique enfant d’une impératrice veuve, qui reste maintenant sans trône et _sans postérité, en exil, sur les côtes de l’Angleterre.
Pour se pénétrer plus profondément encore de la douleur et du respect que l’on doit à cette mémoire, les troupes se rappelleront aussi que le prince impérial de France est tombé en combattant comme un soldat anglais.
Puis la Boadicee embarque le cercueil, transbordé au Cap sur l’Orontes, qui appareille aussitôt pour l’Europe.
A Chislehurst, l’impératrice se rongeait d’inquiétude. Les lettres de son fils, volontairement insouciantes et légères, ne parvenaient pas à la rassurer.
Le temps s’écoule et, de jour en jour, l’obsession devient plus forte : si puissante qu’elle agite le projet d’aller le rejoindre en Afrique. La reine Victoria, informée, lui vient en aide ; lord Wolseley, qui part succéder à lord Chelmsford, semble avoir reçu l’ordre de renvoyer le prince en Europe.
Dans la nuit du I" au 2 juin, un ouragan ravage le parc de Camden Place. Un saule est emporté, dont M. Strode a, dit-on, rapporté la bouture de Sainte-Hélène. prise au tombeau de l’Empereur. La souveraine,. qui retourne, avec l’anxiété, aux superstitions de son enfance, y voit un intersigne, le présage funeste d’une catastrophe : ses terreurs en redoublent d’autant.
Avertissement mystérieux ; au même instant, lord Chelmsford expédiait au duc de Cambridge la dépêche annonciatrice. Le câble reliant l’Afrique du Sud à la métropole n’existait pas à cette époque : transmise de Funchal, elle n’atteignit son destinataire que le 19 juin.
La reine Victoria se montra vivement affectée du malheur qui frappait son amie. A tout prix, il fallait éviter qu’elle ne pût l’apprendre par les journaux : lord SydneY reçut mission de l’aller préparer à la secousse affreuse. Introduit chez le duc de Bassano. il s’acquitta de son triste message.
L’inaltérable fidélité du grand chambellan, son âge et son emploi lui réservaient le plus cruel honneur de toute sa carrière. Il se fait annoncer chez l’impératrice. Elle écrit dans sa chambre, elle écrit à son enfant. Voyant entrer ce visiteur tremblant. le visage blême et décomposé, elle se dresse d’un bond, le fouille du regard :
 Mon fils ?
Silence.
 Il est malade, blessé ?... Je vais partir... Mais parlez donc !
Silence.
Alors elle comprend et s’abat.
Paris apprit la mort du prince impérial. de ce petit prince » qu’il avait aimé, le 21 juin, par une édition spéciale de l’Estafette. Immédiatement il s’en montra bouleversé, et son émoi grandit encore dans les jours qui suivirent.
Le contraste entre cette fin lamentable et la naissance prestigieuse dans tout l’éclat du trône prêtait au surplus à de faciles amplifications littéraires. Et chacun sentait bien que le sceau venait d’être mis par k destin sur tous les espoirs d’une restauration impériale.


A. AUGUSTIN-THIERRY HEBDOMADAIRE Le journal de la FRance troisieme republique ed Tallandier 1970

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