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Sarah Bernhardt

, par

Illustre tragédienne de la fin du XIXe siècle, Sarah Bernhardt a marqué à la fois le théâtre par ses représentations sensationnelles et la naissance de la cinématographie. Mondialement reconnue, elle reste la plus grande tragédienne des XIXe et XXe siècles que la France ait connue.

  • « L’amour, c’est un coup d’oeil, un coup de rein et un coup d’éponge. »

Les débuts d’une carrière grandissante

Sarah Bernhardt naît en 1844 à Paris. Issue d’une famille juive et enfant illégitime, elle est bientôt abandonnée par sa mère. Sarah Bernhardt connaît une enfance invisible, petite fille que personne ne remarque et à qui personne ne fait attention. De plus, son apparence physique ne correspond pas à l’idée de la beauté qu’on se fait à l’époque, avec son corps maigre tirant sur l’androgynéité. C’est quand on l’inscrit au théâtre que Sarah Bernhardt reçoit de l’attention pour la première fois, et cela lui plaît. Saisissant la possibilité de tenir sa revanche sur la vie, elle souhaite à tout prix percer et se donne corps et âme, mais le corps surtout : à ses débuts, la future tragédienne se livre à ses pratiques proches de la prostitution avec, comme exemple, sa mère qui était courtisane. Elle cachera cette jeunesse désastreuse au profit d’une ascension vertigineuse.

  • « A partir de ce jour, me m’armai pour la lutte, aimant mieux mourir en plein combat que m’éteindre dans les regrets d’une vie manquée. » [1]

Figure dramatique

Sarah Bernhardt connaît le succès avec son interprétation fulgurante dans Le Passant. Elle a vingt-cinq quand sa carrière commence. Et c’est une carrière mondiale qui s’offre à elle. Passionnée et ivre, voire frénétique dans ses plus beaux rôles, la tragédienne en vogue est très attentive aux émotions de son public, et s’acharne à leur faire voir chaque dernière scène à travers un torrent de larmes. Ses tournées dans le monde entier l’emmènent jusqu’en Amérique, en Russie, tout en jouant en français, fidèle à la lange originale des textes qu’elle déclame ainsi qu’à leurs auteurs. De plus, Sarah Bernhardt ne se cantonne pas à des rôles féminins : elle use bientôt de son corps androgyne pour se travestir et endosser des rôles masculins. Mais ce qui émoustille le plus les spectateurs c’est de voir Sarah Bernhardt mourir : la tragédienne excelle dans le jeu de l’agonie et de la mort. Elle meurt à chaque représentation, et le monde est ébloui par sa capacité à mimer la mort avec une justesse terrible. On retient en particulier son interprétation du rôle de Phèdre dans la tragédie éponyme, ainsi que celui de Salomé, également le titre de la pièce d’Oscar Wilde. Le rôle de la Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo, en 1872, marque le début d’une icône. Contemporaine des auteurs de théâtre de la seconde moitié du XIXe siècle, Sarah Bernhardt en rencontra et en inspira plus d’un dans leurs créations théâtrales. Edmond Rostand, par exemple, écrivit La Princesse lointaine (1895) dont le rôle principal fut réservé pour elle.

  • « En général on peut jeter à bas les ennuis, les soucis de la vie, pour quelques heures, on dépouille sa propre personnalité pour endosser une autre ; et l’on marche dans le rêve d’une autre vie, oubliant tout. » [2]

Une dernière mort

Les premières années du XXe siècle transforment Sarah Bernhardt en actrice de cinéma. L’expansion de la cinématographie mêlée au même élan qui l’a propulsée sur scène, elle incarne Hamlet en 1900 et est filmée pour la première fois.
A l’heure où sa carrière est à son paroxysme, Sarah Bernhardt devient la victime des journalistes et admirateurs trop présents, et les critiques fusent, notamment les caricatures d’elle avec un nez proéminent : représentation péjorative d’une juive à succès. Mais les éloges reprendront le dessus quand, en 1914, elle manifeste son soutien à la patrie aux côtés des poilus. C’est en 1923, en plein tournage, que Sarah Bernhardt meurt, et cette fois sans se relever après le baisser de rideau. Une photo d’elle mise en bière circule et émeut le pays entier. La France est endeuillée, et lui rend hommage une dernière fois quand le cortège funèbre passe devant le théâtre Sarah-Bernhardt.

  • « Il faut haïr très peu, car c’est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent et ne jamais oublier. Le pardon ne peut entraîner l’oubli ; pour moi, du moins. » [3]

Sources :
SAGAN, Françoise, Sarah Bernhardt : le rire incassable, Paris : R. Laffont, 1987
BERNHARDT, Lysiane, Sarah Bernhardt ma grand’mère, Paris : Ed. du Pavois, 1945
Sarah Bernhardt, sa vie, ses folies, Secrets d’Histoire
SHARON, Marcus, Sarah Bernhardt, Oscar Wilde, and the Drama of Celebrity, 2011
Encyclopaedia Universalis
image : https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/sarah-bernhardt-1844-1923-vous-ne-me-connaitrez-pas


[1Sarah Bernhardt, Ma double vie, 1907

[2Ibidem

[3Ibidem

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