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Les prisonniers du colonel

, par

Les ordres d’opérations pour la journée du 21 novembre prescrivaient de nettoyer rapidement Belfort et de s’assurer des sorties de la ville.
Au bataillon de choc, les opérations de nettoyage se poursuivent par l’occupation des docks de l’artillerie, du parc à fourrage et de la caserne Friedrich. A 5 heures, après un baroud d’honneur, une section de la 4e compagnie pénètre dans la Manutention, où les boulangers allemands leur livreront la fournée du pain du matin, qui fera bien des heureux dans la population libérée. L’établissement regorge de vivres et de matériel divers, dont plusieurs milliers de réveille-matin provenant des usines Japy et que les « choc » traîneront dans leur paquetage jusqu’à la fin de la guerre.
Le capitaine Lefort transporte son P.C. au centre de la ville, dans le pensionnat de jeunes filles du faubourg des Ancêtres.
Dans la nuit du 20 au 21 et dans la journée du 21, des patrouilles ne cessent de parcourir la ville, au nord du Château, et dans les abords immédiats de ce dernier. L’une d’elles, protégée par les chars, s’est avancée jusque sur la route de Mulhouse. Le résultat de ces diverses actions est la capture de 154 prisonniers. De son côté, le bataillon de choc aura 5 tués et 17 blessés, dont 2 officiers et 4 sous-officiers.
Toute la journée du 21, les mortiers ennemis tirent sur la ville un peu au hasard. Les feux de l’infanterie ennemie sanctionneront toute tentative de progression aux abords du Château, reconnu malgré tout par nos patrouilles, et le bataillon de choc devra quitter Belfort avant d’avoir pu s’en emparer. Le groupe de commandos est au repos au fort des Barres. Il effectue des patrouilles de nettoyage dans Belfort et installe un bouchon au sud-ouest de la ville pour enrayer toute tentative de repli ennemi dans cette direction.

Le 21 au matin, le colonel porte son P.C. à Belfort dans une brasserie de la rue Centrale et demande au capitaine Lefort d’étudier l’attaque du Château, qui est toujours occupé.
Au cours d’une reconnaissance dans une rue menant au Château, qu’il croit occupée par nos troupes, le, colonel est pris à partie par des armes automatiques tirant du Château. Poussant plus avant sur le glacis du Fourneau, qui surplombe le Château à revers, il tombe sur quelques guetteurs ennemis transis, qui se rendent en grelottant.
Les ordres du C.C.6 pour le 22 maintiennent la brigade en réserve à Belfort.
Au petit jour, le lieutenant Durrmeyer, du bataillon de choc, est venu rendre compte des reconnaissances qu’il a effectuées la nuit en direction du Château. Il en résulte qu’une attaque du Château par surprise se heurte à de grosses difficultés en raison de l’imprécision des renseignements sur l’ennemi et des difficultés du terrain.
L’opération perd d’ailleurs de son intérêt en raison du départ de la brigade.
Le P.C. de la brigade se porte, en effet, dans l’après-midi, à Giromagny d’où partira une audacieuse manoeuvre vers Masevaux, sur les arrières ennemis.
Ce n’est que le 25 novembre que Belfort sera complètement dégagé. Le ler décembre, les cloches de la ville carillonneront et S. Ém. le cardinal Tisserant, après avoir accueilli le général de Lattre sous le porche de l’église Saint-Christophe, chantera le Te Deum de la Libération. La municipalité reconnaissante fera frapper une médaille, « Belfort à ses libérateurs », qui sera distribuée à tous les combattants présents effectivement lors de la libération de Belfort, le 20 novembre 1944.
Le 18, les dernières résistances ennemies sont réduites au cours de la nuit. Le général Béthouart donne aux divisions ses directives pour l’exploitation profonde qui doit avoir pour but d’ouvrir les débouchés des Vosges sur la plaine d’Alsace en coupant les lignes de communication ennemies et en s’emparant des ponts du Rhin de Neuf-Brisach à’ uningue.
Le lei C.A. s’engouffre hardiment dans la brèche qu’il vient d’ouvrir. La Ire D.B., soutenue au plus près par la 9e D.I.C., longe la frontière suisse, s’empare par surprise, à Delle, du pont sur l’Allaine et atteint Seppois, dans la soirée, après une progression de 30 kilomètres dans sa journée. Le C.C.3 du colonel Caldairou, au cours d’un raid, atteindra le Rhin à Rosenau, le 19 novembre à 18 h 30, après une progression de 40 kilomètres et s’emparera, le 20 novembre, de Mulhouse.
La 5e D.B., suivie et couverte au plus près par la 9e D.I.C., doit poursuivre son action soit à partir de Belfort, soit à partir de la région de Bourogne sur l’axe Aspach-Cernay-NeufBrisach.
Mais, au sud de Belfort, l’ennemi, retranché dans la région de Morvillars, freine la 9e D.I.C., contre-attaque vigoureusement le 21 novembre et réussit à couper entre Delle et Seppois la ligne de communication de la Ire D. B .
Le 22 novembre, la 198e division d’infanterie allemande est prise à partie par la 5e D.B. et la 9e D.I.C. et coupée en deux, le 24, par une action vigoureuse sur l’axe Delle-Seppois.
Ainsi, le 24 novembre au soir, toute résistance allemande est jugulée dans la trouée de Belfort jusqu’à Mulhouse et au Rhin.
Mais seule, la maîtrise du verrou de Burnhaupt devait pouvoir nous ouvrir, quelques jours plus tard, la voie de la haute Alsace.

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