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L’exposition ferme ses portes

, par

Quand je revins à Paris, à l’autour l’Exposition finissait, le carton-pâte mo sait, les dômes d’or s’effaçaient sous un ces brouillards gris perle que la porcelaine de Copenhague venait de mettre à la mode Puis tout disparut, les nègres s’évanouirent comme ces magiciens des Mille et Une Nuits que rééditait alors, en une traduction célèbre. le docteur Mardrus. Sac au dos, je rentrai en classe et vingt-cinq ans devaient se passer avant que je revisse les pagodes nippones, les wagons-lits chinois, les éléphants du Cambodge, la poussière de Ségou.

L’Exposition de 1900 avait été non seulement un succès, mais un bienfait. Elle avait détendu les nerfs des Français après un drame affreux, elle avait marqué une trêve sinon entre les partis, du moins entre les hommes ; la haine envers les étrangers, si vive en 1899, s’était un peu dissipée ; on avait fait connaissance ; placide comme un garde-barrière, le pays avait regardé défiler des wagons pleins d’Iroquois, de musulmans, de Vénézuéliens.
Jamais Paris n’avait été plus beau. On avait rebronzé à neuf la tour Eiffel. On avait vendu beaucoup, tiré beaucoup de feux d’artifice, chaque exposant avait reçu au moins une des quarante-deux mille récompenses dispensées par un gouvernement prévoyant, les marchands de vin avaient fait de brillantes affaires. La nation n’était pas aussi trahie que le disaient les nationalistes, aussi pourrie que l’affirmaient les partisans de Zola. Loubet était devenu populaire.

 Il est très gentil, très propre, et il ne crache pas sur le drapeau quand on le lui présente.

Les partis avancés reculaient. (Cette année a été perdue pour la propagande, dit un orateur socialiste au congrès de 1900.) Un banquet monstre allait réunir à l’Exposition tous les maires de France, en costumes d’Armor ou d’Arles.

Une douce convalescence commençait : rassurée à l’extérieur, la France allait pouvoir s’adonner désormais, pendant cinq ans. jusqu’à l’alerte de Tanger, à la politique de gauche, son péché mignon.


Le Journal de la France Tallendier 1970 article de Paul Morand de L’academie Française

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