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Saint-Just (Louis Antoine Léon)

, par

(Decize, Nivernais, 1767 - Paris, 1794.) Homme politique, une des principales figures de la Révolution française.
D’origine bourgeoise, Saint-Just est le fils d’un capitaine de chevau-légers. En 1776, ce dernier s’installe avec sa famille à Blérancourt, dans l’Aisne. Le jeune Saint-Just achève ses études chez les oratoriens de Soissons, puis suit à l’université de Reims des cours de droit. Sa jeunesse est assez agitée, il passe plusieurs mois dans une mai­son de santé après, affirme-t-on, avoir dérobé à sa mère quelques objets précieux. En 1789, le jeune homme publie, sans nom d’au­teur, un long poème satirique et libertin, que certains jugent obscène, Organt. Ses auteurs favoris sont Rousseau, Montesquieu, Machiavel.

La Révolution éclate. Saint-Just se rend à Paris, assiste aux séances des Jacobins, en revient enthousiasmé par les idées nou­velles et tout acquis au mouvement révo­lutionnaire. Secrétaire de la municipalité de Blérancourt, il est élu en 1790 lieutenant-colonel de la garde nationale locale. A ce titre, il prend part le 14 juillet 1790, à Paris, à la fête de la Fédération. Le jeune et ardent officier de la garde nationale se passionne pour la personnalité de celui qui va devenir son maître, son idole, Robespierre. Il lui écrit : « Vous n’êtes pas un député d’une province, vous êtes celui de l’humanité, de la République. » Compliments qui ne peuvent que flatter Robespierre. Et encore : « Vous que je ne connais que comme Dieu par des merveilles. »

Au mois de septembre 1790, Saint-Just tente de se faire élire à la Législative. Mais il est trop jeune, l’accès à la députation lui est interdit. A la fin de l’année, par contre, la publication de l’Esprit de la Révolution et de la Constitution de la France lui vaut une certaine renommée. Au mois de sep­tembre 1792, enfin, l’Aisne l’élit à la Conven­tion. Ses portraits, dus à Greuze et à David, nous présentent un jeune homme à la char­mante figure, aux traits purs et bien des­sinés, aux yeux pensifs, aux cheveux bouclés, à la taille bien prise dans un élégant habit. L’Archange de la, Terreur, comme on va bientôt le surnommer, voue à Robespierre une admiration sans bornes, exclusive, fanatique, comme ses sentiments révolution­naires. D’un esprit clair et froid, très in­telligent, plus que Robespierre, il est surtout plus ferme et audacieux dans sa volonté. Entièrement tendu vers son but, il en pour­suit la réalisation sans se laisser arrêter par les obstacles, et pousse Robespierre à des mesures extrêmes. Son ami Levasseur dit de lui : « Pour fonder la République qu’il avait rêvée, il aurait donné sa tête, mais aussi cent mille têtes d’hommes avec la sienne. »

Au mois d’octobre, le député de l’Aisne prononce aux Jacobins son premier discours, dans lequel il s’oppose au projet girondin de faire protéger la" Convention par une garde armée. Son premier discours à la Convention, qui le révèle comme un des grands orateurs de l’Assemblée, au ton sec et cassant, date du 13 novembre et concerne l’éventuel procès du roi. Le 27 décembre, après l’ouverture de ce procès, il reprend ses arguments. Ses discours violents contri­bueront à faire rejeter l’appel au peuple et le sursis. Pour lui, le régicide est une « mesure de salut public ». Il place le procès du roi, qui doit être jugé comme un ennemi et non comme un citoyen, sur le plan politique ; cette procédure est indispensable à l’établissement du nouveau régime. Saint-Just affirme ainsi que « ce qui constitue une république, c’est la destruction de tout ce qui s’oppose à elle ».
Au début du mois de mars, le jeune député de l’Aisne est chargé, avec Deville, de surveiller la levée des 300 000 hommes dans l’Aisne et les Ardennes. Suivant l’idéal an­tique, et surtout les théories de Rousseau, Saint-Just rêve d’une république égalitaire et vertueuse. Lors de la discussion du pro­jet de Constitution, au mois d’avril 1793, il s’oppose au projet fédéraliste présenté par Condorcet, et préconise une république où l’assemblée des représentants de la nation, élue au suffrage universel, souveraine, l’em­porterait sur l’exécutif et commanderait une armée démocratique. Certaines de ses vues seront reprisés dans la Constitution* de l’an I, à laquelle il travaille avec Couthon et Hérault de Séchelles. Le 30 mai, il est élu au Comité* de salut public. Ses réquisitoires contre les Girondins*, bientôt arrêtés, le rapport qu’il est chargé de rédiger et lit à la tribune le 8 juillet, conduiront les députés à l’échafaud.

Au comité, où il est réélu au mois de juil­let, Saint-Just, comme Robespierre et Cou­thon, dépense toute son énergie pour sauver la République des périls intérieurs et ex­térieurs. Il s’occupe plus particulièrement de la politique et de la police générale. Face aux périls, il prononce le 10 août 1793 un discours qui prône un gouvernement auto­ritaire, la Terreur*. Son rapport sur l’orga­nisation du gouvernement révolutionnaire est adopté par l’Assemblée, le gouvernement sera révolutionnaire » jusqu’à la paix ».
L’activité de Saint-Just ne se limite pas au Comité et à Paris. C’est dans ses missions aux armées qu’il donnera la mesure de ses talents d’organisateur et de meneur d’hommes. D’octobre à décembre 1793, une première mission le conduit, avec Le Bas, auprès de l’armée du Rhin. Relevant le moral des troupes en améliorant leur ravitaille­ment et leur habillement, Saint-Just rétablit avec rigueur la discipline et l’autorité du commandement. Sa rigueur s’applique aussi aux civils : il élimine les Enragés qui compro­mettent par leurs excès le succes de la Révolu­tion, et taxe fortement les riches. Les bour­geois de Strasbourg doivent verser 5 mil­lions, ceux de Nancy 5 millions. Grâce à ses efforts énergiques, l’armée du Rhin, réorga­nisée, reprend Wissembourg et dégage Lan­dau. Deux nouvelles missions le conduisent en 1794 à l’armée du Nord, au mois de jan­vier, et surtout du 13 au 29 juin. Son activité indomptable retourne une situation déses­pérée. Épurant, cassant les officiers corrom­pus ou incapables, faisant fusiller les déser­teurs, créant de nouveaux cadres, il rétablit la discipline et le moral des troupes, et contribue à la victoire de Fleurus*, qu’il annonce à la Convention le 26 juin.

Cependant, entre deux missions, Saint-Just poursuit à Paris le combat aux côtés de Robespierre. Élu président de la Conven­tion au mois de février 1794, il s’efforce de donner à la République une base économique et sociale, et présente à l’Assemblée un rapport sur les » lois de ventôse ». Ces der­nières confisquent les biens des émigrés, ennemis de la République, et aussi les biens de leurs familles, et les distribuent aux indigents. En même temps, l’Archange de la Terreur soutient Robespierre dans sa lutte contre les hébertistes* puis les dantonistes. Le 13 mars, il prononce un discours dénon­çant les menées de l’étranger qui corrompt le peuple. Accusation qui vise les héber­tistes, arrêtés dans la nuit du 14 au 15 mars, exécutés le 24. Il appuie ensuite le combat de l’Incorruptible contre les Indulgents*. Ré­pandant le 4 avril, lors de leur procès, le faux bruit d’une conspiration des prisons, il va faire mettre les prévenus hors des débats, ce qui les empêche de se défendre.
En même temps, ce révolutionnaire convaincu réfléchit à l’avenir, rédige des notes qui seront publiées après sa mort sous le titre Fragments sur tes institutions répu­blicaines. Son idéal, comme celui d’autres théoriciens de la révolution, peu au fait de l’évolution économique, est la démocratie sociale, une république égalitaire, peuplée d’agriculteurs vertueux et de soldats chargés de la défendre, prêts à donner leur vie pour elle. » Les assassins seront vêtus de noir toute leur vie, écrit-il, et seront mis à mort s’ils quittent cet habit. Les hommes qui auront toujours vécu sans reproche porteront une écharpe blanche à soixante ans... Celui qui ne croit pas à l’amitié ou qui n’a pas d’amis est banni. » En attendant que ces élucubrations soient appliquées, il faut’ res­serrer la dictature du gouvernement révolu­tionnaire. Saint-Just prépare un projet de réforme de l’instruction publique qui prévoit notamment que, dès leur plus jeune âge, les enfants seront confiés à l’État.

Fanatique, mais toujours sincère et convaincu, il ne pourra aller au bout de sa tàche. Au soir du 8 thermidor, le fidèle séide de Robespierre rejoint son maitre. Une partie de la nuit, il rédige le discours qui doit lui permettre, le lendemain, de faire taire leurs adversaires. Il prend la parole à la tribune de l’Assemblée, le lendemain matin. Mais là, il est interrompu par Tallien et, loin de se battre pour reprendre le fil de son discours, se tait, impassible ou paralysé. Arrêté en même temps que Robespierre, libéré comme lui par la Commune, l’Archange de la Terreur se laissera saisir sans résistance à l’Hôtel de Ville. Le 10 thermidor, toujours froid et impassible, il marche droit à la guillotine.


Sources : Dictionnaire de l’histoire de France Perrin sous la direction de Alain Decaux et André Castelot .ed Perrin 1981

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