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L’inquisition ou la chasse aux sorcières

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A leurs débuts pourtant, les Chrétiens étaient persécutés dans l’Empire romain à en devenir des clandestins, notamment durant le règne de Dioclétien. C’est à partir de l’an 313 ap. J-C, avec l’édit de Milan, que les Chrétiens sont autorisés à pratiquer la nouvelle religion. En 380, Théodose élève le Christianisme au rang de religion d’Etat, et toutes autres pratiques sont désormais prohibées. Le Christianisme passe alors de la persécution au triomphe. C’est au Moyen-Âge que l’inquisition connaît son plus grand essor, en particulier aux XIIIe et XIVe siècles. Les Cathares, considérés comme hérétiques et dangereux, connurent leur élimination.

Contexte ecclésiastique

Le catholicisme étant reconnu comme la seule et vraie religion au monde, l’Eglise s’arroge le droit de faire la loi selon une certaine interprétation du Nouveau Testament : Juifs, hérétiques, réformés et prétendues sorcières sont condamnés à brûler vifs sur la place publique, devant les prêtres proférant la parole de Dieu comme justification de telles pratiques. Un véritable fanatisme s’empare d’eux et les pousse à éradiquer le Mal de manière absolue et définitive. Si les nobles familles passent par l’exorcisme, le peuple se voit le plus souvent finir au bûcher, châtiment qu’on retrouve dans le Code justinien : « Si quelqu’un fait quelque tort à autrui par sortilège ou maléfices, il sera puni de mort et même condamné au bûcher. » La quête du Malin dégénère et suscite méfiance envers chacun, jusqu’à dénoncer toute personne suspectée d’avoir conclu un pacte avec le diable. Des magiciens et des sorcières émergent de toutes parts et subissent le sort qui leur était destiné dans le livre de l’Apocalypse : « Quant aux lâches, aux infidèles, aux êtres abominables, aux meurtriers, aux gens immoraux, à ceux qui pratiquent la magie, aux adorateurs d’idoles et à tous les menteurs, leur place sera dans le lac de souffre enflammé, qui est la seconde mort. [1] (…) [H]ors de la ville, les êtres abominables, ceux qui pratiquent la magie, les gens immoraux, les meurtriers, les adorateurs d’idoles et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ! » [2]

Inquisition : un combat contre la sorcellerie ?

Dans une société exclusivement dirigée par l’Eglise romaine, avec l’obligation d’aller écouter la messe en latin sans en saisir le sens, certains cherchent à se détacher d’une telle emprise. Un extrême en entraîne un autre -à savoir se détourner du Bien pour s’offrir au Mal- et une oppression engendre des opposants. Bien que ces opposants restent clandestins par peur de représailles, comme ce fut le cas des Cathares [3], l’Eglise se charge de soulever le problème et de poursuivre ceux qu’elle appelle communément les hérétiques.
L’inquisition naît avec la terreur de la sorcellerie. Une forme de superstition se met en place, condamnant de nombreux individus souvent coupables de rien, du moins pas des accusations de sorcellerie qu’on leur porte. L’inquisition traque surtout les enchanteurs, les possesseurs de livres, amulettes, formules ou objets suspects, et toute autre forme d’attitudes inhabituelles. Les enfants aussi se voient reprocher d’avoir conclu un pacte avec le diable, car on considère que la sorcellerie est héréditaire (mais la procédure interdit de mettre à mort les enfants n’ayant pas atteint l’âge de la puberté).

Méfiances et délation

A l’heure où les croyances régissent le monde, la méfiance engendre souvent de fausses convictions vis-à-vis de certaines personnes, et les victimes de sorcellerie sont le plus souvent des femmes. Les guérisseuses des villages sont prises pour cible : on leur attribue toute sorte de méfaits, de pratiques maléfiques et usages de sortilèges afin de guérir les malades qu’elles soignent. Le danger réside dans l’idée que si ces femmes peuvent guérir, alors elles sont également capables de blesser, voire de tuer. N’importe quel fait ou apparence inhabituel est susceptible de traîner le suspect au bûcher. Le métier est également un motif de culpabilité, de même que le statut d’étranger. On entre dans une ère où le comportement le plus banal de la vie quotidienne peut mener aux accusations les plus graves. Pendant des siècles, cette méfiance omniprésente va mener à des séries de dénonciations pour sorcellerie.

La marque du diable

La « marque du diable » serait une trace produite par la main du Malin, symbolisant un pacte avec ce dernier et trahissant sa présence : gravée jusqu’au sang à l’aide d’une griffe, elle peut représenter des animaux tels qu’une araignée ou un crapaud. Cette marque peut constituer l’unique preuve de pratiques diaboliques, et c’est la raison pour laquelle les experts la recherchent minutieusement lors de l’interrogatoire. Elle est une partie morte du corps diabolisé. En effet, elle n’est plus guidée par l’âme et devient donc insensible à la douleur. La présumée sorcière ne s’appartient plus : son nouveau maître est Satan et il lui promet de l’aider à chaque fois qu’elle l’implorera. Elle est damnée.

Le procès qui cache la torture

L’inquisition, c’est aussi l’art de la torture : une fois dénoncé puis arrêté, le suspect répond à un interrogatoire. Les inquisiteurs usent souvent de tortures diverses afin de faire avouer les suspects. La possibilité d’avoir un avocat est offerte au suspect, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une femme, supposée insuffisamment intelligente pour se défendre elle-même. Mais cela ne convainc pas la Justice, et certains détenus se donnent la mort avant que la sentence tombe.
Le plus souvent, après l’arrestation et la prison, la torture permet d’arracher un aveu du supplicié qui condamne ce dernier à mort et le mène à l’exécution. Lors du procès, on creuse, on cherche à comprendre ce qu’est réellement la sorcellerie, on tente de décrire, de définir des problèmes théologiques suite aux réponses des accusés ; des problèmes surtout axés sur Satan ou le Mal. Le déroulement inquisitoire appliqué par la plupart des cours et tribunaux d’Europe occidentale se fonde sur les principes du droit romains, hérités du Code monumentale de l’empereur Justinien. Ces principes exigent en premier lieu le témoignage des accusés et des témoins. Puis les enquêteurs s’assurent de la pertinence des éléments donnés jusqu’à trouver une preuve, le plus souvent l’aveu de l’accusé. Le procès lui-même succède aux interrogatoires et à l’expertises des corps des présumées sorcières, ainsi que leurs animaux si elles en possèdent. Une fois la preuve solide de leur culpabilité, les suspects passent devant les juges dont dépend leur relaxe ou leur condamnation.

Le bûcher et autres peines encourues

La sentence tombe à l’issue du procès : les usagers de magie ou de sorcellerie sont pendus ou brûlés. Les dernières sorcières victimes de l’inquisition seront étranglées avant de passer sur le bûcher afin d’atténuer leur souffrance. Si la plupart des sorcières sont exécutées publiquement, d’autres peines existent concernant l’usage de pratiques magiques, comme par exemple l’excommunication, l’emprisonnement, les coups de fouet ou la confiscation des biens. Mais souvenons-nous du code justinien : « Si quelqu’un a fait quelque tort à autrui par sortilège ou maléfices, il sera puni de mort et même condamné au bûcher ». C’est la sentence extrême et la plus courante en ce qui concerne la sorcellerie : le châtiment le plus douloureux est réservé aux partisans du Mal.


Sources : OBADIA, Lionel, La sorcellerie, Paris : le Cavalier bleu, 2005
MAXWELL-STUART, Peter G., La sorcellerie et son histoire, trad. de l’anglais par Anne Boudrot, Saint-Cyr-sur-Loire : A. Sutton, 2005
GOOSENS, Aline, « Législation contre l’hérésie et répression de la sorcellerie », in Revue du Nord, 2012
DELUMEAU, Jean, La Peur en Occident : Une cité assiégée (XIVe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 1978
Image : http://www.linquisitionpourlesnuls.com/category/proces-de-linquistion/


[1Apocalypse 21:8

[2Apocalypse 22:15

[3Réforme avant l’heure, le catharisme fut un mouvement religieux détaché du catholicisme

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