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Vider l’abcés

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Il y avait eu alors quelque flottement dans les milieux politiques et dans les hautes sphères de l’administration. Un procès ? La jeune République était-elle assez forte pour supporter l’agitation qu’un procès ne manquerait pas de causer ? Thiers, toujours prudent, estimait que le blâme infligé par le conseil d’enquête était suffisant, le maréchal devant bien certainement rester à tout jamais incapable de se relever du coup que ce blâme lui avait porté.
Gambetta, qui avait bien en main le pouls du pays, était de l’avis opposé : seul un procès permettrait de vider l’abcès que constituait « l’affaire Bazaine » et, en même temps, de perdre dans l’opinion publique les derniers résidus de l’Empire, de les éliminer définitivement. Ce coup de balai était indispensable. Et la foule, l’immense foule des braves gens était avec Gambetta.
Thiers s’était incliné et, le 8 mai 1872, le ministre de la Guerre avait lancé un ordre d’informer contre Bazaine, qui s’était immédiatement constitué prisonnier...

L’instruction, confiée au général Séré de Rivière, commandant les troupes du génie de Versailles, avait été menée de la façon la plus minutieuse. Elle n’avait pris fin que le 6 mars 1873, concluant au renvoi du maréchal devant un conseil de guerre sous l’inculpation d’avoir signé une capitulation ayant eu pour résultat de faire poser les armes à son armée et de rendre à l’ennemi la place de Metz, sans qu’avant de traiter il eût fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l’honneur : crimes prévus et punis par les articles 209 et 210 du Code de justice militaire.

On pouvait dès lors penser que l’affaire, qui n’avait déjà que trop duré, allait désormais pouvoir être menée rondement. Il n’en avait rien été. Le Code de justice militaire prévoit, en effet, que le conseil de guerre devant lequel comparaît un officier général ne doit être composé que de militaires de grade au moins égal, n’ayant pas servi sous les ordres de l’accusé ou n’ayant pas eu à connaître de l’affaire dans laquelle ils sont appelés à siéger. En ce qui concernait Bazaine, cet ensemble de conditions était impossible à remplir.

En disparaissant, l’Empire avait, en effet, laissé à la France - outre Bazaine -quatre maréchaux : Canrobert, Lebœuf, Mac-Mahon et Baraguey-d’Hilliers. Les deux premiers avaient exercé un commandement à l’armée de Metz, le troisième avait été, lui aussi, sous les ordres de Bazaine à partir du 12 août 1870 et, de plus, il venait, à la chute de Thiers, d’être nommé président de la République. Quant à Baraguey-d’Hilliers, il avait présidé le conseil d’enquête qui avait infligé à Bazaine un premier blâme.

Pour mettre fin à cette situation embarrassante, une loi fut hâtivement votée, autorisant le ministre de la Guerre à remplacer les maréchaux par des généraux ayant commandé en chef ou du moins une division.
Le conseil de guerre devant lequel allait comparaître le maréchal Bazaine avait donc été composé des généraux de La Motte-Rouge, de Chabaud-Latour, Tripier, Princeteau, de Martimprey et Martineau des Chenez (ces deux derniers, malades, furent, au dernier moment, remplacés par les généraux Resseyre et de Malroy) et la présidence en avait été confiée au général duc d’Aumale, le commissaire du gouvernement étant le général Pourcet.

Ainsi le conseil de guerre à qui le gouvernement de la République confiait la charge redoutable de juger un maréchal de l’Empire allait être présidé par un Orléans, fils du dernier des rois ayant régné sur la France. Un Orléans, un beau soldat aussi et un grand chef militaire, un héros des guerres d’Afrique, le sabreur de la Smala ! La continuité de la France éternelle allait, une fois de plus, être assurée de façon symbolique et glorieuse !
C’étaient ces huit hommes en uniforme qui siégeaient à Trianon, le 6 octobre 1873.


sources"Le journal de la France" hebdomadaire ed Tallandier 1970 article Rene Jeanne

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