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Un général prêt à exploser

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La situation se détériorait inexorablement. Au matin du 30 janvier, les Australiens de la « Westforce » avaient reculé jusqu’au kilomètre 37, sur la route principale, et le gros du 3e corps se pressait déjà sur la digue. A 5 h 30, le 31, toutes les forces britanniques avaient regagné l’île et on poursuivait les préparatifs pour faire sauter la digue — tâche difficile car elle mesurait 1 000 mètres de long sur 63 mètres de large. Le 31 janvier, Percival prit le commandement opérationnel de toutes les troupes de l’île. Il estima qu’il disposait maintenant de 85 000 hommes, dont 15 000 des services auxiliaires et d’unités non combattantes. Ils se répartissaient en treize bataillons britanniques, six australiens, dix-sept indiens et deux malais — l’équivalent, en infanterie, de quatre divisions. Mais aucune de ces unités n’était complète et la plupart avaient été renforcées par des éléments non entraînés. Beaucoup d’unités manquaient d’armement et, partout, le moral était très bas.
Le soir du 31 janvier, tandis que Percival essayait frénétiquement d’organiser la défense de Singapour, le général Yamashita but un verre de saké avec ses officiers supérieurs. Après les avoir félicités pour les résultats obtenus, Il ajouta qu’il faudrait quatre jours pour accomplir les reconnaissances nécessaires au passage du détroit de Johore et que les ordres à cet effet devaient être donnés immédiatement. Son quartier général se trouvait alors dans la jungle, près d’un village appelé Sugatai, proche du détroit. Un officier regagnant son unité nota : « Tout était silencieux. Le seul bruit que j’entendisse était celui que faisaient les nommes du génie en réparant la digue. »
On pourrait croire que Yamashita est content de lui, après de tels succès en Malaisie, mais son journal intime montre le contraire. Il soupçonne Tojo de vouloir le tuer, après la chute de Singapour ; d’autre part, ses rapports avec Terauchi ne se sont pas améliorés. Le 1er janvier, Yamashita écrit : « Je ne peux pas espérer de liaisons avec Terauchi et l’armée du Sud, ni une aide aérienne de leur part. Il est triste que le Japon n’ait personne en haut lieu sur qui on puisse compter. La plupart des gens abusent de leur pouvoir. » Le lendemain, il ajoute : « Je déteste l’égoïsme des hommes en place. Ils n’ont pas de conscience et leur seul but est de prendre encore plus de pouvoir. »
Le 5 janvier, il s’en prend aux opportunistes de Tokyo : « Ces hommes appelés au service de la nation sont rarement bons, en période de crise. Civils et officiers abusent de leur autorité. Il faudra que je me méfie d’eux. » Il s’attaque ensuite à son vieil ennemi Nishimura : « Il a perdu une semaine en désobéissant aux ordres. » Même Matsui et la 5e division ne le satisfont pas, malgré leurs victoires et, le 6 janvier, il dit d’eux : « Je leur ai ordonné de mener un mouvement de flanc pour prendre l’ennemi au piège et l’écraser. Mais ils ne m’ont pas obéi. Le manque d’entraînement et la médiocrité des officiers me dégoûtent. » Le 8 janvier, il poursuit : « Les chefs de bataillon et les troupes manquent d’esprit combatif. Ils n’ont aucune idée sur la façon d’écraser l’ennemi. »
Comme tous les chefs d’armée, il déteste les inspections pendant le combat et, le 9, il note : « Cinq officiers d’état-major sont arrivés du quartier général de Tokyo. Je les déteste. » Le 31, le jour de la réunion, sa nervosité est si évidente qu’un membre de son état-major note avec angoisse : « Notre général est sur le point d’exploser. » L’incident qui faillit provoquer le drame fut une insulte délibérée de Terauchi, qui décora le détachement Takumi (qui avait pris Kota Bharu) sans le consulter. « Si l’armée du Sud se met à distribuer les récompenses, les hommes n’accepteront les ordres que d’elle et non de la XXVe armée. »
Le 23 janvier, le coup final fut l’arrivée du général Osamu Tsukada, chef d’état-major de Terauchi, avec des notes volumineuses concernant la manière de prendre Singapour ; il partit après le déjeuner, sans même dire merci. Inutile de dire que Yamashita déchira les notes en mille morceaux. Il écrivit alors dans son journal : « Chaque fois qu’il y a deux solutions, l’armée du Sud choisit la mauvaise. »

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