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Expansion de l’Empire Ottoman

, par

Les Turcs font leur apparition sur le plateau d’Anato­lie au début du XIe siècle ; l’un des clans fut installé par le sultan seldjoukide dans la région de Nicée, juste aux frontières de l’Empire byzantin. D’après les traditions, ce clan avait été chassé de l’Asie centrale par les invasions mongoles. Il est probable qu’ils appartenaient aux ghâzi, combattants de la foi, pour qui la guerre contre les infidèles est une profession.

Osman (1281-1326) fut le véritable fondateur de la dynastie ottomane (ou Osmanlis). Combattant contre les Byzantins, il profite de la décadence des Seldjoukides pour se rendre indépendant et prend le titre de Sultan en 1299. Avec lui commence le démembrement définitif de l’Empire byzantin.

 1299 Osman prend le titre de Sultan
 1330 L’Asie Mineure est prise
 1353 Installation à Gallipoli, premier territoire conquis en Europe. Création du corps d’élite des janis­saires
 1360 Installation de la capitale à Andrinople ; prise de la Thrace
 1389 Bataille de Kossovo : prise de là Serbie et de la Bulgarie
 1396 Premier siège de Constantinople (levé parce que l’invasion mongole de Tamerlan crée un second front)
 1424 L’Empire obligé de payer tribut
 1444 Une croisade chrétienne de secours est écrasée à Varna : l’Empire est réduit à la seule ville de Constantinople
 1453 Prise de Constantinople
 1463 Prise de la Bosnie et de l’Albanie. 1480 : Premier siège de Rhodes
 1499 Première victoire navale sur les Vénitiens à Lépante

L’Empire turc double presque d’extension durant le bref règne de Selim I" (1512-1520) : à son avènement l’Empire s’étendait sur le nord de ce qui fut autrefois l’Empire Romain d’Orient, la Turquie, la Grèce et la rive droite du Danube (Bosnie, Serbie, Bulgarie, Vala­chie). Selim entreprend de repousser lés frontières de l’est en Arménie, puis de conquérir le bord de la Méditerra­née : la Syrie, l’Arabie et l’Égypte. L’Empire mamelouk d’Égypte s’effondre en 1520. En même temps qu’il devient le maître de la Méditerranée orientale, le Sultan accroît son pouvoir spirituel, en’ prenant le titre de Calife, Commandeur des Croyants. Cette expansion foudroyante n’inquiète guère l’Occident, qui a perdu l’esprit de croisade et n’est pas directement attaqué.

La seconde phase d’expansion va par contre atteindre l’Europe et mettre en cause tous les équilibres politiques et commerciaux. La liste des conquêtes de Soliman, durant les 46 ans de son règne, est impressionnante : Rhodes, la Hongrie, la Mésopotamie, la Géorgie, l’Irak, Aden et, avec l’aide des corsaires Barberousse, l’Algérie et Tunis. Assez pour justifier le titre de Grand Seigneur donné au Sultan par les Occidentaux et le ton de supériorité que celui-ci affiche dans ses lettres au roi de France « Moi qui suis le Sultan des Sultans, le Souverain des Souverains, le Distributeur des Couronnes aux Monar­ques du Globe, l’Ombre de Dieu sur terre, le Sultan et le Padischah de la mer Blânche, de la mer Noire, de la Roumélie, de l’Anatolie, de la Caramanie,’ du pays de Roum, de Zulcadir, du Diarbeckr, du Kurdistan, de l’Azerbaïdjan, de- la Perse, de Damas, du Caire, de La Mecque, de Médine, de Jérusalem, de toute l’Arabie, du Yémen et de plusieurs autres contrées que met nobles aïeux et mes illustres ancêtres conquirent par la force deleurs armes et que mon Auguste Majesté a également conquises avec mon glaive flamboyant et mon sabre victorieux... »

Nous reviendrons sur les aspects spécifiques de chacune de ces conquêtes, dont il est étonnant qu’elles aient cependant pu constituer un Empire au fonctionnement homogène et solide, en quoi il faut reconnaître le génie particulier de Soliman, que nous appelons le Magnifique, mais qui se faisait appeler le Législateur. L’Empire au maximum de son expansion va donc de Vienee au golfe Persique et enclôt toute la Méditerra­née. Il. comprend des terres directement soumises et des pays vassaux ou protégés (voïvodats de Transylvanie, Moldavie, Valachie, République de Raguse, khanats de Crimée et d’Asie centrale). Il est partagé en grandes circonscriptions dirigées par des beyler-bey, soumis à l’autorité du gouvernement central du Sultan ou Padis­chah, dirigé par un Grand Vizir et des hauts fonction­naires (le Defterdar ou ministre des Finances, le Kapu­dan ou responsable de la Marine) qui contrôlent une administration très au point.

C’est un royaume riche de la diversité de ses produits et du commerce de la soie et des épices. Mais le fait le plus caractéristique, et que les Occidentaux d’alors regardent avec incompréhension, est que cet Empire, est bien administré, juste et tolérant. Il est si peu tyrannique qu’en Europe, les populations chrétiennes envahies se sont bien souvent hâtées -vers des envahisseurs plus supportables que leurs suzerains. Bien des historiens actuels semblent encore lui en vouloir, ainsi peut-on lire dans une biographie de Soliman : « L’habileté des Otto­mans fût de régner avec modération et justice. » Or il s’agit d’un principe, non d’un calcul.

L’Empire s’appuie sur les fonctionnaires et l’armée rien qui ressemble à une aristocratie et à des puissances héréditaires. Le Sultan tient ses meilleurs serviteurs du système du devchirmé : chaque année on prélève sur les populations chrétiennes un contingent de jeunes garçons qu’on « convertit » à l’islam et qui, selon leurs aptitudes, deviendront soldats (icoglans, puis janissaires) ou fonctionnaires. Dès qu’un talent est repéré parmi les esclaves et autres captifs, il est utilisé. Bien des renégats ont vu dans l’islam un moyen de donner la pleine mesure de leur valeur, alors qu’en pays chrétien leur naissance les aurait tenus à l’écart de toute fonction d’importance. Les grands vizirs eux-mêmes sont des esclaves devenus favoris, richissimes, tout-puissants ; la mort sera la sanc­tion de tout échec, et leurs biens retourneront au Trésor du Sultan ; en attendant, le Sultan est servi par des gens de valeur, qui lui doivent tout. Le Sultan a la meilleure armée du monde, bien faite pour contraster avec le désordre chronique des armées occidentales, merce­naires et pillardes. Dans cette armée permanente, de métier, on est entretenu et payé régulièrement. La discipline est totale : obéissance, courage, fidélité, sont des qualités soigneusement surveillées. On y vit sobre­ment, mais l’intendance organisée évite tout pillage sur les populations civiles ; on exécute les maraudeurs. Le pillage sur l’ennemi est par- contre le prix de tant de respect des alliés. L’armée est un corps unifié, ce que matérialise l’existence d’un uniforme. L’artillerie est de premier ordre, fondue d’ailleurs avec le concours de chrétiens à Tophane, quartier d’Istanbul ; s’y ajoutent les pièces prises sur l’ennemi, plus de cinq mille en Hongrie, par exemple. L’existence d’une artillerie est l’élément déterminant qui permet de dominer le reste du monde islamique. Enfin des arsenaux énorme permet­tent de construire en même temps jusqu’à 120 navires. Après le désastre de Lépante, la flotte turque sera reconstituée en un an, plus vite que les flottes de ses vainqueurs... Cette réalité triomphante que vont décou­vrir les ambassadeurs occidentaux ne laissera pas d’inspi­rer de nombreuses et amères réflexions dans les traités de science politique de la fin du siècle sur la relativité des notions de « civilisation ».

Le plus stupéfiant pour eux sera pourtant de découvrir dans un Empire qui s’identifie volontiers au militantisme islamique les principes d’une tolérance des chrétiens des territoires conquis et vis-à juifs une grande partie des juifs chassés d Ei agne est allées’installer à Constantinople. Seuls des renégats arrivent au pouvoir réel, mais on ne persécute personne pour obtenir des conversions.

Dur constat que l’originalité et la puissance de ceux qui, vus de loin, sont des barbares, et l’une des peurs fondamentales de l’Occident. Il est vrai que cette peur trouve quelque justification. D’abord dans la force de l’expansion même, et dans le fait que l’attitude conqué­rante des Sultans est pour eux une nécessité : il faut bien trouver de l’occupation à l’armée permanente qui ne peut ainsi être tentée d’appuyer les projets séditieux. Il y a donc une expédition militaire par an. Ensuite dans, le danger permanent que la marine turque représente en Méditerranée. Enfin les Turcs ont quelques pratiques qui, symboliquement, épouvantent : un certain décorum dans la cruauté, par exemple, qui fait que les Occiden­taux oublient leur propre pratique désordonnée de mise à sac des villes conquises pour s’ébaubir des 2 000 têtes coupées que Soliman aurait fait mettre autour de son camp après la victoire de Mohâcs. La justice personnelle du Sultan (les fameux étrangleurs muets) et l’élimination systématique de tous les membres mâles de la famille royale à l’accession d’un souverain passaient pour crimes notoires, même auprès de princes bien placés pour savoir que le pire danger politique vous vient toujours de votre frère ou de votre fils. Le tonneau de malvoisie de Georges de Clarence ou la noyade de Jean Borgia étaient-ils d’autre nature ou plus « civilisés » que les exécutions au sabre par lesquelles Selim avait préparé l’avènement de son fils Soliman ? On n’oserait en juger, mais cela n’innocentait pas les sultans ! Et puis, argument ultime. ils sont turcs c’est-à-dire musul­mans, et les gens d église, plus vigilants que leurs ouailles tentées par l’indifférence ou la politique, ne manquent pas de rappeler que les succès des Infidèles sont la punition des péchés des chrétiens, la marque de la colère de-Dieu.

Cela n’empêche pas la civilisation et la vie culturelle d’être en plein essor, les Turcs, petit groupe militaire, ayant su conserver, adapter, et mêler les civilisations des peuples plus cultivés qu’ils avaient conquis : civilisation persane (les poèmes se composent en persan, non en turc !), civilisation arabe, civilisation byzantine. C’est le temps du poète Baki (1526-1600) qui s’attire les faveurs de Soliman grâce à un poème sur l’expédition de Perse de 1552 ; c’est le temps de Sinan,’ l’architecte (1490­1588), qui débute comme ingénieur militaire, puis construit en 1550 la mosquée Suleimaniyyè d’Istanbul et la Selimiyyè d’Andrinople en 1574 ; c’est le sommet de la science géographique orientale, avec le géographe Piri­rels (?-1554) dont le Bahrije ou Livre de la Mer fait autorité.

On peut penser que cet essor est favorisé par la t- personnalité même-de Soliman et par la stabilité qu’assu­rent ses 46 ans de règne. Soliman (1494-1556) joint des talents militaires (c’est un bon général qui commande et marche à la tête de ses troupes) à des talents d’adminis­trateur et de juriste. Il sait se faire obéir, mais aussi s’attacher des serviteurs de grande valeur. Il est -lui­même musicien et poète, comme le Grand Vizir Ibrahim.

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