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06- Un messager à la cour du roi Arthur

, par

Du château on voit venir monseigneur Gauvain. Pour lui dames et pucelles s’étaient lamentées, pour lui tous les valets en étaient hors de leur sens. Et maintenant leur allégresse est telle que jamais on n’en vit semblable. Assise devant le palais se tenait la reine, qui attendait le chevalier. Sur un signe d’elle ses pucelles se prennent par la main’ toutes ensemble et, pour fêter le retour de leur sei­gneur, chantent, carolent et dansent joyeusement. Le voici enfin : II descend parmi elles : les dames, les demoiselles et les deux reines l’entourent et l’accolent et lui adressent de gais compliments. Pen­dant que les réjouissances vont leur train, on le désarme, jambes, bras, pieds et tète. On accueille avec joie celle qu’il amène, tous et toutes s’empressent à la servir, mais c’est pour lui, non pour elle qu’ils le font.

Au milieu des rires et des chants on monte au palais, et tous se sont assis par la salle. Messire Gauvain prend sa sueur par la main et la fait asseoir près de lui au Lit de la Merveille.
 Demoiselle, lui dit-il tout bas, je vous apporte d’au-delà de l’eau un annelet dont l’émeraude verdoie. Il vient d’un chevalier qui vous l’envoie en témoignage d’amour. Il vous salue et dit que vous êtes sa drue.
 Sire, dit-elle, il peut bien être. Mais si je l’aime, c’est de loin que je suis son amie, car jamais il ne me vit ni moi lui, si ce n’est d’un bord à l’autre de cette rivière. Mais il m’a donné son amour, et je lui en rends grâce, y a bien longtemps. Non qu’il soit venu ici, mais ses messagers m’ont tant suppliée que je lui ai accordé mon amour, moi aussi : je le dis tout franchement, mais de plus que cela je ne suis pas encore son amie.
 Ah ! belle, déjà il s’est vanté que vous aimeriez mieux que fût mort messire Gauvain, votre frère, que de savoir qu’il eût mal, lui, en son orteil.
 Oh ! sire, je m’étonne qu’il ait pu dire une si grande folie. Par Dieu, je ne pensais pas qu’il fût si mal avisé. Singulière erreur que de me mander pareil message ! Hélas ! Il ne sait même pas que je sois née, mon frère, ni jamais ne me vit. Le Guiromelant en a médit, car je ne voudrais pas plus le dommage de mon frère que le mien propre.

Tandis que tous deux causaient ainsi, les dames écoutaient de loin. La vieille reine se penche vers sa fille et lui dit
 Belle fille, que pensez-vous de ce seigneur qui s’est assis à côté de votre fille, ma nièce ? Longuement il lui a parlé tout bas ; je ne sais de quoi, mais cela me plaît. Et j’aurais tort de m’en fâcher, car c’est son noble caeur qui le pousse, quand il se tient à la plus belle et la plus sage qui soit en ce palais. Il a bien raison, et plût à Dieu qu’il l’eût épousée et qu’elle lui fût autant que Lavinia à Enée. - Ah ! dame, dit l’autre reine, puisse Dieu incliner ses pensées vers elle, de telle sorte qu’ils soient comme frère et sueur et qu’il l’aime tant, et elle lui, qu’ils ne fassent plus qu’un en deux !

En sa prière la dame entend qu’il l’aime d’amour et la prenne à femme, car elle ne reconnaît pas sonsfils. Mais ils seront bien vrai­ment comme frère et sueur : il n’y aura pas d’autre amour en eux, quand l’un saura qu’elle est sa sueur et l’autre qu’il est son frère. La mère en aura une grande joie, qui toutefois ne sera pas celle qu’elle attend.

Cependant messire Gauvain se lève et appelle un valet, celui qui de tous ceux de la salle lui semble le plus prompt, le plus sage et le plus serviable.
 Valet, lui dit-il, je te crois fin et avisé : si je te confie un secret, je t’abjure de le bien garder. Il n’en sera que mieux pour toi, car je veux t’envoyer en un lieu où on te fera grand accueil.
 Sire, on m’arracherait la langue avant que je laisse échapper de ma bouche un seul mot que vous voudriez tenir secret.
 Eh bien donc, ami, tu iras à mon seigneur le roi Arthur. Sache que je suis Gauvain, son neveu. La voie n’est ni longue ni pénible, car le roi a décidé de tenir sa cour à la Pentecôte en la cité d’Orcanie. Et s’il t’en coûte quelque chose, tiens-t’en à moi pour tes frais. Quand tu viendras devant le roi, tu le trouveras cour­roucé, mais quand tu le salueras de par moi, il s’en réjouira fort. Tu diras au roi que je désire le trouver, au cinquième jour de la fête, logé en la prairie sous cette tour, et que, par la foi qu’il me doit, car il est mon seigneur et moi son homme lige, il ne me désap­pointe pas, pour quelque raison que ce soit. Et qu’il amène avec lui tout ce qui sera venu à sa cour de hauts hommes et de petites gens. Car j’ai entrepris une bataille contre un chevalier qui ne nous prise guère, ni lui ni moi : c’est le Guiromelant, qui me hait d’une haine mortelle. A la reine aussi tu diras qu’elle y vienne, par la foi qui doit être entre elle et moi, car elle est ma dame et mon amie : elle ne le refusera pas, dès qu’elle saura la nouvelle. Et que pour l’amour de moi elle se fasse accompagner des dames et des demoi­selles qui seront à la cour ce jour-là : Mais je crains bien que tu n’aies pas de bon cheval qui te porte là-bas aussi vite que je voudrais.

Le valet répond qu’il en aura un grand, bon et fort et rapide, qu’il montera comme sien.
 Je n’en serai pas fâché, répond messire Gauvain.
Et aussitôt le valet le mène vers une écurie dont il fait sortir un peloton de chevaux de chasse, tous en bon point et bien reposés. L’un d’eux était prêt pour une chevauchée, ferré de neuf, le frein aux dents, la selle sur le dos.
 Par ma foi, dit messire Gauvain, tu es bien équipé, valet. Va donc, et que le Seigneur de tous les rois te guide sûrement à l’aller et au revenir et te maintienne à toute heure dans le droit chemin !

Là-dessus, il le convoie jusqu’à l’eau, le recommande au nauto­nier, qui, à l’aide de ses rameurs, lui fait franchir aisément la rivière. Voilà le valet sur l’autre bord. Il trouve sans peine le che­min d’Orcanie, car qui sait demander sa voie peut aller par le monde entier. Messire Gauvain retourne en son palais où il se repose dans l’allégresse et les plaisirs : tous et toutes lui font fête.

La reine fit chauffer de l’eau dans cinq cents cuves et y fit entrer tous les valets, qui s’y baigneront. Déjà on leur a taillé des robes qui toutes prêtes les attendent à leur sortie du bain. L’étoffe en était tissée de fils d’or et la fourrure était d’hermine. Jusqu’après matines les valets veillent au moutier, debout, sans s’agenouiller une seule fois. Au matin, messire Gauvain leur chausse à tous l’éperon droit, leur ceint l’épée et leur donne l’accolade. Le voilà entouré de cinq cents chevaliers nouveaux.

Cependant le valet a tant chevauché qu’il est venu à la cité d’Or­canie où le roi tenait une cour aussi haute et noble qu’il convenait à la solennité du jour. Dans les rues, les perclus et les rogneux, qui voient passer le valet, se disent entre eux :
 Celui-là va bien vite. Il faut que le besoin soit grand. Sans doute il vient de loin et apporte d’étranges nouvelles à la cour. Il pourra dire telle chose qui rendra le roi muet et sourd, tant il a de chagrin et de deuil.. Et maintenant, quand le roi aura ouï le mes­sage et en connaîtra le sens, qui sera celui qui saura le conseiller ? Bah ! Que nous importe, à nous, le conseil du roi ? Nous ferions mieux de nous lamenter dans la crainte et le désespoir, car nous avons perdu celui qui, pour l’amour de Dieu, nous vêtait tous,. dont tout bien nous venait, en aumône et en charité.

Ainsi par toute la cité les pauvres gens regrettaient messire Gau­vain qu’ils aimaient
.
Le valet passe son chemin et arrive enfin à la cour. Il trouve le roi assis en son palais. Autour de lui, cent comtes palatins, cent ducs et cent rois. Quand le roi voit sa grande baronnie et qu’il n’y voit point son neveu, sa détresse est telle qu’il se pâme et tombe. Bien alerte qui peut arriver jusqu’à lui, car tous se précipitent pour le soutenir.

Ma dame Lore, assise en une loge, entend le deuil qui monte de la salle. En hâte elle descend de la loge et court tout éperdue à la reine. Quand la reine la voit, elle lui demande ce qu’elle a.

Chrétien s’est arrêté là, il est mort avant d’avoir achevé son livre.

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