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Spahis

, par

Spahi : mot d’origine turque. A l’origine, les « sibahis » sont des cavaliers fournis par les tribus inféodées à l’Empire ottoman qui viennent renforcer les effectifs de Mamelouks (troupes régulières) lorsque l’ampleur des opérations le nécessite.

Ils se payent sur le terrain en pillant les lieux où ils interviennentt et, une fois l’opération terminée, rejoignent leurs tribus d’origine.

Le Dey d’Alger, destitué lors de l’arrivée des Français, dispose de « Sibahis », turcs en grande majorité. Se trouvant sans emploi, ils se rangent en 1830 sous la bannière de Youssouf (1)qui en fait des troupes efficaces et redoutées, contribuant à la conquête de l’Algérie. Le mot, déformé par la prononciation française, devient SPAHI (à noter : le « P » n’existant pas en arabe , il se prononce sBahi).

Les spahis en Algérie

Ces cavaliers recrutés par Youssouf sont d’abord appelés « Mamelouks », puis deux ans plus tard « Spahis ». Leur existence est officialisée par trois textes législatifs :

 une loi de 1831 autorise les généraux commandant les pays occupés à former des corps militaires composés d’indigènes et d’étrangers. C’est la première consécration des tirailleurs, spahis et légionnaires.
 l’ordonnance du 7 décembre 1841 créé un corps unique de cavaliers indigènes. Est ainsi régularisé leur emploi depuis plus de dix ans par le corps expéditionnaire français en Algérie
 l’ordonnance du 2 juillet 1845 crée trois régiments de spahis :

* le 1er régiment de spahis algériens à Alger ;
* le 2ème régiment de spahis algériens à Oran ;
* le 3ème régiment de spahis algériens à Bône .

Ces formations se couvrent de gloire dans la quasi-totalité des combats qui émaillent la conquête de l’Algérie et contribuent largement au succès des armes de la France.

Citons leurs principales victoires :

* Constantine en 1836 et 1837 ;
* Les Portes de fer en 1839 ;
* Le Collo en 1843 ;
* La prise de la smala d’Abdelkader en 1843 ;
* La bataille d’Isly en 1844 ;
* Les Aurès en 1846 ;
* La prise de Zaatcha en 1849 ;
* La prise de Laghouat en 1852 ;
* Le Hodna en 1864 ;
* La Kabylie en 1871.

Les spahis hors d’Algérie [modifier]
1880 - officier de spahis algériens
1880 - officier de spahis algériens

Né en Algérie, le modèle spahis est repris ailleurs par l’armée française :

En Crimée, en 1854, où Yousouf est chargé de mettre sur pied des escadrons de cavaliers autochtones ;

* en Tunisie, où le 4ème Spahis est formé le 1er octobre 1886.
* au Maroc, avec la participation d’escadrons algériens à l’expansion française, puis avec la création, en 1912, de dix escadrons de spahis formés avec les tabors de cavalerie du Sultan du Maroc
* au Sénégal, avec une esquisse en 1843, puis une participation effective aux opérations de pacification de 1872 à 1881 ;
* et aussi au cours de l’expansion coloniale de la IIIème République où des unités algériennes et marocaines prennent une part active aux campagnes d’Extrême-Orient, d’Afrique et de Madagascar.

Premier conflit mondial

En 1914 existent quatre régiments de spahis algériens encasernés à Médéa, Sidi-Bel-Abbès, Batna et Sfax (en Tunisie). Un 5° régiment est créé lors de la mobilisation générale d’août 1914 ; et un mois plus tard, en septembre, est constituée une brigade de marche à l’aide d’escadrons provenant de toutes les unités. Cette brigade, commandée par le colonel Martin de Bouillon se compose des 1° (lieutenant-colonel Schneider) et 2° (colonel Couverchel) régiments de marche des spahis, qui en août 1915 sont renommés 6° et 7° spahis algériens. Les spahis algériens combattent dès le début des hostilités. Pendant ce temps-là, au Maroc, les autorités françaises réunissent quatre escadrons auxiliaires de spahis marocains et les dirigent sur la France, où, aux ordres du commandant Dupertuis, ils forment le Régiment de Marche de Chasseurs Indigènes à Cheval qui devient, le 1° janvier 1915, le Régiment de Marche des Spahis Marocains (dépôt à Arles). Quant aux escadrons auxiliaires restés au Maroc, ils donnent naissance au 2° régiment de spahis marocains, lequel sert d’unité de relève au 1° régiment alors en première ligne en France, puis, à partir de mars 1917, à l’armée d’Orient où il mène force combats qui, en 1918, l’entraînent jusqu’au Danube et à Budapest. Dans cette ville, le 31 décembre 1918, soit un mois après l’Armistice, lors d’un raid sur le château de Foth, il capture le maréchal von Mackensen et tout son état-major.

Entre-deux-guerres

Durant cette période, le nombre de régiments de spahis est triplé par rapport aux effectifs de 1914.

En 1921, on dénombre douze régiments de spahis :

* 5 en Algérie ;
* 4 au Maroc ;
* 2 au Levant ;
* 1 en Tunisie.

Deuxième Guerre mondiale

De nombreux escadrons de spahis constituent les unités de reconnaissance des formations militaires françaises. En métropole, à la déclaration de guerre sont présentes les :

* 1re brigade de spahis avec le 4e régiment de spahis marocains et le 6e régiment de spahis algériens, stationnée à Compiègne.
* 2e brigade de spahis avec le 7e régiment de spahis algériens et le 9e régiment de spahis algériens, stationnée à Vienne et Montauban.

Par la suite, s’y ajoutent :

* la 3e brigade de spahis avec le 2e régiment de spahis marocains et le 2e régiment de spahis algériens.

La part la plus importante dans les combats est prise par les 1re et 3e brigades dans les Ardennes belges, la 3e étant anéantie. La 2e brigade surveille la frontière suisse jusqu’au 9 juin ; le 9e régiment de spahis algériens se distingue par sa résitance du 18 au 20 juin, à Vercel.

1940 - Spahi marocain

Après l’armistice de 1940, une partie du 1er escadron du 1er RSM, commandé par le capitaine Paul Jourdier, quitte clandestinement la Syrie dès le début juillet 1940, pour rejoindre les Britanniques en Palestine. Il est l’une des premières unités de la France libre à reprendre le combat : en Erythrée, puis en Syrie, à El Alamein, en Tunisie ; il se renforce progressivement pour devenir le 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains de la célèbre 2e Division Blindée du général Leclerc.

D’autres régiments sont reformés en Afrique du Nord dans le cadre de l’armée d’armistice, puis, après le débarquement allié de 1942, ils font partie :

* du corps expéditionnaire français en Italie aux ordres du général Juin ;
* de la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny,

Aujourd’hui

1962 annonce la fin] de ces formations militaires coloniales. Aujourd’hui, seul subsiste le 1er régiment de spahis stationné à Valence. Il est le dépositaire de toutes les traditions de ses glorieux ancêtres et participe activement aux interventions militaires extérieures menées par la France dans le cadre de ses accords de défense.

Uniformologie

Couleur du burnous

Au début de la conquête de l’Algérie, afin de les distinguer au combat, les cavaliers indigènes utilisés par le corps expéditionnaire français sont vêtus d’un burnous vert, couleur symbolique de l’Islam. L’effectif de ces supplétifs croissant et la teinture verte se raréfiant, on adopte le « gros bleu » des uniformes de l’armée française. Les cavaliers arabes refusent ces burnous bleus qu’ils donnent à leurs esclaves dans leurs tribus. Pourquoi ce refus ? Cette couleur est celle des manteaux des juifs de l’époque ! L’intendance se reporte alors sur la couleur garance utilisée pour les pantalons des fantassins. C’est ainsi que le rouge devient la couleur traditionnelle des burnous des spahis algériens.

En 1917, les spahis marocains sont engagés dans la campagne d’Orient. Très mal équipés, pour se protéger du froid et remplacer leurs vêtements en loques, ils utilisent des couvertures marron et kaki de l’intendance dans lesquelles ils se taillent des burnous. L’intendance propose de leur fournir des burnous réglementaires, mais ils refusent la couleur garance et exigent le bleu nuit qui est la couleur portée par leurs notables berbères. Satisfaction leur est donnée. C’est ainsi que, depuis 1917, les spahis marocains se distinguent des algériens en portant le burnous bleu.

Le « toug »

Au cours de sa carrière de redoutable sabreur, Youssouf, le « père des spahis », a pour monture un magnifique étalon blanc qu’il affectionne particulièrement. Lors d’un combat, l’animal est tué sous lui. Voulant garder un souvenir de ce cheval, Youssouf lui fait prélever la queue et la fait monter sur une lance qui devient son fanion de commandement : le « toug ». À partir de ce moment, une queue de cheval est ajoutée à tous les fanions de commandement des spahis. Au fil des ans, la plupart des unités de cavalerie française adopteront (indûment) cette tradition qui subsiste aujourd’hui. En règle générale, le fanion et la queue qui l’accompagne sont offerts à l’officier qui quitte son commandement, un fanion neuf, en tous points identique au précédent, le remplace.....

Le harnachement des spahis

Le premier Arabe qui utilisa un harnachement fut le prophète Ali, parent de Mohamed. C’était un tapis constitué de six feuilles doubles en feutre, colorées en vert, rouge et bleu : le « tarar ». Par la suite, ce tapis est bordé de cuir et de soie rouge .

Lorsque les sipahis arrivent en Afrique du Nord, ils disposent d’un harnachement turc avec des pommeaux (avant de la selle) et des troussequins (arrière de la selle) très relevés . Ces excroissances sont destinées à maintenir le cavalier dans sa selle lors des charges ou des chocs frontaux avec ses adversaires. Les étriers au plancher large et voûté et aux parois convexes, permettent aux pieds d’être solidement calés . Ils sont suspendus à des cordes en laine tressée. Dans ce Maghreb islamisé depuis le VIIème siècle, les cavaliers locaux utilisent le harnachement arabe ; avec le temps, c’est ce dernier matériel, plus facile à trouver, qui remplace progressivement l’équipement turc des sipahis.


http://cavaliers.blindes.free.fr
Lt colonel (H) Claude Aïcardi

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