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Meuse-Argonne 1918 : Clemenceau accuse les Américains de temporiser

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Après avoir pesé et mûri les enseignements que livraient des actions mal coordonnées, Pershing estima nécessaire de réorganiser son armée. Il prit des sanctions : des têtes tombèrent, trois commandants de division et un commandant de corps d’armée furent relevés de leurs fonctions.

Quelques-unes de ces décisions furent controversées ; le général américain exigeait de ses hommes énergie et enthousiasme et élimina ceux qui en manquaient un tant soit peu.
Il avait aussi une façon très particulière de régler les cas litigieux : « Si des hommes s’enfuient devant l’ennemi, les officiers ont le devoir d’y mettre bon ordre immédiatement, et, s’il le faut, d’abattre sur-le-champ ceux qui sont coupables d’une conduite aussi honteuse. Sur ce sujet, point n’est besoin d’ordres écrits ; tous les jeunes officiers doivent savoir qu’ils sont tenus de faire ce qui est nécessaire pour empêcher la moindre désertion. »
Liggett, lui, cherchait à temporiser : il fallait laisser à ses hommes le temps de récupérer.

Mais les Français étaient impatients de voir l’offensive américaine se poursuivre ; des mots blessants furent prononcés à propos de cet apparent ralentissement des opérations.
Le président du Conseil, Georges Clemenceau, ne ménagea pas ses critiques. Il écrivit à Foch : « Je serais un criminel si je permettais que l’armée française supporte indéfiniment seule le poids de la bataille, et si je ne faisais pas tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’une armée alliée, accourue à son aide, soit mise en condition de remplir la mission militaire à laquelle elle est destinée...

Nos vaillants alliés américains, qui sont impatients de passer à l’action et qui sont unanimement reconnus comme de grands soldats, ont marqué le pas aussitôt après leur bond en avant du premier jour. Personne ne peut prétendre que ces valeureuses troupes sont inutilisables : elles sont simplement inutilisées. »
Foch répondit en termes plus modérés. Il est, cependant, certain que Pershing fut l’objet de pressions considérables pour le décider à reprendre l’offensive, au mépris de l’état de ses troupes. Mais il n’était pas homme à céder facilement, et, de son côté, Liggett était décidé à ne pas engager ses troupes aussi longtemps qu’elles ne seraient pas prêtes.

Le Corps expéditionnaire américain mena très peu d’opérations pendant le reste du mois, exception faite de la sanglante attaque de Grandpré par la 78e division.

Tandis que les Américains se réorganisaient, les Allemands dressaient également leur bilan. Ludendorff, tacticien de génie, vainqueur des Russes, avait été ébranlé par l’arrivée massive des troupes d’Outre-Atlantique. Dès le 28 septembre, il avait deviné que la partie était perdue. Son dernier espoir était que le général Max von Gallwitz, commandant le groupe d’armées opposé aux Américains, puisse résister suffisamment pour éviter une défaite complète avant un éventuel armistice. Les Allemands étaient épuisés. Le lieutenant général Wellmann, qui s’était battu avec le 1" corps de réserve contre les Américains, soulignait avec tristesse que ses adversaires « avaient des nerfs encore intacts, étaient dispos, impatients de se battre et pleins de courage ».

Les Alliés se rendirent rapidement compte de la situation grâce aux lettres qu’ils interceptaient. Un commandant de compagnie allemand écrivait, le 16 octobre : « Perspectives bouchées, où que l’on regarde. Tout cela n’a-t-il vraiment servi à rien ? Une fin aussi lamentable ! Je perds tout espoir ; on ne peut que souhaiter une fin prochaine de la guerre ; il n’y a plus rien à sauver. »

Cet état d’esprit s’instaurait en Allemagne même. La femme d’un soldat écrivait le 27 octobre : « Il devient évident que l’aube de la paix approche. Et nous osons caresser l’espoir que cette guerre, la plus hideuse de toutes, cet abominable massacre, cette honte et cette dérision pour toute l’humanité, qui nous ravale plus bas que des sauvages, quel que soit le niveau de notre prétendue culture, va finir un jour et que nous pourrons de nouveau nous considérer comme des êtres humains. »
Pour le soldat allemand, il ne pouvait y avoir de répit. Dès le 10 octobre, Ludendorff ordonna à Gallwitz de « mettre en première ligne toutes les unités tant soit peu :capables d’être engagées dans la bataille ».

Le major-général baron von Quadt, qui commandait une division opposée au) Américains, expliqua à ses troupes, k 21 octobre, qu’un arrêt n’était ni possible. ni souhaitable : « Etant donné les circonstances, il en résulterait l’envoi immédiat de notre division en un autre point du front, el très vraisemblablement, à un endroit pin que celui-ci. » Au moment de l’attaque alliée, la classe 1919 avait, depuis longtemps. été mobilisée Outre-Rhin et la nourriture se faisait rare sur le front, côté allemand.


sources mensuel Connaissance de l’Histoire 1977 1982 Hachette

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