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Le G.T.V. entre dans Paris par le sud

, par

Colonel en août 44, après l’étonnant périple qui le conduit d’U.R.S.S. à Londres, le général Billotte qui raconte son expérience, commande le groupement tactique V.
Leclerc m’a chargé de l’action principale sur Paris, avec pour axe de marche, Arpajon, Sceaux, le Panthéon... puis la Préfecture de police. Quel programme ! et qui passait par le temple de la gloire.
J’avais articulé ainsi le dispositif du G.T. V. : Putz était au nord avec deux compagnies de chars (Gavarni et Witasse), deux compagnies du régiment du Tchad (Dronne et Wagner), une section du Génie (Cancel) et une batterie d’artillerie du soixante-quatrième (Touyeras). Warabiot est au sud avec une section de chars légers (Nanterre), une compagnie de chars moyens (Brant), une compagnie d’infanterie (Dupont), une section du Génie (Desjardins), une batterie d’artillerie (Besançon). En réserve sous les ordres de Cantarel, le reste de l’artillerie et du génie, une compagnie de chars (Buis), une compagnie d’infanterie (Sarrazac).
Contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, les Allemands étaient plutôt mieux organisés au sud-ouest qu’à l’est de Paris, et nous devions nous heurter à une série de défenses de résistance croissante au fur et à mesure que nous allions approcher de la capitale.

Cantarel, avec un escadron d’automitrailleuses (Lucien), une section d’infanterie (Carrage) et une section de chars (Galley) réduit toute une série d’îlots de résistance, fait deux cent quatre-vingt-dix prisonniers et s’empare du pont de Longjumeau pour ménager un débouché au nord de la rivière de Palàiseau. Warabiot, accroché à Savigny et surtout à Morangis, s’infiltre et déborde les défenses en faisant six cents prisonniers et en s’emparant de Wissous. Putz se heurte à de fortes résistances à Massy et Antony et passe en force.
En vue de la Croix de Berny le baroud recommence. La Croix de Berny est très fortement tenue. Witasse tentera de la déborder par la gauche, Dronne par la droite et par Fresnes. Je donne l’ordre à Warabiot de l’envelopper plus largement par l’est et d’envoyer des éléments jusqu’au carrefour ; en cas de succès il foncera sur Paris par Villejuif. Witasse arrive le premier à l’objectif et Putz s’y porte aussitôt. Warabiot a dû surmonter à Fresnes de très fortes oppositions.
Il est dix-neuf heures, tous sont exténués. nous sommes presque à bout d’essence et de munitions. Nous n’avons plus qu’une heure trente de jour devant nous. Désolé, je dois donner l’ordre de nous arrêter alors que la trouée est faite. Je propose à Leclerc venu à ma hauteur de donner l’ordre à Dronne, le capitaine le plus proche de nous à ce moment. de foncer sur la Préfecture de police en s’infiltrant : il a sa chance. Leclerc acquiesce d’autant plus volontiers qu’il avait eu la même intention. Il ne reste plus qu’à prendre les dispositions pour la nuit et, surtout, à repartir à toute vitesse dès le petit jour.

A toute vitesse, car un envoyé de Parodi et de Chaban, le lieutenant Petit-Leroy, qui s’était faufilé à travers les lignes allemande jusqu’à Antony, était venu me communiquer un message des délégués civil et militaires et plus précisément de Chaban-Delmas. Voici ses paroles ; elles étaient d’une importance extrême car, à mes yeux, elles commandaient toute notre manoeuvre, sur et dans Paris :
« Il vous faut faire vite et même très vite. Tout d’abord parce que nous manquons d’armes et de munitions et que nous ne pouvons être assurés de pouvoir prolonger sans pertes excessives une résistance ainsi désarmée. Mais aussi parce que nous croyons savoir que deux divisions allemandes venues du nord se portent au secours du commandant du Gross Paris : le général von Choltitz. Si elles arrivaient à Paris avant vous, vous ne pourriez libérer Paris sans de multiples victimes et destructions. D’autant plus que les Allemands auraient tout le temps de faire jouer leurs dispositifs de mines qu’ils ont mis en place. Chaban-Delmas vous fait savoir
d’autre part que Choltitz ne lui paraît pas décidé à lutter à outrance, car il serait persuadé de la vanité d’un tel combat ; mais il est menacé par les S.A. Il faut donc également aller vite pour avoir affaire à lui et non à un extrémiste hitlérien qui l’aurait remplacé. Son P.C. est à l’hôtel Meurice. »

Il ne fallait, à mon jugement, sous aucun prétexte s’attarder à libérer Paris, point d’ap-
pui par point d’appui, comme il était prévu classiquement par notre règlement de manoeuvre pour la conquête des localités urbaines. Non seulement les pertes en vies humaines et les destructions auraient été très sévères, mais surtout une telle procédure nous aurait demandé beaucoup de temps, avec toutes les aggravations de situation qui auraient pu en résulter. Il fallait au contraire et à tout prix s’emparer de Choltitz avant tout autre Allemand et lui imposer de donner à ses troupes l’ordre de cesser le feu. Les informations, d’ailleurs très incomplètes, que m’avait
données Petit-Leroy sur le dispositif allemand dans la capitale, étaient suffisantes
pour me convaincre que les forces ennemies y étaient peu mobiles, assez dispersées et inaptes à la manoeuvre. Nous pourrions donc sans trop de difficultés nous faufiler jusqu’au Meurice, sans risque excessif d’être contre-attaqués sur nos flancs ou nos arrières.
J’expose donc cette conception à Leclerc. La discussion fut serrée ; Leclerc ne pouvait
pas en un instant juger tous les mérites et toutes les capacités des chefs de la Résistance intérieure que j’avais appris à connaître peu à peu en trois ans. Bien évidemment, j’insistai avec toute la conviction et toute la force de persuasion dont j’était capable.
J’étais d’ailleurs tout prêt à réclamer l’arbitrage de de Gaulle tant l’affaire me semblait
d’importance pour Paris et pour la France, lorsque Leclerc, dont l’intuition était grande et qui me sembla alors percer mon intention, me donna pratiquement carte blanche. « Prenez la Préfecture de police et là, mieux renseigné, vous verrez quoi faire : aller au Meurice ou vous porter comme prévu, en couverture, de Neuilly-sur-Marne à Charenton. » Dès lors, je savais que j’irais au Meurice.

A peine avions-nous libéré une petite ville ou même un village, un quartier, une maison, qu’hommes, femmes et enfants, au mépris de toute prudence, se jetaient littéralement dans nos bras. Souvent ils croyaient avoir affaire à des Américains, et quand ils reconnaissaient les gars de « l’Armée Leclerc », leur joie était encore plus grande. Je dus prendre des dispositions spéciales pour tenter d’échapper, parfois sans succès, à leurs étreintes, qui n’étaient pas toujours dangereuses pour eux, mais qui toujours auraient risqué de ralentir notre avance. Ces légers retards étaient d’ailleurs largement compensés par l’impulsion supplémentaire, que donnaient à nos garçons de telles démonstrations de gratitude et d’affection. Les champions ne battent ordinairement leurs records que soutenus par les applaudissements du public ; il n’est pas donné souvent au combattant de briller sous les yeux même de ses compatriotes ; quand cette chance exceptionnelle lui est offerte, le soldat français pourrait être plus sensible que d’autres à cette ambiance aussi exaltante qu’insolite. Ce péché mignon, en tout cas, l’a fait ce jour-là se surpasser.

De vingt heures à minuit, je prends mes dispositions pour le débouché du lendemain en direction de la porte d’Orléans, dès six heures du matin ; les unités refont leurs pleins de carburant et de munitions et se réorganisent, car les pertes, sans avoir été trop sévères, ont tout de même été sensibles. La bataille de la couronne de Paris m’a coûté vingt tués, quatre-vingt-un blessés et trois disparus. Leclerc a mis un peloton d’automitrailleuses et deux sections d’infanterie de la compagnie Sammarcelli du groupement Dio à ma disposition pour me renforcer.

A minuit, je me couche chez un habitant très accueillant, car je sens que la journée du 25 août sera chaude et qu’il me faudra prendre des initiatives en présence de situations toutes nouvelles pour nous et totalement imprévisibles. Je m’endors et suis immédiatement réveillé par un bombardement d’artillerie fort vigoureux ; j’ai du mal à en déceler l’origine, davantage encore à en percevoir les objectifs. J’ai l’impression que les pièces allemandes pourraient être déployées autour de Verrières et que c’est Langlade qui les intéresse. Egoïstement, j’espère qu’il en est ainsi et que le G.T.V. sera épargné, car nous sommes chargés de la mission principale et que je connais seul avec Leclerc le message de Chaban. Je me rendors. A une heure du matin, le commandant Weil de l’état-major de Leclerc vient m’apporter de nouveaux ordres ! « Portez-vous sur l’Ile de la Cité, à l’aube, comme convenu, mais dégagez les itinéraires qui débouchent de la Croix de Berny car Dio va s’y porter à votre hauteur ; passez par Villejuif et la porte de Gentilly. » Je peste bien entendu, car ma nuit de sommeil à peine entamée depuis quelques minutes, est terminée. Il me faut donner de nouveaux ordres et surtout m’assurer qu’ils seront exécutés à temps. J’ajoute : « J’espère qu’il n’y a rien de changé en ce qui concerne les dispositions que j’ai prises avec le général Leclerc vers dix-huit heures concernant la manoeuvre dans Paris ? » — « Je ne connais pas ces dispositions », me répond Weill. Cette absence d’information chez cet officier d’état-major de valeur n’est pas pour me rassurer. Il me semble que Leclerc n’a pas été entièrement convaincu par mes arguments et qu’il se réserve d’intervenir à nouveau, une fois prise la Préfecture de police. Enfin, on verra bien.
A sept heures Warabiot s’ébranle avec quelque retard dû aux changements tardifs des dispositions. Je le presse de mon mieux.

Dans le brouillard épais du matin, l’allure est d’abord prudente et puis, aucune présence ennemie ne se révélant, s’accélère notablement. La population en liesse est sortie et encombre les trottoirs ; elle hurle sa joie ; elle nous jette des fleurs ; un vigoureux gaillard manque de m’assommer en me lançant une magnifique pomme qui m’atteint à la figure. Le chauffeur de mon command-car plus rapide que tout autre véhicule de la colonne prend alors le mors aux dents et double à toute vitesse les quelques véhicules qui nous précédaient. La jeep de Maurice Schumann vient se placer derrière moi et c’est avec une bonne avance sur tout le monde que nous atteignons tous les deux la place Notre-Dame.
En attendant qu’arrivent les chars de Warabiot, Schumann et moi ne résistons pas à l’envie de nous porter sur le pont Notre-Dame et là, appuyés à la balustrade, d’y contempler pendant quelques minutes le prodigieux spectacle du réveil de l’Ile de la Cité éclairée par le soleil levant. Quelle beauté !

Nous sommes rappelés aux réalités par un tir de mitrailleuses, issu de la rive gauche, d’un mirador de la rue St-Jacques et qui balaie notre pont. Nous nous replions en bon ordre avec d’autant plus de dignité qu’il nous faut aller dans la direction de la mitrailleuse pour gagner la Préfecture de police.
Il est huit heures du matin, les premiers chars de Warabiot arrivent. Je monte chez Luizet, le nouveau Préfet de police. J’installe mon P.C. dans la salle de billard. Je m’y entretiens immédiatement avec Parodi et Chaban, plutôt satisfaits de me voir, à la tête d’importants moyens de combat modernes. Ils me confirment ce que m’a dit Petit-Leroy.

Nous convenons alors qu’en attendant la concentration de mes chars, je vais lancer un ultimatum à Choltitz par l’intermédiaire de Nordling, le consul de Suède. J’inviterai le commandant du Gross Paris à cesser tout combat devenu inutile étant donné le déséquilibre des forces en présence. Sinon tant pis pour lui et ses troupes. Si Choltitz se rend à ma pressante invitation et en tout cas dès qu’il sera entre nos mains, nous lui demanderons de signer la capitulation des troupes sous son commandement dans l’ensemble du secteur du Gross Paris et nous organiserons avec lui la reddition la plus rapide possible des multiples îlots de résistance. Ainsi, quand les divisions allemandes de renfort aborderont la grande banlieue, la He division blindée sera prête à les recevoir avec tous les honneurs, au nord et au nord-est de la capitale.
Je dicte alors rapidement les termes de l’ultimatum à La Horie, assisté de Félix Gaillard, lequel devait en conserver le manuscrit sous verre sur son bureau jusqu’à sa mort. L’un et l’autre, pour impressionner Choltitz, me nomment général avec deux jours d’avance sur de Gaulle et négligent d’ailleurs de m’en prévenir quand ils m’apportent le texte à signer. Je n’apprendrai que beaucoup plus tard cet abus de pouvoir manifeste de ces deux généreux amis, qui de toute évidence ne doutaient de rien. J’envoie alors La Horie avec quelques blindés chez Nordling, rue d’Anjou ; il y rencontre vers dix heures trente, un officier de Choltitz qui ne se trouve pas là par hasard ! Cet officier ne reviendra qu’à midi. Choltitz rejette mon ultimatum.
Quand La Horie vers treize heures me rapporte le refus et me commente avec la perspicacité qui est la sienne les explications de l’officier allemand de l’Etat-Major de Choltitz, j’ai l’impression que le commandant du Gross Paris ne se battra pas jusqu’à la mort.

Dès onze heure du matin en prévision, j’avais donné à Warabiot et à Putz les instructions nécessaires à la capture du Meurice :
« Branet se portera sur le Meurice par la rue de Rivoli et se couvrira avec ses chars jusqu’à la Concorde ».
« Bricart progressera par les quais de la rive droite le long du Louvre et des Tuileries pour couvrir Branet au sud et attaquera les Tigre ou les Panther dont La Horie a rapporté qu’ils occupaient les Tuileries ».
« Sammarcelli progressera par la rue Saint-Honoré en se couvrant vers l’Opéra puis la rue Royale ».
« Sur la rive gauche, le commandant Putz progressera de la place St-Michel vers les jardins du Luxembourg, puis se rabattra vers la Concorde, en prenant liaison avec le groupement Dio . »
Pour permettre aux Allemands de s’abandonner dans l’honneur sous la pression directe de nos armes, nous ne tirerons pas les premiers, en dignes héritiers des combattants de Fontenoy. Les Allemands ne comprirent pas cette dernière invitation à la sagesse et ne manquèrent pas d’imiter les adversaires du maréchal de Saxe.
A quatorze heures, les unités sont prêtes. Je donne l’ordre à Warabiot et à Putz de se lancer en avant. Leclerc qui était arrivé à la gare Montparnasse en fin de matinée avait été bien entendu averti par mes soins des dispositions que j’avais prises à la suite de mes entretiens avec Chaban et Parodi. Je lui avais également conseillé de venir rapidement à la Préfecture de police, où il trouverait plus de renseignements et de moyens de communication qu’à la gare Montparnasse.

En attendant son arrivée, je donne les indications nécessaires à la rédaction d’un projet de capitulation : Félix Gaillard et le capitaine Puig, chef du Troisième Bureau, s’y consacrent. Ensuite avec Luizet, dont les communications téléphoniques avec d’autres préfectures et avec nombre de commissariats de banlieue fonctionnent, j’organise avec les moyens du bord un système d’alerte, qui devra nous signaler l’avance éventuelle des renforts allemands à partir, si possible, de la transversale Beauvais - Creil - Senlis Meaux.
Leclerc arrive vers quinze heures à la Préfecture de police ; non seulement il approuve pleinement toutes les dispositions prises, mais il me demande de presser encore davantage le rythme des opérations. Puisqu’il est maintenant au meilleur poste de commandement possible, je peux me rendre sur le terrain de l’action, rue de Rivoli.
J’y rattrape à partir du Palais-Royal les fantassins du régiment du Tchad de Branet et de Sammarcelli qui sont aux prises avec le défenseurs des Tuileries et les tireurs des immeubles de la rue de Rivoli. Je descends de mont scout-car et progresse vers eux. Nos garçons nettoient les maisons de leurs occupants allemands et déjà de très nombreux prisonniers sont entre leurs mains. J’arrive au Meurice pour voir La Horie inviter von Choltitz à monter dans sa jeep. Je pense préférable d’abriter ce dernier dans mon scout-car où il échappera aux vues de la foule. Je tiens surtout à lui parler avec beaucoup de fermeté pour le conduire à accepter les conditions de capitulation et de reddition que j’ai préparées et proposées à Leclerc.

Choltitz me paraît soulagé de se trouver sous ma protection. Kracher qui Fa fait prisonnier et La Horie qui l’a pris le premier en charge quelques instants plus tard, ont été avec lui des plus courtois ; mais sans doute leurs grades ne lui paraissaient pas suffisants pour lui garantir la sécurité à laquelle il aspirait.
C’était un gros homme d’une cinquantaine d’années, d’allure aussi peu sportive et guerrière que possible ; il souffrait visiblement de la chaleur. Comment diable avait-il pu se battre si vigoureusement en Normandie ? A peine était-il installé à l’une des deux places assises de mon scout-car, face à la table bureau, qu’il me demandait en grâce de prendre avec nous son chef d’état-major. J’acquiesçai tout en lui faisant remarquer, que son colonel devrait s’allonger sous la table, seule place disponible et d’un médiocre confort. Tous deux acceptèrent avec reconnaissance.
C’est dans ce cocasse équipage que nous repartîmes vers la Préfecture de police, les pieds de Choltitz et les miens délicatement posés sur le ventre du malheureux chef d’état-major.
« J’ai bien compris », dis-je alors à Choltitz, « les raisons qui vous ont poussé à refuser mon ultimatum. Je suppose que vous étiez menacé par les S.A. ; j’imagine également, d’après ce qui m’a été dit, que votre famille qui est à Baden-Baden en position d’otage aurait pu être traitée sauvagement par Hitler si vous n’aviez pas livré combat. Ceci dit,j’avais cru comprendre qu’il ne s’agissait que d’un « baroud d’honneur ». Or, il n’en a pas été ainsi, et sans connaître encore le nombre, je sais que je viens de perdre déjà trop de mes soldats. Nous voici donc placés devant la situation envisagée par la dernière partie de mon ultimatum, à savoir la poursuite de la lutte jusqu’à l’extermination totale de vos forces. Alors que me proposez-vous pour m’empêcher de recourir à cette extrémité ? »

Le pauvre homme devint plus rouge et plus transpirant encore. « Monsieur le général (Allons bon ! lui aussi), ce que vous me dites n’est pas juste. J’ai tant fait pour Paris. Si vous saviez les ordres que j’ai reçus du Führer ! — « Eh bien, si vous pensez avoir déjà tant fait pour Paris, il va vous falloir continuer dans ce sens et compléter votre oeuvre en acceptant les conditions de capitulation qui vont vous être imposées et en « collaborant », c’est bien votre tour, avec nos officiers, pour faire comprendre à vos îlots de résistance de cesser immédiatement le combat. C’est à ce prix maintenant que nous pouvons éviter les destructions et d’autres pertes de vies humaines dont, autrement vous seriez coupable. » Puis, sentant la partie gagnée, j’ajoutai : « Avez-vous des nouvelles des deux divisions qui vous seraient envoyées du nord ? » Comme de juste pas de réponse.
Choltitz a de la tradition. « Quand elles entreront dans votre périmètre de commandement, il vous faudra les inviter à cesser le combat comme les autres troupes déjà sous vos ordres. »
Choltitz me regarde avec de bons gros yeux suppliants. Manifestement, c’en était trop. Heureusement pour lui nous arrivions à la Préfecture de police.
Nous montons à la salle de billard où Leclerc nous attend impatiemment. La cérémonie de capitulation commence : Choltitz s’y comporte avec dignité. Leclerc avec grandeur. Toutes nos conditions sont acceptées. La capitulation est signée .


article du gen.Billote Connaissance de l’histoire ed Hachette 1980

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