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Iwo Jima : Les Japonais sur leurs frontières.

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L’étape suivante de la reconquête du Pacifique fut un assaut lancé dans deux direc:ions. Le général Douglas MacArthur, procédant par bonds le long de la côte nord de :a Nouvelle-Guinée, s’avança dans le sud-ouest du Pacifique, prit les Salomon, isolant ainsi Rabaul en Nouvelle-Bretagne. Les forces du Pacifique central de l’amiral Chester Nimitz s’emparèrent des Gilbert. des Marshall et des Mariannes, puis isolèrent les îles Carolines. La poussée américaine fut si foudroyante que, le 20 octobre 1944, la reconquête des Philippines commençait. Face à cette contre-attaque les Japonais ne purent opposer qu’une résistance sporadique après leur défaite navale dans le golfe de Leyte.

Les Marines jouèrent un rôle décisif dans la poussée opérée à travers le Pacifique, en particulier dans le Pacifique central. Lors de leur première attaque contre les Gilbert, en novembre 1943, les Marines subirent de lourdes pertes au cours de l’assaut confus et sanglant contre Tarawa.
Ils surent toutefois mettre à profit la leçon de Tarawa au cours de nouvelles opérations plus importantes dans les Mariannes et les Marshall. Au début de 1945, les Japonais se trouvaient pratiquement à leurs frontières nationales ; les Marines, eux, se préparaient à leur combat le plus rude : l’assaut contre Iwo Jima.

Les Japonais avaient conscience de l’importance d’Iwo Jima. Vers la fin de 1944, ils firent venir des renforts en toute hâte. Une garnison de 23 000 hommes, commandée par le général Tadamichi Kuribayashi, fut envoyée sur l’île avec ordre de tenir aussi longtemps que possible ; en fait, la suprématie aérienne et maritime des Américains nécessitait des effectifs plus importants. Kuribayashi était un soldat courageux et convaincu, un homme « dont le ventre proéminent était bourré d’esprit combatif », selon Radio Tokyo.

Les Japonais réunirent 120 gros canons de plus de 75 mm, 300 pièces antiaériennes de plus de 25 mm, 20 000 petites pièces, y compris des mitrailleuses, 130 obusiers de 80 et 120, 20 mortiers de 200, 70 lance-roquettes de 200, 40 canons antichars de 47 mm et 20 de 37 mm, enfin 27 chars. En octobre 1944, ils entreprirent la construction d’abris bétonnés ; cinq mois plus tard, ils en avaient installé 360. Un magnifique dédale de grottes fortifiées, reliées entre elles par des passages souterrains et pratiquement invulnérables aux bombardements navals, fut aménagé. Le tout sur une île de quelque 15 kilomètres carrés.

L’amiral Nimitz confia la direction générale de l’opération d’Iwo Jima à la flotte de l’amiral Raymond Spruance qui, avec ses porte-avions rapides et ses cuirassés appuyés par des formations mobiles, représentait la plus puissante force navale du monde. Son rôle consistait, surtout, à assurer une couverture en cas d’attaques aériennes ou navales et à participer au bombardement de l’île. Le contre-amiral Richmond Kelly Turner, probablement l’homme le plus expérimenté en matière d’opérations amphibies, reçut le commandement des manoeuvres de débarquement. Les troupes d’assaut, 84 000 hommes en tout, étaient issues des 4’ et 5’ divisions de Marines du 5’ corps amphibie de Marines du major-général Harry Schmidt, la 3’ division de Marines étant placée en réserve embarquée.

La 3’ division du major-général Groves B. Erskine avait combattu à Guam et à Bougainville, et la 4’ division, commandée par le major-général Clifton B. Cates, avait vu le feu à Roi-Namur, Saipan et Tinian. La 5’ division du général E. Rockey n’avait pas l’expérience du combat, mais ses hommes étaient bien entraînés et encadrés par de nombreux vétérans. Le général « Howlin » « Mad » Smith, l’énergique chef de la 1" division de Marines à Guadalcanal, devenu commandant de la Force navale du Pacifique, se situait hiérarchiquement entre Spruance et Schmidt. Avec une équipe de commandement aussi expérimentée et des soldats aussi valeureux, l’issue de l’opération laissait peu de place au doute.

Dès la fin de 1944, les opérations commencèrent à s’intensifier dans le Pacifique. Au cours des semaines qui précédèrent l’invasion, prévue pour le 19 février 1945, les sorties de bombardiers s’effectuèrent à une cadence accélérée ; ceux de l’armée de Terre sortaient le jour, ceux de la Marine, la nuit. Trois jours avant le débarquement, la force de soutien amphibie du contre-amiral William Blandy, forte de 5 cuirassés, entreprit un bombardement intense de l’île. En même temps, Spruance dirigeait sur Honshu les attaques aériennes à partir des porte-avions rapides : il s’agissait de neutraliser d’éventuelles sorties de chasseurs japonais contre la flotte d’invasion d’Iwo Jima.

Le bombardement d’Iwo Jima se révéla totalement inadapté, comme l’avait prévu Schmidt qui avait réclamé avec insistance dix jours de raids préparatoires. Les Américains reçurent un choc le 17 février, lorsque 11 des 12 navires canonniers qui appuyaient les équipes chargées de démolir les installations côtières furent coulés par le feu ennemi. Surpris par l’étendue des défenses de l’île, plus puissantes que prévu, Blandy accepta, sur les conseils de Schmidt, de concentrer le bombardement sur les plages. Comme Tarawa, Iwo Jima était si petite qu’elle n’était en fait qu’une plage, et les Marines en débarquant seraient totalement exposés au feu ennemi, si celui-ci n’était pas neutralisé avant l’assaut.

L’incident des canonnières fut, cependant. instructif : les Américains durent réviser leur estimation des défenses ennemies ; d’autre part. l’incident révéla plusieurs emplacements de tir japonais. Il semble improbable que les ordres d’ouvrir le feu soient venus du haut commandement japonais, car. selon la première des « Instructions essentielles de bataille » de Kuribayashi : « Tant que se poursuit le bombardement ennemi, nous devons chercher refuge dans les abris-cavernes et limiter nos pertes au maximum. » Kuribayashi ordonna. aussitôt. un redéploiement des canons qui avaient ouvert le feu.

Iwo Jima a un peu la forme d’une côtelette avec un large plateau rocheux au nord et le volcan éteint du mont Suribachi à la pointe sud. Le seul endroit où pouvait avoir lieu le débarquement était les plages de cendre noire le long de la côte sud-est, à proximité de l’aérodrome n° 1. Mais en débarquant à cet endroit, on s’exposait au feu des batteries disposées sur les hauteurs, au nord et au sud de l’île.

Le 19 février, à 6 h 40, juste avant le lever du soleil, les bâtiments de Blandy, maintenant renforcés de 2 cuirassés et 13 croiseurs de la flotte de Spruance, déclenchèrent un formidable bombardement sur Iwo Jima. Pas moins de 450 navires encerclèrent l’île.
Battues par le feu des obus, les plages parurent se disloquer. Peu après, des navires canonniers tirant des roquettes attaquèrent le haut plateau de Moto-yama, tandis que d’autres pilonnaient au mortier le mont Suribachi. Profitant d’une brève accalmie, les navires ayant à manoeuvrer, chasseurs embarqués et bombardiers lourds venus des Mariannes déversaient sur les plages un déluge de roquettes, de bombes et de napalm.

Au bout de dix minutes, le bombardement naval recommença ; y prirent part 10 contre-torpilleurs et plus de 50 navires canonniers qui s’avancèrent le plus près possible du rivage tout en masquant l’armada d’invasion qui approchait. La coordination de l’opération fut parfaite.
Comme le bombardement naval atteignait son paroxysme, les engins de débarquement abaissèrent leurs rampes et la première vague d’assaut s’élança, à quelque 5 000 mètres du rivage. Chaque vague était composée de 69 tracteurs amphibies capables de transporter 20 hommes, de les amener sur la plage, et, le cas échéant, de franchir les récifs de corail. La première vague - la 4’ division de Marines à droite, la 5’ à gauche - s’avança pratiquement sans être inquiétée. A 9 h 02, après 30 minutes de traversée, les tracteurs amphibies atteignaient la plage, déversant les troupes et les véhicules blindés chargés de mortiers et de roquettes.

Ils furent très vite arrêtés par deux obstacles naturels imprévus : le rivage était fait de cendre volcanique noire où les hommes enfonçaient jusqu’aux chevilles ; au-delà. s’élevait une terrasse abrupte, de 4,5 mètres de haut par endroits, et que seuls quelques tracteurs amphibies entreprirent d’escalader. Les autres restèrent sur la plage, encombrant ainsi le chemin des vagues d’assaut suivantes.

Un des Marines raconta comment il tenta d’escalader le mur de la terrasse : « Je ne parvenais pas à marcher, tant la cendre était épaisse, je me débattais, puis rampais. essayant de ne pas salir mon fusil, mais en vain. » Les vagues d’assaut se succédaient toutes les cinq minutes et, bientôt. 10 000 hommes et 400 véhicules furent sur la plage. Malgré l’inévitable confusion qui s’ensuivit, les premières patrouilles s’enfoncèrent de quelque 130 mètres à l’intérieur des terres, puis de 350 mètres. C’est alors que l’ennemi se démasqua.

Les Marines furent soumis aux tirs croisés de mitrailleuses et d’armes légères que les soldats japonais ajustaient à l’abri de leurs trous ou de leurs bunkers. Des batteries d’artillerie lourde et des mortiers. sortis des grottes fortifiées et des abris souterrains et transportés sur le mont Suribachi et le plateau de Moto-yama, furent pointés avec précision sur les plages et entrèrent en action, écrasant hommes et machines.


sources Connaissance de l’histoire n°49 ed Hachette 1982
article "Iwo jima 1945 " de¨Paul M Kennedy

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