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Guet-apens au "puit du tribut"

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Le soleil se leva sur le désert, frappant de ses premiers rayons les sentinelles immobiles. A l’horizon, les monts du Hoggar se coloraient de rose. La nuit avait été courte, trop courte pour reposer la mission de la fatigue des jours précédents. Un instant après, le branle-bas général jeta l’animation dans le camp.

Les officiers passèrent de section en section et pressèrent les préparatifs. En quelques instants, la troupe fut prête au départ.

Son chef, le colonel Flatters, avait à peine dormi. Depuis cinq jours, le convoi n’avait pas rencontré de puits et les provisions d’eau baissaient. On était obligé de se fier aux guides, sinon un sort affreux menacerait la caravane. Les hommes chuchotaient que les Touaregs n’admettraient pas de voir traverser impunément leur pays

Sortie d’Ouargla le 4 décembre 1880, la lourde colonne avait, deux mois plus tard, perdu tout contact avec le Nord. Elle avait longé l’oued Mya jusqu’à Hassi-Inifel et atteint Amguid. D’Inzimane-Thikhsine était parti son dernier courrier sur Ouargla.
Après un échec essuyé l’année précédente, la mission avait pour but de reconnaître une seconde fois le terrain en vue d’une liaison par voie ferrée entre l’Afrique du Nord et l’Afrique tropicale.
Forte de 90 hommes, c’était la plus grosse caravane militaire qui se fût jamais engagée à travers le Sahara : avec ses 90 méhara, ses 149 chameaux porteurs, quatre mois de vivres, des munitions, et des cadeaux destinés aux gens du Soudan, elle pensait pouvoir affronter sans danger le ciel brûlant et les longues étapes.

Le colonel Flatters avait sous ses ordres deux officiers, le capitaine d’état-major Masson et le lieutenant de Dianous. Ils étaient accompagnés par le médecin Guiard, et les ingénieurs Béringer, Roche et San-tin, que la Commission supérieure du chemin de fer avait chargés de l’étude du sol et des relevés topographiques.

Quatre autres Français, les sergents Dennery et Pobéguin, le cuisinier Marjolet et Brame, l’ordonnance de Flatters, encadraient 47 tirailleurs algériens et 31 chameliers de la tribu des Chaamba, ennemie des Touaregs depuis des siècles. Un personnage religieux, le mokkadem, suivait l’expédition.
La colonne, ce 14 février, était à deux journées de marche de l’énorme masse de granit du Hoggar, et un des guides avait déclaré qu’on y trouverait l’eau.
On campa le surlendemain près du mont Atakor. Il fallait joindre le puits signalé à l’intérieur de la montagne, Hassi-Tadjenout », comme le nommaient les uns, Bir-el-Gharama disaient les autres, c’est-à-dire le « puits du tribut ". Nul ne se doutait combien serait lourd le tribut à payer au désert...
Flatters fit connaître ses ordres : la colonne se diviserait en trois groupes. Le lieutenant de Dianous, l’ingénieur Santin et Pobéguin garderaient les tentes avec 40 hommes. Les chameliers, commandés par Dennery, emmèneraient les bêtes à la corvée d’eau. Le capitaine Masson, les deux autres ingénieurs et le docteur Guiard iraient à l’avant avec leur colonel.
Deux heures plus tard, les 250 chameaux du sergent Dennery s’enfoncèrent dans une faille au pied de la falaise.
L’avant-garde parvint enfin à une plate-forme parsemée de maigres arbustes. La terrasse surplombait une série de cirques, et la colonne commença sa descente, en se frayant un passage à même le ravin.
Au bout d’une heure de marche épuisante, Dennery aperçut au loin, dans un oued verdoyant, le colonel Flatters et le capitaine Masson qui aidaient les hommes au curage du puits encombré de détritus, tandis que les ingénieurs et Guiard reposaient à l’ombre des arbres.
Tout à coup, Dennery vit les guides, restés à l’écart, sauter sur leurs juments et s’éloigner à bride abattue, à l’insu des officiers. Était-ce la trahison ? Inquiet, le sergent arma son fusil. Une rumeur confuse monta des flancs de la vallée. On eût dit qu’une armée silencieuse s’approchait.
Brusquement, une horde de Touaregs voilés dévala la pente, la lance en avant, sous les yeux horrifiés de Dennery : 300 Touaregs chargèrent. Les deux ingénieurs, le médecin furent égorgés avant d’avoir eu le temps de sortir leurs revolvers. Les puisatiers s’enfuirent : Flatters et Masson restèrent seuls, face à une ruée hurlante de démons. Chaque coup de leurs pistolets porta, mais, quand les barillets furent vides, ils tombèrent, percés de coups.
Dennery, que les Touaregs, occupés à dépouiller les cadavres et à se saisir des méhara, n’avaient pas encore remarqué, cravacha sa bête pour la faire descendre. Puis, agenouillé derrière le rempart de son corps, il abattit les Touaregs les uns après les autres, de son mousqueton Gras.
Dès qu’il fut repéré, un peloton de guerriers monta à l’assaut : le 74 éclaircit les rangs, et le sergent allait tirer sa dernière cartouche lorsqu’une javeline lui traversa la gorge. Pendant ce temps, les convoyeurs restés sur le plateau essayaient en vain de retenir leurs bêtes affolées par l’eau qu’elles sentaient toute proche. Elles s précipitèrent dans le ravin et les Touareg s’en emparèrent.


sources"Le journal de la France" hebdomadaire ed Tallandier 1970

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