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Contexte historique

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En juillet 1940, la Grande-Bretagne et l’Alle­magne se retrouvent face à face. L’armis­tice signé par le gouvernement français ne prive pas seulement l’Angleterre d’un allié qui s’était engagé, 3 mois auparavant, à ne con­clure aucun accord séparé avec le Reich, il donne à la Kriegsmarine, au moment où elle commence à mettre au point sa tactique d’étranglement du commerce, une façade mari­time allant du cap Nord à la frontière espagnole, menaçant le Royaume-Uni par le nord, l’est et le sud ; il permet également à la Luftwaffe, qui dispose désormais des aérodromes hollandais, belges et français, d’atteindre le cceur des îles Britanniques. N’ayant aucune armée de terre à opposer à la Wehrmacht, la Grande-Bretagne ne peut compter pour sa survie que sur la puissance encore inentamée de la Royal Air Force, et surtout sur la maîtrise des mers que lui confère - mais pour combien de temps ? - l’écrasante supériorité de la Royal Navy.

C’est dans ce contexte tragique que se pose le problème de la marine française. En vertu des clauses de l’armistice du 22 juin, la France peut conserver ses bâtiments de guerre sous le contrôle de l’Allemagne ou de l’Italie, l’accord stipulant seulement qu’ils ne participent plus aux combats, ni aux côtés de l’Angleterre ni contre celle-ci. II est probable que Hitler et Mussolini, qui comptent sur la puissance de la marine italienne, ont l’intention de respecter cet accord. Mais la Grande-Bretagne, que )a défec­tion de la marine française place déjà dans une position difficile, ne peut jouer son existence sur une présomption de cet ordre. Le 3 juillet, l’Amirauté déclenche l’opération Catapult. Les navires français qui ont trouvé refuge dans des ports britanniques sont saisis par surprise par des matelots anglais. Ceux qui ont rejoint Alexandrie sont sommés de se rendre et se laissent désarmer sans résistance. Mais à Mers el-Kébir, toutes les négociations échouent. La Royal Navy ouvre le feu sur la flotte française, coulant 3 bâtiments, tuant ou - blessant 1 650 marins. Ce drame absurde, habilement exploité par les propagandes allemande et vichyste, détourne de la résistance la quasi­totalité des marins français, qui demandent presque tous à être rapatriés, et dresse l’opinion publique française contre la Grande­Bretagne - au moment où de Gaulle, dans des appels répétés presque tous les jours depuis le 18 juin, demande à tous les Français désireux de poursuivre la lutte de le rejoindre à Londres. Créées le 1e juillet, les Forces Françaises Libres (FFL) les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) et les Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) ne comptent que 7 000 hommes au début du mois d’août, lorsque le gouvernement britan­nique, ayant rompu toutes relations avec Vichy, reconnaît la France Libre. A la même époque, près de 25 000 Polonais, une brigade néerlandaise, 100 Norvégiens, 800 Danois, 200 à 300 Belges, quelques centaines de Tchécoslo­vaques et plusieurs milliers d’Américains sont intégrés aux forces armées britanniques. Mais si les Français de la métropole répugnent à s’engager aux côtés de l’Angleterre, les territoi­res de l’Empire apportent à la France Libre des ressources, des bases, un début de légitimité et un embryon d’armée : entre juillet et novembre 1940, les Nouvelles-Hébrides, la Côte-d’Ivoire, le Tchad, le Cameroun, Tahiti, la Nouvelle-Calédonie française et le Gabon se rallient à de Gaulle, qui crée en octobre le Conseil de défense de l’Empire.

Malgré le ralliement des colonies françaises et la participation à la guerre des pays du Commonwealth (à l’exception de l’Irlande), l’issue du conflit, la France une fois défaite, dépend uniquement de la Grande-Bretagne et de sa capacité à résister à la pression alle­mande. Celle-ci peut s’exercer de plusieurs manières. Un blocus maritime - en admettant que la Royal Navy puisse être défaite - nécessiterait une guerre d’usure de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Pour que le problème soit réglé dans des délais plus brefs, il faut qu’une force d’invasion allemande fran­chisse la Manche et débarque dans le sud de l’Angleterre. Dès le 2 juin, en pleine campagne de France, Hitler a demandé à l’O.K.W. d’exa­miner dans quelles conditions une opération contre la Grande-Bretagne serait possible. L’O.K.W. a proposé un plan en 3 parties, baptisé Opération Seelôwe (Otarie) : neutralisa­tion de la R.A.F. par la Luftwaffe, contrôle de la Manche par la Kriegsmarine (verrouillage de l’ouest de la Manche par des champs de mines, création de chenaux déminés, fixation de la Royal Navy en mer du Nord et en Méditerranée), puis débarquement d’un coFps expéditionnaire à l’ouest de l’île de Wight. Mais Hitler, qui rêve d’un monde dominé par une coalition anglo­allemande, hésite encore à franchir le pas. Ce n’est que le 16 juillet, après que Churchill a catégoriquement - et semble-t-il définitive­ment - repoussé ses offres de paix qu’il demande à l’État-Major de la Wehrmacht de préparer l’Opération Otarie pour la mi-août. Le délai est trop court. Raeder, conscient des faiblesses de la marine allemande, obtient que l’opération soit retardée d’un mois. Hitler et l’O.K.W. s’inclinent mais fixent une date limite - le 17 septembre - au-delà de laquelle, en raison du mauvais temps, rien ne pourra plus être entrepris. Le 2 août, dans sa directive n° 17, Hitler ordonne le déclenchement des opérations navales et aériennes contre la Grande-Bretagne et la constitution d’une flotte d’invasion dans les ports de la Manche et de la mer du Nord.

En réalité, la première guerre aérienne de l’Histoire - la Bataille d’Angleterre - a commencé le 10 juillet, lorsque la Luftwaffe a lancé pour la première fois d’importantes formations de chasseurs et de bombardiers au­dessus de la Grande-Bretagne. L’État-Major de la Luftwaffe s’est fixé un triple objectif acquérir la maîtrise du ciel dans le sud-est de l’Angleterre (chasseurs), détruire l’infrastructure économique du pays (bombardiers), interdire la Manche aux navires marchands britanniques (chasseurs-bombardiers Ju-88 Stukas). Lorsque Hitler demande à Goering de passer à la seconde phase de l’offensive, aucun de ces objectifs n’a été atteint. La chasse britannique n’a pas été éliminée, il s’en faut de beaucoup, et chaque chasseur anglais abattu a coûté 2 ap­pareils à la Luftwaffe. Les bombardements des ports, des dépôts de carburant, des centres de communications ont été relativement peu effi­caces. Le blocus de la Manche est effectif depuis le 25 juillet, mais si les navires mar­chands du Royaume-Uni doivent désormais contourner l’Ecosse pour atteindre la côte est, la Royal Navy dispose toujours d’une impor­tante flotte de torpilleurs, et ce résultat a été obtenu au prix de très lourdes pertes en chasseurs-bombardiers. Un certain équilibre des forces semble s’être établi, mais sans qu’il soit possible d’en tirer une conclusion précise, aucun des deux camps n’ayant encore utilisé la totalité de ses ressources.


Peter Young - La deuxieme guerre mondiale - France Loisirs (1980)

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