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« VIVE L’ARTICLE 71 »

, par

Curieusement, c’est au Sénat republicain que Ferry se heurta à une résistance infranchissable, dont le principal representant fut Jules Simon, l’ancien président conseil du 16 mai, illustre sénateur inamovible. en même temps que notoire philosophe piritualiste. Jules Simon, qui était de la gauche républicaine et en qui l’on saluait l’un des pères les plus respectés du régime. éleva. a titre de rapporteur du projet litigieux. une protestation motivée par la tradition de liberté, âme même de la République.

-  Vous n’avez pas, dit-il, le droit d’imposer une doctrine quelconque. Vous n’avez qu’un droit : aimer la liberté, la propager_
Il reprocha aux républicains ferry stes de vouloir faire une prison de la République. L’article 7 était : inutile, dangereux et souverainement impolitique. Dangereux, car la République ne pouvait sans péril se donner l’apparence de restreindre la liberté ; et c’était la restreindre singulièrement que de créer une catégorie d’exclus, que la loi frappait comme suspects » et non comme coupables.

Ce débat entre Jules Simon et Ferry jeta la Chambre haute dans un état d’agitation difficile à peindre. Et Jules Simon put dire à son adversaire :

-  Jugez de ce que vous faites en France par l’état où vous mettez le Sénat.

En France, les passions faisaient rage. Ferry payait de sa personne. Au cours d’une tournée ministérielle de Bordeaux à Lyon. par Toulouse, Montpellier, Marseille, en septembre 1879, il s’enchantait de constater sur le vif la fin - c’était son mot - des popu-
lations méridionales et même de Lyon dans l’article 7. C’est, écrit-il à Mme Ferry un vocable, un saint républicain, que l’article 7. Vive l’article 71 ce cri est vraiment, je le crois, le cri de la France.

C’est au cours de cette lutte épique que l’un des principaux lieutenants de Ferry. Paul Bert, fit le fameux toast d’Auxerre qui est souvent cité comme un truculent échantillon d’un certain tour d’esprit batailleur et anticlérical de l’époque. Paul Bert, savant physiologiste, était un solide Bourguignon à figure épanouie, à la parole. facile, à l’esprit sans nuances, et qu’on eût pris, d’après J. Dietz, pour quelque M. Homais (le pharmacien de Madame Bovary) monté en grade de l’officine pharmaceutique au laboratoire de la Sorbonne.

Noble caractère, ardent patriote. il était doué de toutes les illusions du scientisme le plus naïf Voici le morceau de choix du toast qu’il porta au ministre des Cultes. en qualité de député de l’Yonne :
-  Je bois à la destruction du phylloxéra, le phylloxéra qui se cache sous la vigne, et l’autre, le phylloxéra qui se cache sous la feuille de vigne. Pour le premier, nous avons le sulfure de carbone ; pour le second, l’article 7 de la loi Ferry. Quand nous aurons l’article 7, nous l’essaierons, mais s’il ne répond pas à notre attente nous n’hésiterons pas à chercher un autre insecticide plus énergique pour sauver la France.

Tels étaient les termes, d’un incontestable humour, par lesquels le lieutenant de Ferry manifestait l’énergie anticléricale dont toute l’équipe était animée.


sources "Le journal de la France" hebdomadaire ed Tallandier 1970

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