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République de Venise

La République de Venise est un État progressivement constitué au Moyen-Âge autour de la cité de Venise, et qui s’est développé par l’annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la Mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du nord jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. Venise joua un rôle prépondérant dans les échanges économiques entre l’Occident et l’Orient méditerranéen, qu’il fût byzantin ou musulman, ainsi qu’un rôle politique essentiel. À partir du XVI e siècle, la République de Venise connut une phase de déclin politique et de régression territoriale quelque peu occultée par une extraordinaire floraison artistique, avant de disparaître en 1797 sous les coups du général français Napoléon Bonaparte. Venise et ce qui restait de son domaine territorial passa sous la souveraineté de l’Autriche, avant son rattachement à l’Italie unifiée en 1866.

La création

Venise dépendait depuis sa naissance au VIe siècle de l’Empire byzantin mais la faiblesse de l’exarchat de Ravenne face aux Lombards favorisa l’émergence d’un pouvoir local incarné par le premier duc ou « doge », Paolucio Anafesto (697-717), personnage aux confins de la légende et de l’histoire. Les premiers doges, résidèrent à Heraclea (aujourd’hui Cittanova), comme l’avait fait le représentant du pouvoir byzantin ou magister militum. Le second doge de la tradition - Marcello Tegalliano (717-726) - aurait d’ailleurs été lui-même magister militum lorsque Paolo Lucio traita avec le souverain lombard Liutprand. Le troisième doge - et premier historique - fut l’hypatus Orso Ipato (726 à 737), hypatus signifiant à peu près « consul » en grec. Il tenta de secouer la tutelle byzantine lors de la crise iconoclaste et finit assassiné. Le pouvoir fut exercé pendant cinq ans par des magistri militum avant d’être repris par le fils d’Orso, Teodato. Celui-ci transféra son siège à Malamocco.

Au IXe siècle, Venise s’émancipa de l’Empire byzantin.

L’expansion médiévale

L’essor de Venise s’appuya d’abord sur ses relations commerciales avec Constantinople. En 1082, les Vénitiens reçurent d’importants privilèges commerciaux, en récompense de l’aide navale qu’ils apportèrent à l’Empire byzantin contre les Normands. L’expansion prit d’abord pour cadre la mer Adriatique. Au Xe siècle, les Vénitiens s’assurèrent le contrôle de la côte dalmate. Ils éliminèrent notamment les pirates croates qui nuisaient à leur commerce.

Comme les trois autres grands ports d’Italie, Gênes, Pise et Amalfi, Venise était une ville-État qui établit son pouvoir par la proximité maritime, en italien Repubblica Marinara. Elle distança ses concurrentes en plusieurs étapes, la première étant la quatrième Croisade. En 1202-1204, les Croisés l’aidèrent à conquérir plusieurs étapes sur la route de l’Orient (Zara, les îles ioniennes) puis se lancèrent à l’assaut de Constantinople bien que ce n’était pas à l’origine le but de l’expédition. Le dépeçage de l’Empire byzantin fonda la grandeur de Venise. Elle reçut plusieurs territoires, notamment de nombreuses îles grecques et une partie de la ville de Constantinople. Ces positions lui assuraient le contrôle commercial de toute la Méditerranée orientale. Jusque là reine de l’Adriatique, elle devenait un point de passage obligé entre l’Orient maritime et l’Occident continental. Le marchand Marco Polo symbolisa son esprit d’entreprise au XIIIe siècle.

La République de Venise se trouvait à la tête d’une guirlande de possessions maritimes. Sa domination sur la Terre Ferme était réduite. En Italie du nord, son territoire n’allait pas au delà de Vicence, Vérone, Padoue et des côtes du Frioul.

L’expansion vénitienne passa à une deuxième étape au lendemain de la Guerre de Chioggia (1378-1381). À plusieurs reprises entre le XIIIe siècle et le dernier tiers du XIVe siècle, Vénitiens et Génois se livrèrent des combats féroces. La guerre de Chiogga consacra finalement la primauté de Venise sur Gênes. Une primauté qui fit de la cité des doges le centre des échanges méditerranéens jusqu’au début des guerres d’Italie (1494). La République dominait l’économie monde de l’époque grâce à son contrôle sur la majorité de la côte Adriatique (notamment la plupart des villes-États dalmates), des îles de la mer Égée, dont la Crète et Chypre et grâce à son influence notable au Moyen-Orient. Venise se trouvait « au coeur du système de circulation le plus vaste de l’époque, étendu à la mer entière »[1]. Elle s’adjugeait « la plus grosse part des achats de poivre et d’épices du Levant, du moins venus de l’Océan Indien aux échelles du Levant » et elle était « par excellence le revendeur de ces denrées précieuses à l’Occident, notamment à l’Allemagne, le plus gros consommateur d’Europe »[2]. L’historienne Élisabeth Crouzet-Pavan constate que les marchands vénitiens étaient actifs sur toutes les places commerciales, de Constantinople à la Crète, de Bruges à l’Arménie, de l’Afrique du Nord à l’Eubée. Cette domination était assurée par la supériorité technique des galères sorties de l’Arsenal de Venise.

Le revenu par habitant en 1400 était alors quinze fois plus élevé que celui de Paris, Madrid ou Londres.

Les guerres d’Italie

Au XVe siècle, la République faisait partie des cinq principales puissances en Italie, aux côtés du duché de Milan, du royaume de Naples, de la république de Florence, et des États de l’Église. Ces différents États s’affrontaient pour la suprématie en Italie. Venise en profita pour étendre son territoire sur la Terre Ferme (Bergame, Brescia, Lodi, Frioul), notamment au dépens du duché de Milan.

La paix de Lodi en 1454 assura un statu-quo entre ces puissances régionales mais l’irruption de grandes puissances étrangères à la fin du XVe siècle perturba l’équilibre. En 1494, le roi de France Charles VIII entra en Italie puis soumit Naples. Venise prit l’initiative de la réaction. Elle rassembla une coalition, la sainte Ligue, constituée des principaux États italiens (sauf Florence et Naples). Mais leur armée ne put bloquer à Fornoue le retour du roi en France.

En 1499, Venise prit Crémone, Rimini en Romagne et Trieste. Cette croissance sur la Terre Ferme inquiéta ses voisins qui formèrent en 1508 une alliance contre elle : la Ligue de Cambrai. Elle comportait de redoutables ennemis, à savoir le pape, l’empereur, les rois de France, d’Angleterre, d’Espagne et de Hongrie. Sans compter Florence et Ferrare. Le pape Jules II, dont le pouvoir temporel était menacé par les Vénitiens en Romagne, prononça l’interdit sur la République le 27 avril 1509. En principe, elle ne pouvait donc plus célébrer des offices religieux sur son territoire. Parallèlement, le roi de France Louis XII conduisait les opérations militaires. Il pénétra en Vénétie et défit les troupes vénitiennes à Agnadel (en italien Ghiaradadda). Malgré cette défaite retentissante, Venise parvint miraculeusement à sauver son État. La cité ne fut pas prise et fut même capable de reprendre pied sur la Terre Ferme grâce au soutien de paysans ou d’artisans[4]. Mieux, en 1511, la Ligue de Cambrai se retourna contre le roi de France : le pape, les Espagnols et les Anglais le chassèrent d’Italie.

Quelques années plus tard, les alliances se renversèrent encore. Les Vénitiens soutinrent cette fois le roi de France François Ier qui s’engageait dans une reconquête du Milanais. Ce soutien s’avéra décisif dans la victoire franco-vénitienne de Marignan en 1515.

Dans les années suivantes, l’Italie resta un champ de bataille. François Ier et Charles Quint s’y affrontèrent. Venise fut une des rares capitales italiennes à ne pas être prises. Même Rome, la cité papale, subit un sac en 1527.

Perte de la suprématie commerciale et maritime (XVIe siècle-1797)

L’historien Fernand Braudel apportent les deux raisons qui expliquent le déclin de la République à partir du XVIe siècle : « Ce qui a eu raison de Venise, ce sont les routes du monde qui se déplacent lentement de la Méditerranée à l’Atlantique ; ce sont les Etats nationaux qui grandissent. Dès le XVIe siècle, Venise se heurte à ces corps épais : l’Espagne, la France, l’une et l’autre avec des prétentions impériales ; plus encore surgit l’Empire turc, colosse d’un autre âge, mais colosse, contre lequel elle s’épuisera ».

La première raison, la remise en cause des anciennes routes commerciales, intervint dès la fin du XVe siècle lorsque, d’une part, Christophe Colomb aborda l’Amérique et quand, d’autre part, Vasco de Gama doubla le Cap de Bonne-Espérance en 1498. De nouveaux espaces et de nouveaux itinéraires prometteurs s’ouvraient ainsi pour les armateurs et les marchands. En contournant l’Afrique, la route du Cap de Bonne Espérance permettait aux Européens d’aller chercher soieries et épices d’Orient sans passer par l’habituel intermédiaire vénitien. Venise, comme le reste de la Méditerranée, se trouvait marginalisée et vit son trafic diminuer. Toutefois, la croissance de la consommation mondiale permit à la République de retrouver son niveau de commerce dans les années 1560. Un retour qui ne doit masquer le fait qu’elle n’était plus le plus grand port européen. Elle ne récupéra jamais sa position dominante d’autant plus qu’à partir de la fin du XVIe siècle, les Nordiques (Anglais et Hollandais) s’ingérèrent dans le commerce méditerranéen et le détournèrent à leur profit.

La seconde raison du déclin vénitien réside dans sa confrontation aux grands États voisins. La république de Venise, en dépit de sa richesse et de son éclat culturel, pesait politiquement et militairement peu face à la France ou à l’Espagne. Mais ce fut le dernier venu dans le concert des grandes puissances européennes, l’empire ottoman, qui lui causa le plus de soucis. Les Turcs enlevèrent un à un les comptoirs vénitiens sur les routes du Levant. En 1571, les Vénitiens fournirent environ la moitié des navires de la flotte chrétienne qui défia les Ottomans. Ce fut la victoire de Lépante (1571). Malgré ce succès, Venise continua à perdre du terrain. Un an après Lépante, elle dut abandonner Chypre, en 1669, Candie. En 1718, la paix de Passarovitz entérinait la perte de la Morée que la République avait réussi temporairement à reconquérir en 1697.

Le patriciat de Venise avait en conséquence recomposé son fondement économique. L’exploitation agricole de la Terre Ferme (soie, riz, chanvre, élevage de moutons) attira les capitaux jusque là investis dans le commerce lointain.

Malgré ce contexte difficile, compliqué par les épidémies de peste à la fin du XVIe siècle,l’État était tolérant dans le domaine de la religion ; exempt de tout fanatisme, il ne procéda à aucune exécution pour hérésie pendant les années de la Contre-Réforme bien que la population restait majoritairement catholique.

Face à la menace turque, Venise dut s’allier à l’Autriche, qui était devenue la principale puissance en Italie du Nord. Son économie fut rudement secouée par les guerres. Après environ un millénaire d’indépendance, la République de Venise fut conquise par Napoléon Bonaparte le 12 mai 1797 au terme de la campagne d’Italie. L’invasion des Français mit ainsi un terme au siècle où Venise avait connu l’apogée de son rayonnement, en devenant la ville européenne la plus élégante et raffinée du XVIIIe siècle, avec une forte influence sur l’art, l’architecture et la littérature. En revanche, Napoléon fut perçu comme une sorte de libérateur par la population juive de Venise. Il supprima les barrières du Ghetto ainsi que les restrictions de circulation imposées aux Juifs.

Il a existé une république de Venise ou vénitienne en 1848-1849.

Institutions

Le système de gouvernement de cet État, relativement original pour l’époque, était la République. Mais une république oligarchique, comme Florence, les villes libres d’Empire, les Provinces-Unies, et la Confédération Helvétique. Les grandes familles de la ville, représentées au Grand Conseil, élisaient le Doge (Duc) qui conduisait la politique sa vie durant. Les Vénitiens ont élaboré au cours des siècles une organisation institutionnelle originale et très complexe visant, d’une part à concentrer les pouvoirs entre un nombre restreint de familles patriciennes d’ancienne origine, d’autre part à éviter toute évolution vers un système de type monarchique, malgré la prééminence d’un personnage, le Doge, qui symbolisait le pouvoir de l’État et représentait la Sérénissime République.

L’Arengo

A l’origine, l’assemblée populaire ou arengo, avait le pouvoir législatif et elle élisait le doge, chef de l’État investi des pouvoirs exécutif et judiciaire. A l’arengo se substitua progressivement le Grand Conseil.

Grand Conseil

Le Grand Conseil - autorité suprême - se substitua à l’assemblée populaire appelée arengo. De lui émanaient toutes les autres institutions : leur multiplication et l’enchevêtrement des compétences favorisèrent la collégialité des décisions mais aussi la surveillance réciproque. Il était composé des membres des familles inscrites au Patriarcat. Tous les hommes de plus de 25 ans pouvaient y participer, à condition cependant de ne pas avoir épousé de roturière. L’aristocratie vénitienne se composait surtout d’armateurs, de négociants et de banquiers, dont les revenus se fondaient plus sur le commerce que sur la terre. Par la Serrata del Consiglio en 1297, l’accès au Grand Conseil fut restreint à ceux dont les ancêtres en avaient été membres. L’insertion au sein du patriciat vénitien était donc de droit fermé.

Réuni tous les dimanches, le Grand Conseil prenait les décisions politiques, promulguait les lois et choisissait les hauts magistrats. La tendance à déléguer les pouvoirs d’un corps nombreux à une commission restreinte de spécialistes fut une caractéristique durable de l’organisation de cette république oligarchique.

Sénat

Organe législatif composé de 200 membres, le Sénat était chargé de la politique extérieure et de la nomination des ambassadeurs. Les ambassadeurs vénitiens de cette époque ont envoyé des rapports secrets sur la politique et les rumeurs circulant dans les cours européennes, ce qui a constitué une mine d’information pour les historiens modernes.

Le Doge

Le chef de l’exécutif portait le titre de doge (duc). Il était théoriquement élu à vie. Le caractère viager devait se perpétuer sans changement au cours des siècles alors que le doge perdait peu à peu tout pouvoir personnel. La fonction de doge était dévolue à un membre d’une famille patricienne choisie dans un cercle restreint, mais la transmission n’en devint jamais héréditaire malgré les tentatives de quelques-uns. Ces tentatives aboutirent d’ailleurs à faire évoluer le mode de désignation du doge de manière à exclure toute possibilité de transmission héréditaire ou d’accaparement par des factions. Par la suite, les doges démissionnèrent assez souvent pour se retirer dans une vie monastique, sous la pression des oligarques, quand ils étaient discrédités par leur action politique.

Le Collège Suprême

Composé du Doge, de ses six conseillers, du chancelier et du président du Conseil des dix, le Collège Suprême était l’organe suprême de la République.

Conseil des Dix

Créé en 1310 à titre provisoire, puis rendu définitif en 1335, le Conseil des Dix est une institution judiciaire destinée à sanctionner les complots ourdis contre la République. Constitué en réalité de 17 membres, il disposait de pouvoirs particulièrement étendus, lui permettant même de destituer le doge.

Territoires ultramarins

Au cours des siècles, Venise a occupé de nombreux territoires du bassin de l’Adriatique et la Méditerranée orientale, avec une prédilection pour les îles et les ports pouvant servir ses intérêts commerciaux. Telles des colonies d’exploitation, ces territoires la ravitaillaient en vin, en céréales, en fruits, en miel, en bois et matériaux de construction. On distingue deux groupes dans cet empire vénitien dont les limites ont souvent varié[6] :

Les possessions du Golfe

Le Golfe correspond à l’Adriatique. Du IXe au XIe siècle, Venise poursuivit l’objectif de dominer tous les rivages de cette mer car elle avait conscience des risques d’asphyxie pour son commerce si un ennemi avait l’idée de barrer le Golfe. Firent partie de ses possessions, pas toujours en même temps :

* Trieste et l’Istrie

* Zara

* Raguse, qui affirmera ensuite son indépendance

* Spalato

« Sans doute ces cités ne reconnurent-elles jamais à Venise qu’une souveraineté lointaine »[7]. Mais ce qui importait les Vénitiens, c’était d’obliger tous les trafics adriatiques à transiter par le port de Venise. La flotte de la Sérénissime était là pour rappeler à l’ordre les cités récalcitrantes à ce monopole commercial.

Les possessions du Levant

La IVe croisade engendra la première extension de Venise dans l’orient grec. Grâce à l’aide logistique apportée aux Croisés, les Vénitiens participèrent au partage des dépouilles de l’Empire byzantin en 1204. Ils reçurent les côtes et les îles de la mer Ionienne, la plus grande part du Péloponnèse, les Cyclades et certaines des Sporades, des places en Eubée, les positions de Gallipoli et de Rodosto sur les Détroits, les trois-huitièmes de Constantinople enfin, avec l’église Sainte-Sophie. La restauration de l’Empire Byzantin en 1261 élimina les Vénitiens de plusieurs de ces territoires.

Au début du XVe siècle, la République possédait :

* Corfou

* la Crète (Candie), achetée au marquis de Montferrat. Escale très importante sur la route de Chypre, de Beyrouth ou d’Alexandrie.

* Coron et Modon, « les yeux de la République » à l’extrême sud du Péloponnèse.

* Négrepont (Eubée)

* Chypre,

* Lajazzo (?)

* Accre (?)

Cet ensemble formait des escales, des places stratégiques sur la route de Constantinople, de la Mer Noire, de la Syrie ou de l’Egypte.

sources wikipedia

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