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Régiment blindé de fusiliers-marins

, par

Le régiment Blindé de fusiliers-marins (ou RBFM) est une ancienne unité de la 2e division blindée française. Il appartient aux unités de fusiliers marins qui sont des unités de marine militaire française

Le RBFM fut composé à partir de marins français, dont les navires avaient été immobilisés ou détruits, et équipé de matériel américain.

Rôle Chasseurs de chars
Effectif 300 véhicules et ? 1 200

Équipement TD M10 US, Half-tracks, Automitrailleuses, Jeeps

Histoire

Origine

Après l’attaque britannique sur Mers el-Kébir le 3 juillet 1940, une partie des marins rejoignent la France libre. À Diego-Suarez, des marins sont faits prisonniers par les Britanniques et internés en Angleterre (au camp d’internement no 1 de Grizedale Hall).
Débarquement américain en AFN

Le 8 novembre 1942, les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord ; c’est un nouvel élan qui se présente pour cette poignée de marins (45 officiers, 333 officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots) qui veulent en découdre avec l’Allemagne. Les hommes emprisonnés indiquent leur désir de rejoindre Alger où ils seront acheminés dans le but de créer un bataillon de fusiliers-marins pour la prise et la tenue des batteries d’artillerie de marine de Bizerte. S’il ne manque pas de marins pour embarquer, nombreux sont ceux qui vont aller combattre à terre, dans la grande tradition des fusiliers-marins.

Surveillance de Bizerte

Ils sont armés mais rapidement, ce rôle de surveillance leur pèse dans le « bataillon Bizerte ». Certains ré-embarquent, d’autres se voient proposer de rejoindre un régiment de chasseurs de chars en cours de formation. Le 19 septembre 1943, le bataillon Bizerte devient le Régiment blindé de fusiliers-marins, le RBFM (par décision 97 EMG/3 du 19 septembre 1943). Ils sont ensuite acheminés vers Casablanca (Maroc) où ils percevront des tenues américaines1 et leur futur matériel. Ils sont rejoints par de nombreux volontaires (évadés de France, etc.).

C’est à Berkane qu’ils partent afin de se former enfin sur les chasseurs de chars TD M10. Cette instruction se fera auprès du 11e RCA (Régiment de chasseurs d’Afrique). D’abord équipés du vieux matériel du RCA, ils finissent par recevoir du matériel neuf, en vue de leur intégration dans la 2e DB.

Intégration dans la 2e DB

Sous le commandement du capitaine de vaisseau Maggiar, assisté du capitaine de corvette Martinet, se constitue une unité regroupant 300 véhicules à roues ou à chenilles. Quatre escadrons de combat, sous les ordres des lieutenants de vaisseau Pauly, Guillon, Bonnet et Richard sont équipés d’automitrailleuses, de half-tracks et de chasseurs de chars, accompagnés de jeeps de protection.

Les chasseurs de chars portent des noms qui rappellent les bâtiments de la marine nationale dont certains sont célèbres comme le cuirassé Dunkerque ou le torpilleur Siroco. Le fils du Général de Gaulle, Philippe, intègre le régiment avec le grade d’enseigne de vaisseau.

Les chasseurs de chars sont équipés, en complément, de lunettes de visée « marine » françaises2. Elles permettront au canon US de 76,2 de faire mouche sur un Panther à 3 000 m de distance.

Articulation

Le RBFM était composé de cinq escadrons3 :

Escadron d’état-major : LV Brisset et Carsin
Escadron Hors-Rang : LV Ollieu et Mounié
Premier Escadron : LV Pauly et Divorne
Deuxième Escadron : LV Guillon et Gélinet
Troisième Escadron : LV Bonnet
Quatrième Escadron : LV Richard

L’Escadron hors-rang comporte un peloton féminin d’ambulancières, les Marinettes, homologue des Rochambelles, commandé par l’EV féminin Carsignol. Ce sont "les filles de la 2e DB" appartenant au 13e Bataillon Médical de la 2e Division Blindée de Leclerc.

Les hommes du RBFM sont des marins, et reprennent donc les grades et couvre-chef de ce corps de troupes. Les officiers portent les casquettes d’officiers de marine et les hommes du rang le bachi (à pompon rouge). Les ambulancières/infirmières rattachées à ce régiment sont les Marinettes, qui également portent les effets d’uniforme de la Marine.

Campagnes

Arrivée en Normandie

La 2e Division blindée touche enfin le sol de France, à 1h30, dans la nuit du 2 au 3 août 1944, à Saint Martin de Varreville, la plage d’Utah Beach où a débarqué le 6 juin la 4e division d’infanterie américaine . Le RBFM va suivre le parcours de la 2e DB dont il est une composante importante, de par sa puissance de feu face aux chars Panther et Panzer IV allemands. En effet, le canon de 75 du char Sherman américain dont est dotée la 2e DB est insuffisant pour percer le blindage du Panther. Le canon de 76,2 du TD M10 le peut. Les canonniers de la Marine récupèreront le droit de porter la fourragère rouge.

Mais le matériel du RBFM est usé par l’entraînement et les déplacements. Il faut faire "retourner" les chenilles des TD en attendant des trains de roulement neufs. Le 2e escadron sera équipé de chenilles neuves le 20 août.

En avant

Départ de Lastelle le 6 août au soir, direction Coutances, La Haye-Fresnel, Avranches, Ducey, Saint-Laurent-de-Terregate où se trouve le bivouac. L’itinéraire sera celui de la 2e DB, sauf l’épisode de la poche de Royan.
Combats

Première victoire

Les TD affrontent leur ennemi, le char allemand Panther. Ce sera canon de 75 mm contre canon de 76,2 des TD, un engin souple, manœuvrant, protégé par ses jeeps d’escorte contre les voltigeurs allemands.

« C’est le 12 août 1944 que le Régiment enregistre sa première victoire. Vilarem, enseigne de vaisseau de 1ere classe qui commande le 3e peloton du 3e escadron (un ancien de bataillon de Bizerte) reçoit l’ordre de ’surveiller’ la route d’Alençon, on y signale pas mal de trafic [...]. Il envoie le "Strasbourg" et le "Jean-Bart" occuper cette position. Le "Strasbourg" est sous le commandement du quartier-maitre mécanicien Le Roux. le TD "Jean-Bart" (commandé par Passaquet - un opticien télémétriste) du 3e Escadron détruit un Panther en 3 coups et à 800 mètres de distance (après avoir allumé au passage 3 camions remplis d’infanterie allemande). »

Les TD ont un blindage allégé et une tourelle ouverte mais ils sont rapides et manœuvrent rapidement.

Campagne de France

La campagne va être celle de la 2eDB dont le RBFM est un élément essentiel face aux puissants Panzers allemands.

Marche vers l’est

Libération de Paris

Le RBFM va prendre une part active à la libération de Paris par la 2e DB. Trois axes de pénétration seront choisis.

Jouy-en-Josas et Viroflay pour entrer par le pont de Sèvres, ce dernier sera atteint le 24 juillet au soir, malgré une forte résistance. Le 4e Escadron fait partie de cette colonne.
Arpajon, Longjumeau, Antony, Sceaux, pour arriver par les portes d’Orléans, Gentilly et Italie et progresser en direction de l’Hötel de Ville pour terminer à l’hötel Meurice. Le 3e escadron fait partie de cette colonne.
Trappes, Voisins-le-Bretonneux4 et Guyancourt 5. Les 1er et 2e Escadrons accompagnés du PC du régiment se déplacent avec la troisième colonne.

« Une forte résistance à l’angle de l’avenue de Madrid et du Boulevard Barrès : deux automitrailleuses du 1er escadron y ont été détruites. Vassal qui commande un peloton d’automitrailleuses accompagné de 2 TD du 3e peloton est chargé de s’occuper de la résistance allemande, située dans le jardin d’acclimatation. Le lieutenant de Vaisseau Vassal et le quartier-maître Le Bourdiec trouvent la mort pendant l’assaut. Il est fait ici 800 prisonniers dont une centaine d’officiers, ainsi qu’un millier d’armes individuelles, dix tonnes de munitions et une quarantaine de véhicules. C’est pendant cette action que le capitaine de frégate Maggiar est blessé à l’œil droit (a priori une balle qui aurait ricoché sur le blindage du TD "Jaguar" et un éclat de grenade dans le bras droit, il est évacué et sera opéré par des médecins de renom de l’académie de médecine de Paris. »

Les escadrons se distingueront au Luxembourg, au Pont de Sèvres, à la Concorde (un Panther à 1 800 m)... Les Allemands ont attaqué de nuit au pont de Sèvres :

« [...] Au pont de Sèvres, nous avons été attaqués vers 4 h moins le 1/4. WARTER était de faction de 2 à 4. Il a été averti par des voix allemandes qui disaient "Stautzer" mais ne se sont pas arrêtées. Il a tiré dans les plus près de lui et sa carabine s’est enrayée. Il nous a appelé mais déjà Hetuin était mortellement blessé et son chef. Les Allemands ont essayé d’amener 3 canons dont 1 anti-char et 2 de 40 mm D.C.A.

Ils étaient environ à 20 mètres du char mais ont été dispersés par notre tir de mitrailleuse de 50, carabines et grenades.

Les Allemands ont eu 18 tués dans la nuit et une trentaine de pris dès le lever du jour.

Chez nous, CREPELLIERE, KERLAU et l’autre chef qui était avec eux (DREANNO).

HETUIN est mort chez des civils vers 4 h 1/2 ou 5 h.1/4 chez qui nous l’avions emmené ............... »

— récit de Paul Watel, conducteur du char Mistral

. Les Allemands laisseront 40 morts sur le terrain, les marins perdront trois des leurs.

Puis les 1er et 2e escadron seront positionnés à l’Hippodrome de Longchamp, le 3e escadron se trouve au Bourget tandis que le 4e escadron s’enferme au fort de la Briche, à Saint Denis.

La division et le RBFM quittent Paris le 8 septembre, direction l’Est. N’importe, les marins ont confiance en eux. Leur vitesse, la précision de leur tir, la sûreté de leur coup d’œil ont toujours triomphé de la puissance colossale des lourdes mécaniques teutonnes. Partout ils se sont imposés aux Allemands.

Depuis la Normandie ils ont détruit plus de 60 chars ennemis ; eux, ils n’ont pas perdu 10 tanks-destroyers.

Dompaire

La 2e DB a atteint la Lorraine avec les Vosges et à Dompaire attend la 112e-panzer-brigade embusquée dans les bois. À l’aube du 13 septembre, les patrouilles vont tâter le terrain. Plusieurs Panther sont touchés. Les Allemands hésitent et les avions américains interviennent à la roquette. Les Allemands fuient vers Épinal, laissant un cimetière de chars6. Avions et tank destroyers auront fait de cette journée une belle victoire. Trois chars Panther seront inscrits au tableau de chasse du quartier-maitre Warter et de son char "Mistral".

À Ville-sur-Illon, les Allemands contre-attaquent avec des Panzer Mark IV. Les avions interviennent à nouveau. La nuit survient qui permettra le repli allemand.
Libération de Strasbourg

Les unités du RBFM sont regroupées en vue de la charge sur Strasbourg (voir 2e DB). L’articulation est la suivante :

1 escadron de tank-destroyers affecté au Groupement Dio,
1 escadron de tank-destroyers affecté au Groupement de Langlade,
1 escadron de tank-destroyers affecté au Groupement Guillebon.

Le RBFM est de la partie dans la charge qui part de Baccarat, perce la Vor Vogesen Stellung, fonce sur Phalsbourg, à travers les cols de Dabo et de la Petite-Pierre, dans les forêts, par des routes difficilement praticables aux blindés. Les fusiliers marins capturent le général allemand Brühn, stupéfait de son sort et l’envoient à Leclerc.

Le RBFM est toujours à la pointe, ses détachements accompagnant et protégeant les autres blindés. À la Caserne des Gardes de Strasbourg, le TD Marsouin attaque, enfonce la porte, tire au canon et à la mitrailleuse et provoque la reddition de 320 soldats allemands dont 15 officiers. C’est un épisode entre autres dans cette charge qui s’arrêtera au Pont de Kehl, porte d’entrée de l’Allemagne défendue lourdement.
Libération de Colmar et de Royan

Personnalités

Philippe de Gaulle

Le RBFM a accueilli dans ses rangs celui qui deviendra l’Amiral Philippe de Gaulle. Il avait rejoint la France Libre comme enseigne de Vaisseau.
Jean Moncorgé

Il accueille aussi un officier marinier, le second maître Jean Alexis Moncorgé qui venait de faire un long périple pour réintégrer la Marine. Cet ancien du bataillon de fusiliers marins à Lorient, rejeté à cause de son âge, réussira à intégrer le RBFM en janvier 1945. Il est intégré au 2e Escadron (Enseigne de vaisseau Gelinet), 2e Peloton comme Chef de Char du TD SOUFFLEUR II. Le second maître Moncorgé est plus connu sous son nom de grand artiste, Jean Gabin, aujourd’hui disparu. En février 1945 il participe à la réduction de la Poche de Royan. Il cantonnera ensuite au Château de Bouges avant de partir pour la campagne d’Allemagne, qui le mènera jusqu’au Nid d’Aigle d’Adolf Hitler à Berchtesgaden.

« En 1945, le "plus vieux chef de char de la France Libre" est démobilisé à l’âge de 41 ans et revient au monde du spectacle. Il a les cheveux blancs. »

Une restauration du char "Souffleur II" a été présentée en 2007 à Voisins-le-Bretonneux (près de Versailles-Guyancourt).

Distinctions

Le RBFM n’est pas une unité des FFL de la première heure, leurs membres n’ont donc pas droit au port du Perchoir ou de l’insigne France Libre, plus communément appelé : Moustique. Cependant, il terminera la guerre avec de nombreuses citations diverses. Regardons son bilan :

Le 4e escadron fait l’objet d’une citation spéciale :

« Compte officiellement à son actif : 470 ennemis tués - 430 prisonniers 41 chars détruits - 16 canons détruits - 43 camions et véhicules divers mis hors de combat.

A notamment détruit 13 chars Panther en quarante-huit heures de combat, les 13 et 14 septembre, autour de Dompaire. »

— Général De Gaulle, 16/09/1945

Les marins retrouvent le droit à la fourragère :

« Au cours des combats de Normandie et de Lorraine, le Régiment Blindé de Fusiliers Marins a donné la preuve de sa valeur militaire et de la bravoure de ses équipages.

Le Général est heureux de les autoriser désormais à porter la fourragère de la Légion d’Honneur des Fusiliers Marins de Dixmude, fourragère qui leur avait été attribuée au mois de mai 1944 par le Ministre.

Les Officiers, Officiers Mariniers, Matelots du Régiment Blindé des Fusiliers Marins, seront fiers, au côté de leurs camarades actuellement embarqués d’avoir contribué à rétablir dans son prestige la Marine Française, après tant de douloureux souvenirs. »

— Général Leclerc, Ordre du Jour n°53 du 16 septembre 1944

Reconstitution

Dissous, le régiment sera reconstitué en régiment amphibie et engagé en Indochine dans le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Il se montrera digne de son passé lointain et proche.


sources Wikipedia

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