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Premiere expedition en Bretagne

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Préparatifs d’expédition en Bretagne

Sous le consulat de Lucius Domitius et d’Appius Claudius, César, quittant les quartiers d’hiver pour aller en Italie, comme il avait coutume de le faire chaque année, ordonne aux lieutenants qu’il laissait à la tête des légions de construire, pendant l’hiver, le plus de vaisseaux qu’il serait possible, et de réparer les anciens. Il en détermine la grandeur et la forme. Pour qu’on puisse plus promptement les charger et les mettre à sec, il les fait moins hauts que ceux dont nous nous servons sur notre mer ; il avait en effet observé que les mouvements fréquents du flux et du reflux rendaient les vagues de l’Océan moins élevées ; il les commande, à cause des bagages et du nombre des chevaux qu’ils devaient transporter, un peu plus larges que ceux dont on fait usage sur les autres mers. Il veut qu’on les fasse tous à voiles et à rames, ce que leur peu de hauteur devait rendre très facile. Tout ce qui est nécessaire pour l’armement de ces vaisseaux, il le fait venir de l’Espagne. Lui-même, après avoir tenu l’assemblée de la Gaule citérieure, part pour l’Illyrie, sur la nouvelle que les Pirustes désolaient, par leurs incursions, la frontière de cette province. À peine arrivé, il ordonne aux cités de lever des troupes, et leur assigne un point de réunion. À cette nouvelle, les Pirustes lui envoient des députés, qui lui exposent que rien de ce qui s’était passé n’était le résultat d’une délibération nationale, et se disent prêts à lui offrir, pour ces torts, toutes les satisfactions. En acceptant leurs excuses, César exige des otages, et qu’ils soient amenés à jour fixe ; à défaut de quoi il leur déclare qu’il portera la guerre dans leur pays. Les otages sont livrés au jour marqué ; il nomme des arbitres pour estimer le dommage et en régler la réparation.

Cette affaire terminée, et l’assemblée close, César retourne dans la Gaule citérieure et part de là pour l’armée. Quand il y est arrivé, il en visite tous les quartiers, et trouve que l’activité singulière des soldats était parvenue, malgré l’extrême pénurie de toutes choses, à construire environ six cents navires de la forme décrite plus haut, et vingt-huit galères, le tout prêt à être mis en mer sous peu de jours. Après avoir donné des éloges aux soldats et à ceux qui avaient dirigé l’ouvrage, il les instruit de ses intentions et leur ordonne de se rendre tous au port Itius, d’où il savait que le trajet en Bretagne est très commode, la distance de cette île au continent n’étant que de trente mille pas. Il leur laisse le nombre de soldats qu’il juge suffisant ; pour lui, il marche, avec quatre légions sans bagages et huit cents cavaliers, chez les Trévires, qui ne venaient point aux assemblées, n’obéissaient pas à ses ordres, et qu’on soupçonnait de solliciter les Germains à passer le Rhin.

Expédition chez les Trévires

Cette nation est de beaucoup la plus puissante de toute la Gaule par sa cavalerie, et possède de nombreuses troupes de pied ; elle habite, comme nous l’avons dit plus haut, les bords du Rhin. Deux hommes s’y disputaient la souveraineté, Indutiomaros et Cingétorix. Ce dernier, à peine instruit de l’arrivée de César et des légions, se rend près de lui, l’assure que lui et tous les siens resteront dans le devoir, fidèles à l’amitié du peuple romain, et l’instruit de tout ce qui se passait chez les Trévires. Indutiomaros au contraire lève de la cavalerie et de l’infanterie ; tous ceux que leur âge met hors d’état de porter les armes, il les fait cacher dans la forêt des Ardennes, forêt immense, qui traverse le territoire des Trévires, et s’étend depuis le fleuve du Rhin jusqu’au pays des Rèmes ; il se prépare ensuite à la guerre.

Mais quand il eut vu plusieurs des principaux de l’état, entraînés par leurs liaisons avec Cingétorix ou effrayés par l’arrivée de notre armée, se rendre auprès de César, et traiter avec lui de leurs intérêts particuliers, ne pouvant rien pour ceux de leur pays, Indutiomaros, craignant d’être abandonné de tous, envoie des députés à César : il l’assure que, s’il n’a pas quitté les siens et n’est pas venu le trouver, c’était pour retenir plus facilement le pays dans le devoir, et l’empêcher de se porter, en l’absence de toute la noblesse, à d’imprudentes résolutions. Au surplus, il avait tout pouvoir sur la nation ; il se rendrait, si César le permettait, au camp des Romains, et remettrait à sa foi ses intérêts propres et ceux de son pays.

Quoique César comprît bien les motifs de ce langage et de ce changement de dessein, comme il ne voulait point être forcé de passer l’été chez les Trévires, tandis que tout était prêt pour la guerre de Bretagne, il ordonna à Indutiomaros de venir avec deux cents otages. Quand celui-ci les eut amenés, et parmi eux son fils et tous ses proches parents, lesquels avaient été spécialement désignés, César le consola et l’exhorta à rester dans le devoir ; toutefois, ayant assemblé les principaux des Trévires, il les rallia personnellement à Cingétorix, tant à cause de son mérite que parce qu’il lui semblait d’un grand intérêt d’augmenter chez les Trévires le crédit d’un homme qui avait fait preuve envers lui d’un zèle si remarquable. Indutiomaros vit avec douleur l’atteinte que l’on portait ainsi à son influence, et, déjà notre ennemi, il devint dès lors irréconciliable.

Intrigues de Dumnorix. Sa mort

Ces choses terminées, César se rend avec les légions au port Itius. Là, il apprend que quarante navires construits chez les Meldes, repoussés par une tempête, n’avaient pu tenir leur route, et étaient rentrés dans le port d’où ils étaient partis. Il trouva les autres prêts à mettre à la voile et pourvus de tout. La cavalerie de toute la Gaule, au nombre de quatre mille hommes, se réunit en ce lieu, ainsi que les principaux habitants des cités. César avait résolu de ne laisser sur le continent que le petit nombre des hommes influents dont la fidélité lui était bien connue, et d’emmener les autres comme otages avec lui ; car il craignait quelque mouvement dans la Gaule, pendant son absence.

Parmi ces chefs était l’Héduen Dumnorix, dont nous avons déjà parlé. C’était celui-là surtout que César voulait avoir avec lui, connaissant son caractère avide de nouveautés, son ambition, son courage, son grand crédit parmi les Gaulois. Il faut ajouter à ces motifs que déjà Dumnorix avait dit dans une assemblée des Héduens que César lui offrait la royauté dans son pays. Ce propos leur avait fortement déplu ; et ils n’osaient adresser à César ni refus ni prières. II n’en fut instruit que par ses hôtes. Dumnorix eut d’abord recours à toutes sortes de supplications pour rester en Gaule, disant, tantôt qu’il craignait la mer à laquelle il n’était pas habitué, tantôt qu’il était retenu par des scrupules de religion. Lorsqu’il vit qu’on lui refusait obstinément sa demande, et que tout espoir de l’obtenir était perdu, il commença à intriguer auprès des chefs de la Gaule, à les prendre à part et à les presser de rester sur le continent ; il cherchait à leur inspirer des craintes ; ce n’était pas sans motif qu’on dégarnissait la Gaule de toute sa noblesse, le dessein de César était de faire périr, après leur passage en Bretagne, ceux qu’il n’osait égorger à la vue des Gaulois ; il leur donna sa foi et sollicita la leur pour faire de concert ce qu’ils croiraient utile à la Gaule. Plusieurs rapports instruisirent César de ces menées.

À ces nouvelles, César, qui avait donné tant de considération à la nation héduenne, résolut de réprimer et de prévenir Dumnorix par tous les moyens possibles. Comme il le voyait persévérer dans sa folie, il crut devoir l’empêcher de nuire à ses intérêts et à ceux de la république. Pendant les vingt-cinq jours environ qu’il resta dans le port, retenu par un vent du nord-ouest qui souffle d’ordinaire sur cette côte pendant une grande partie de l’année, il s’appliqua à contenir Dumnorix dans le devoir, et néanmoins à se tenir au fait de toutes ses démarches. Enfin le temps devint favorable, et César ordonna aux soldats et aux cavaliers de s’embarquer. Mais, profitant de la préoccupation générale, Dumnorix sortit du camp avec la cavalerie héduenne, à l’insu de César, pour retourner dans son pays. Sur l’avis qui lui en fut donné, César, suspendant le départ et ajournant toute affaire, envoya à sa poursuite une grande partie de la cavalerie, avec ordre de le ramener, ou, s’il résistait et n’obéissait pas, de le tuer ; bien certain qu’il avait tout à craindre, pendant son absence, d’un homme qui, en sa présence, avait méprisé ses ordres. Dumnorix, lorsqu’on l’eut atteint, fit résistance, mit l’épée à la main, et implora la fidélité des siens, s’écriant à plusieurs reprises qu’il était libre et membre d’une nation libre. Il fut, comme on le leur avait ordonné, entouré et mis à mort. Les cavaliers héduens revinrent tous vers César.

La traversée

Ayant, après cette affaire, laissé sur le continent Labiénus avec trois légions et deux mille cavaliers pour garder le port, pourvoir aux vivres, connaître tout ce qui se passait dans la Gaule, et prendre conseil du temps et des circonstances, César, avec cinq légions et un nombre de cavaliers égal à celui qu’il laissait sur le continent, leva l’ancre au coucher du soleil, par un léger vent du sud-ouest qui, ayant cessé vers le milieu de la nuit, ne lui permit pas de continuer sa route ; entraîné assez loin par la marée, il s’aperçut, au point du jour, qu’il avait laissé la Bretagne sur la gauche. Alors, se laissant aller au reflux, il fit force de rames pour gagner cette partie de l’île, où il avait appris, l’été précédent, que la descente est commode. On ne put trop louer, dans cette circonstance, le zèle des soldats qui, sur des vaisseaux de transport peu maniables, égalèrent, par le travail continu des rames, la vitesse des galères. Toute la flotte prit terre environ vers midi ; aucun ennemi ne se montra dans ces parages ; mais César sut plus tard des captifs que beaucoup de troupes s’y étaient réunies, et que, effrayées à la vue du grand nombre de nos vaisseaux (car y compris les barques légères que chacun destinait à sa commodité particulière, il y en avait plus de huit cents), elles s’étaient éloignées du rivage et réfugiées sur les hauteurs.

Débarquement. Premier contact

César, ayant établi l’armée à terre et choisi un terrain propre au campement, dès qu’il eut appris par des prisonniers où s’étaient retirées les troupes ennemies, il laissa près de la mer dix cohortes et trois cents cavaliers pour la garde de la flotte, et, à la troisième veille, marcha contre les Bretons : il craignait d’autant moins pour les vaisseaux qu’il les laissait à l’ancre sur un rivage uni et découvert. II en avait confié le commandement à Q. Atrius. César avait fait dans la nuit environ douze mille pas, lorsqu’il aperçut les troupes des ennemis. Ils s’étaient avancés avec la cavalerie et les chars sur le bord d’une rivière et, placés sur une hauteur ; ils commencèrent à nous disputer le passage et engagèrent le combat. Repoussés par la cavalerie, ils se retirèrent dans les bois, où ils trouvèrent un lieu admirablement fortifié par la nature et par l’art, et qui paraissait avoir été disposé jadis pour une guerre civile ; car toutes les avenues en étaient fermées par d’épais abattis d’arbres. C’était de ces bois qu’ils combattaient disséminés, défendant l’approche de leurs retranchements. Mais les soldats de la septième légion, ayant formé la tortue et élevé une terrasse jusqu’au pied du rempart, s’emparèrent de cette position et les chassèrent du bois, presque sans éprouver de pertes. César défendit toutefois de poursuivre trop loin les fuyards, parce qu’il ne connaissait pas le pays et qu’une grande partie du jour étant écoulée, il voulait employer le reste à la fortification du camp.

Tempête

Le lendemain matin, ayant partagé l’infanterie et la cavalerie en trois corps, il les envoya à la poursuite des fuyards. Elles n’avaient fait que très peu de chemin et les derniers rangs étaient encore à la vue du camp, lorsque des cavaliers, envoyés par Q. Atrius à César, vinrent lui annoncer que, la nuit précédente, une violente tempête avait brisé et jeté sur le rivage presque tous les vaisseaux ; que ni ancres ni cordages n’avaient pu résister ; que les efforts des matelots et des pilotes avaient été impuissants, et que le choc des vaisseaux entre eux leur avait causé de grands dommages.

La flotte enfermée dans un camp. Cassivellaunos

À ces nouvelles, César fait rappeler les légions et la cavalerie, et cesser la poursuite : lui-même il revient à sa flotte. Il reconnut de ses yeux une partie des malheurs que les messagers et des lettres lui avaient annoncés ; environ quarante navires étaient perdus ; le reste lui parut cependant pouvoir se réparer à force de travail. Il choisit donc des travailleurs dans les légions et en fit venir d’autres du continent. Il écrivit à Labiénus de faire construire le plus de vaisseaux qu’il pourrait par les légions qu’il avait avec lui ; lui-même, malgré l’extrême difficulté de l’entreprise, arrêta, comme une chose très importante, que tous les vaisseaux fussent amenés sur la grève et enfermés avec le camp dans des retranchements communs. Il employa environ dix jours à ce travail que le soldat n’interrompait même pas la nuit. Quand les vaisseaux furent à sec et le camp bien fortifié, il y laissa pour garnison les mêmes troupes qu’auparavant, et retourna en personne au même lieu d’où il était parti. Il y trouva de nombreuses troupes de Bretons rassemblées de toutes parts ; ils avaient, d’un avis unanime, confié le commandement général et la conduite de la guerre à Cassivellaunos, dont les états étaient séparés des pays maritimes par un fleuve appelé la Tamise, éloigné de la mer d’environ quatre-vingts mille pas. Dans les temps antérieurs, il y avait eu des guerres continuelles avec les autres peuplades ; mais toutes venaient, dans l’effroi que leur causait notre arrivée de lui déférer le commandement suprême.

La Bretagne et ses habitants

L’intérieur de la Bretagne est habité par des peuples que la tradition représente comme indigènes. La partie maritime est occupée par des peuplades que l’appât du butin et la guerre ont fait sortir de la Belgique ; elles ont presque toutes conservé les noms des pays dont elles étaient originaires, quand, les armes à la main, elles vinrent s’établir dans la Bretagne, et en cultiver le sol. La population est très forte, les maisons y sont très nombreuses et presque semblables à celles des Gaulois ; le bétail y est abondant. On se sert, pour monnaie, ou de cuivre ou d’anneaux de fer d’un poids déterminé. Dans le centre du pays se trouvent des mines d’étain ; sur les côtes, des mines de fer, mais peu productives ; le cuivre qu’on emploie vient du dehors. II y croît des arbres de toute espèce, comme en Gaule, à l’exception du hêtre et du sapin. Les Bretons regardent comme défendu de manger du lièvre, de la poule ou de l’oie ; ils en élèvent cependant par goût et par plaisir. Le climat est plus tempéré que celui de la Gaule, les froids sont moins rigoureux.

Cette île est de forme triangulaire ; l’un des côtés regarde la Gaule. Des deux angles de ce côté, l’un est au levant, vers le pays de Cantium, où abordent presque tous les vaisseaux gaulois ; l’autre, plus bas, est au midi. La longueur de ce côté est d’environ cinq cent mille pas. L’autre côté du triangle regarde l’Espagne et le couchant : dans cette direction est l’Hibernie, qui passe pour moitié moins grande que la Bretagne, et en est séparée par une distance égale à celle de la Bretagne à la Gaule : dans l’espace intermédiaire est l’île de Mona. L’on croit qu’il y en a plusieurs autres de moindre grandeur, dont quelques écrivains ont dit qu’elles étaient, vers la saison de l’hiver, privées de la lumière du soleil pendant trente jours continus. Nos recherches ne nous ont rien appris sur ce point : nous observâmes seulement, au moyen de certaines horloges d’eau, que les nuits étaient plus courtes que sur le continent.

La longueur de ce côté de l’île est, selon l’opinion de ces écrivains, de sept cent mille pas. Le troisième côté est au nord et n’a en regard aucune terre, si ce n’est la Germanie à l’un de ses angles. Sa longueur est estimée à huit cent mille pas. Ainsi le circuit de toute l’île est de vingt fois cent mille pas.

De tous les peuples bretons, les plus civilisés sont, sans contredit, ceux qui habitent le pays de Cantium, région toute maritime et dont les moeurs diffèrent peu de celles des Gaulois. La plupart des peuples de l’intérieur négligent l’agriculture ; ils vivent de lait et de chair et se couvrent de peaux. Tous les Bretons se teignent avec du pastel, ce qui leur donne une couleur azurée et rend leur aspect horrible dans les combats. Ils portent leurs cheveux longs, et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure. Les femmes y sont en commun entre dix ou douze, surtout entre les frères, les pères et les fils. Quand il naît des enfants, ils appartiennent à celui qui le premier a introduit la mère dans la famille.

Combats

Les cavaliers ennemis avec leurs chariots de guerre attaquèrent vivement dans sa marche notre cavalerie, qui fut partout victorieuse et les repoussa dans les bois et sur les collines ; mais, après avoir tué un grand nombre d’ennemis, son ardeur à en poursuivre les restes lui coûta quelques pertes. Peu de temps après, comme les nôtres ne s’attendaient à rien et travaillaient au retranchement du camp, les Bretons, s’élançant tout à coup de leurs forêts et fondant sur la garde du camp, l’attaquèrent vigoureusement.

César envoie pour la soutenir deux cohortes, qui étaient les premières de leurs légions ; comme elles avaient laissé entre elles un très petit espace, l’ennemi, profitant de leur étonnement à la vue de ce nouveau genre de combat, se précipite avec audace dans l’intervalle et échappe sans perte. ( Q. Labérius Durus, tribun militaire, fut tué dans cette action. Plusieurs autres cohortes envoyées contre les Barbares les repoussèrent.

La tactique des Bretons

Ce combat, d’un genre si nouveau, livré sous les yeux de toute l’armée et devant le camp, fit comprendre que la pesanteur des armes de nos soldats, en les empêchant de suivre l’ennemi dans sa retraite et en leur faisant craindre de s’éloigner de leurs drapeaux, les rendait moins propres à une guerre de cette nature. La cavalerie combattait aussi avec désavantage, en ce que les Barbares, feignant souvent de se retirer, l’attiraient loin des légions, et, sautant alors de leurs chars, lui livraient à pied un combat inégal ; or, cette sorte d’engagement était pour nos cavaliers aussi dangereuse dans la retraite que dans l’attaque. En outre, les Bretons ne combattaient jamais en masse mais par troupes séparées et à de grands intervalles, et disposaient des corps de réserve, destinés à les recueillir, et à remplacer par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées.

Victoire romaine

Le jour suivant, les ennemis prirent position loin du camp, sur des collines ; ils ne se montrèrent qu’en petit nombre et escarmouchèrent contre notre cavalerie plus mollement que la veille. Mais, vers le milieu du jour, César ayant envoyé au fourrage trois légions et toute la cavalerie sous les ordres du lieutenant Trébonius, ils fondirent subitement et de toutes parts sur les fourrageurs, peu éloignés de leurs drapeaux et de leurs légions.
Les nôtres, tombant vigoureusement sur eux, les repoussèrent ; la cavalerie, comptant sur l’appui des légions qu’elle voyait près d’elle, ne mit point de relâche dans sa poursuite, et en fit un grand carnage, sans leur laisser le temps ni de se rallier, ni de s’arrêter, ni de descendre des chars. Après cette déroute, les secours qui leur étaient venus de tous côtés, se retirèrent ; et depuis ils n’essayèrent plus de nous opposer de grandes forces.

Passage de la Tamise

César, ayant pénétré leur dessein, se dirigea vers la Tamise sur le territoire de Cassivellaunos. Ce fleuve n’est guéable que dans un seul endroit, encore le passage est-il difficile. Arrivé là, il vit l’ennemi en forces, rangé sur l’autre rive. Cette rive était défendue par une palissade de pieux aigus ; d’autres pieux du même genre étaient enfoncés dans le lit du fleuve et cachés sous l’eau.

Instruit de ces dispositions par des prisonniers et des transfuges, César envoya en avant la cavalerie, qu’il fit immédiatement suivre par les légions. Les soldats s’y portèrent avec tant d’ardeur et d’impétuosité, quoique leur tête seule fût hors de l’eau, que les ennemis ne pouvant soutenir le choc des légions et de la cavalerie, abandonnèrent le rivage et prirent la fuite.

Campagne contre Cassivellaunos

Cassivellaunos, comme nous l’avons dit plus haut, désespérant de nous vaincre en bataille rangée, renvoya la plus grande partie de ses troupes, ne garda guère que quatre mille hommes montés sur des chars, et se borna à observer notre marche, se tenant à quelque distance de notre route, se cachant dans les lieux de difficile accès et dans les bois, faisant retirer dans les forêts le bétail et les habitants des pays par lesquels il savait que nous devions passer. Puis, lorsque nos cavaliers s’aventuraient dans des campagnes éloignées pour fourrager et butiner, il sortait des bois avec ses chariots armés, par tous les chemins et sentiers qui lui étaient bien connus, et mettait en grand péril notre cavalerie, que la crainte de ces attaques empêchait de se répandre au loin. II ne restait à César d’autre parti à prendre que de ne plus permettre à la cavalerie de trop s’éloigner des légions, et que de porter la dévastation et l’incendie aussi loin que pouvaient le permettre la fatigue et la marche des légionnaires.

Cependant des députés sont envoyés à César par les Trinovantes, l’un des plus puissants peuples de ce pays, patrie du jeune Mandubracios, qui s’était mis sous la protection de César, et était venu en Gaule se réfugier près de lui, afin d’éviter par la fuite le sort de son père, qui régnait sur ce peuple et que Cassivellaunos avait tué. Ils offrent de se rendre à lui et de lui obéir, le priant de protéger Mandubracios contre les outrages de Cassivellaunos, et de le renvoyer parmi les siens pour qu’il devienne leur chef et leur roi. César exige d’eux quarante otages, des vivres pour l’armée, et leur envoie Mandubracios. Ils s’empressèrent d’exécuter ces ordres et livrèrent avec les vivres le nombre d’otages exigé.

Voyant les Trinovantes protégés, et à l’abri de toute violence de la part des soldats, les Cénimagnes, les Ségontiaques, les Ancalites, les Bibroques, les Casses, députèrent à César pour se soumettre à lui. II apprit d’eux que la place où s’était retiré Cassivellaunos était à peu de distance, qu’elle était défendue par des bois et des marais, et renfermait un assez grand nombre d’hommes et de bestiaux. Les Bretons donnent le nom de place forte à un bois épais qu’ils ont entouré d’un rempart et d’un fossé et qui est leur retraite accoutumée contre les incursions de l’ennemi. César y mène les légions : il trouve le lieu parfaitement défendu par la nature et par l’art. Cependant il essaie de l’attaquer sur deux points.

Les ennemis, après quelque résistance, ne purent supporter le choc de nos soldats et s’enfuirent par une autre partie de la place. On y trouva beaucoup de bétail, et un grand nombre de Barbares furent pris ou tués dans leur fuite.

Il se soumet

Tandis qu’en cet endroit les choses se passaient ainsi, Cassivellaunos avait envoyé des messagers dans le Cantium, situé, comme nous l’avons dit, sur les bords de la mer, aux quatre chefs de cette contrée, à Cingétorix, Carvilios, Taximagulos, Ségovax, leur ordonnant de, rassembler toutes leurs troupes, et d’attaquer à l’improviste le camp qui renfermait nos vaisseaux.

À peine y furent-ils arrivés, que les nôtres firent une sortie, en tuèrent un grand nombre, prirent en outre un de leurs principaux chefs, Lugotorix, et rentrèrent sans perte dans le camp. À la nouvelle de cette défaite, Cassivellaunos, découragé par tant de revers, voyant son territoire ravagé, et accablé surtout par la défection de plusieurs peuples, fit offrir sa soumission à César par l’entremise de l’Atrébate Commios. César, qui voulait passer l’hiver sur le continent, à cause des révoltes subites de la Gaule, voyant que l’été touchait à sa fin, et sentant que l’affaire pouvait traîner en longueur, exigea des otages et fixa le tribut que la Bretagne paierait chaque année au peuple romain. Il interdit expressément à Cassivellaunos tout acte d’hostilité contre Mandubracios et les Trinovantes.

Retour en Gaule

Après avoir reçu les otages, il ramena l’armée sur la côte, trouva les vaisseaux réparés, et les fit mettre à flot. Comme il avait un grand nombre de prisonniers et que plusieurs vaisseaux avaient péri par la tempête, il résolut de faire repasser en deux transports les troupes sur le continent. Une chose remarquable c’est que de tant de navires qui firent plusieurs fois le trajet cette année et la précédente, aucun de ceux qui portaient des soldats ne périt ; mais de ceux qui revenaient à vide de la Gaule, après y avoir déposé les soldats du premier transport, ainsi que des soixante navires construits par les soins de Labiénus, très peu abordèrent à leur destination ; presque tous furent rejetés sur la côte. César, après les avoir vainement attendus quelque temps, craignant que la saison ne l’empêchât de tenir la mer, à cause de l’approche de l’équinoxe, fut contraint d’entasser ses soldats. Par un grand calme, il leva l’ancre au commencement de la seconde veille, prit terre au point du jour, et vit tous les vaisseaux arriver à bon port.


sources :"La guerre des Gaules " Jules César cette traduction française est celle de la Collection Nisard : Salluste, Jules César, C. Velléius Paterculus et A. Florus : oeuvres complètes, Paris, 1865

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