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Les journalistes se trompent

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Pendant la première quinzaine de l’offensive, les communistes subirent de lourdes pertes : 32 000 morts environ, plus 5 800 prisonniers, soit près de la moitié des troupes engagées activement. L’ARVN ne perdit que 2 800 hommes, les Américains un millier. Il n’y eut qu’à Huê que les attaquants occupèrent leurs objectifs pendant un temps appréciable : cela explique peut-être pourquoi les Nord-Vietnamiens ne purent faire donner les réserves pour exploiter les succès. Bien que souvent inférieurs en nombre à cause des permissions accordées pour les fêtes, les miliciens et les réguliers sud-vietnamiens qui soutinrent le choc du combat jouèrent leur rôle avec efficacité et courage. Nulle part, on ne vit quoi que ce fût qui ressemblât, même de loin, à un soulèvement du peuple contre le gouvernement de Saigon. Pour les officiels américains, tout cela mis ensemble aboutissait à une sévère défaite des communistes.
Mais telle ne fut pas l’impression donnée par les kilomètres de copie et de films de télévision produits par les reporters américains. Comme l’un d’eux, Peter Braestrup, alors correspondant du Washington Post, devait le noter neuf ans plus tard dans une étude extrêmement documentée : « Le journalisme contemporain s’est rarement révélé, rétrospectivement, avoir si largement tourné le dos à la réalité ».

Hormis la pression du temps qui. presque inévitablement, tend à susciter les erreurs journalistiques, il y eut à cette méconnaissance une autre cause. Ayant oublié, ou n’ayant pas tenu compte des quelques avertissements officiels concernant la préparation probable par l’ennemi d’une opération de grande envergure, les journalistes rappelèrent plutôt les déclarations optimistes du Président pendant la campagne d’automne. Westmoreland n’avait-il pas prévu que les retraits américains commenceraient en 1969 ? Cela paraissait de la pure folie aux journalistes, qui voyaient le Sud Vietnam comme le théâtre d’un carnage, écrasé sous les coups de l’ennemi — bien que, comme la chose se vérifia, les retraits débutèrent effectivement en 1969. Bien peu de journalistes et de commentateurs de télévision possédaient une expérience du combat ou avaient étudié l’histoire militaire. Pour eux, l’offensive du Têt représenta un choc incroyable, un désastre éclatant, une défaite américaine et sud-vietnamienne évidente ! Aucun d’eux ne pensa à établir un parallèle avec d’autres guerres, au cours desquelles le perdant monta une superbe attaque surprise, comme l’Allemagne en 1918 et à la fin de 1944. Définitivement sceptiques, ils étaient décidés à dévoiler les subterfuges et les chicaneries qu’ils voyaient derrière les déclarations optimistes de l’administration Johnson. Ce n’était pas une conspiration, c’était une simple réaction de groupe fondée sur des préventions partagées et des incompréhensions. Mais le résultat était presque le même...
Les dégâts opérés dans les cités, légers par rapport à ceux des première et deuxième gerres mondiales, parurent épouvantables à la plupart des journalistes ! Les caméras de télévision, braquées sur un pâté de maisons sévèrement endommagé, arrivaient à donner l’impression que la ville entière n’était que ruines. Un journaliste rapporta les propos tenus par un major anonyme de l’US Army dans la ville de Ben Tre, dont un quart avait lourdement souffert : « Il devint nécessaire de détruire la ville pour pouvoir la sauver ». Cela tourna au leitmotiv — et les responsables de pareilles dévastations n’étaient jamais les communistes, qui avaient porté la guerre à l’intérieur des villes, mais les Américains et les Sud-Vietnamiens, avec leur artillerie et leur aviation. Les civiles tués (quelque 7 000) et les réfugiés (près de 700 000), tristes victimes des combats, eurent l’honneur des gros titres, mais pas les 5 000 et quelques civils systématiquement torturés et exécutés par les communistes à Hué et ailleurs... Quant à la véritable sympathie pour le sort des civils sans abri, manquant de nourriture, elle vint du gouvernement de la République de Chine (Taiwan), qui envoya immédiatement une aide matérielle en plus de son assistance militaire (au maximum 31 conseillers), et des gouvernements de deux autres pays non engagés dans cette guerre, le Canada et la Norvège.
Des reporters prétendirent que le palais impérial de Huê était totalement détruit : en fait, les dommages étaient superficiels. Saigon, qui n’avait que légèrement souffert, fut présentée à la télévision comme une ruine fumante. Et l’indignation éclata dans le monde entier à la publication des photographies prises par Eddie Adams de l’Associated Press et montrant un prisonnier vietcong, en vêtements civils, exécuté au revolver, à bout portant, par le général de brigade Nguyen Ngoc Loan, chef des forces de police de Saigon.


sources Connaissance de l’histoire Hachette1983

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