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Les continuations

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Il faut rendre justice à ces textes, trop peu connus, qui ont voulu prendre la suite de Chrétien de Troyes et que l’on appelle les Continuations Perceval. La première est représentée dans ce volume par un récit d’une grande cohérence qui relate la naissance et l’aventure magique du héros Caradoc (Le Livre de Caradoc). Pour la diffusion et la structure de la légende, les Continuations sont d’une grande importance. De la Première Continuation qui date de la fin du 12e ou du début du 13e siècle, il faut savoir qu’elle suit le personnage de Gauvain et comporte des versions différentes, une version longue et une version courte, la plus longue d’environ 12000 vers. Il en est de même pour la Seconde Continuation qui concerne Perceval (13000 vers) et qui a dû être rédigée sous l’autorité de Wauchier de Denain, clerc à la cour de Flandre. La Troisième Continuation attribuée à Manessier, vers 1230, termine l’histoire de Perceval qui succède au Roi Pêcheur - la Quatrième Continuation, qui date du deuxième quart du 13e siècle, attribuée à Gerbert de Montreuil, n’a pas mené à son terme l’aventure du Graal. Ces deux dernières Continuations orientent le motif du Graal dans un sens nettement religieux et témoignent de la christianisation progressive de l’aventure singulière. Une étape importante sera franchie par Robert de Boron, chez qui le Graal est véritablement christianisé : il rassemble en un projet d’ensemble les éléments souvent groupés déjà dans le passé, qui s’intègrent ici dans une intention explicative très ample. Chez Robert de Boron la cour du roi Arthur a été voulue par Merlin, maître du temps et agent de Dieu ; le Graal est devenu une relique, le plat de la dernière Cène, et le récipient dans lequel Joseph d’Arimathie a recueilli le sang du Christ, Clerc de grande culture, Robert de Boron a certainement lu Wace et Chrétien, et probablement, certains historiographes. Comme auteur, il est difficile cependant de le cerner : on lui a attribué l’ Estoire dou Graal qui relate l’origine biblique du Graal et l’arrivée de Joseph d’Arimathie avec la relique à Glastonbury. A sa suite son fils Joséphé devient le gardien du Graal. De son Merlin, cinq cents vers seulement sont conservés ; en revanche une version en prose nous est restée. Quant à son Perceval, dont la version en vers, est perdue, il nous est connu par deux manuscrits en prose que l’on appelle le Didot-Perceval et Perceval de Modène.
Les mises en prose de Robert de Boron ont été effectuées vers 1200-1210, ce qu’attestent plusieurs manuscrits de l’époque. Or le phénomène important est l’usage de la prose. Grâce à cette forme nouvelle, la matière du Graal se trouve authentifiée : comme la prose servait auparavant une fonction grave - traduction ou commentaire de textes sacrés - il est significatif qu’elle vienne ici valoriser ce qui est raconté, apporter au récit un crédit qui favorisera la diffusion de la légende arthurienne. Dès lors il se crée même une relation étroite entre prose et récit du Graal, à tel point que si les Continuations de Perceval sont encore en vers, à partir du 13e siècle chaque nouvelle version d’un récit sur le Graal sera en prose.

Si au 13e siècle le roman en vers fait une large place à Gauvain, qui devient le héros central de sept récits qui s’attachent à ses aventures, ce héros, dans le roman en prose n’est qu’un personnage ,secondaire. Dans La Quête du Saint Graal, Gauvain souffre en effet d’un jugement de valeur : il est exclu de la quête, étant trop attaché aux valeurs " terriennes " : " Gauvain, lui dit l’ermite, voici bien longtemps que tu es chevalier et durant tout ce temps tu n’as guère servi ton Créateur. Tu es un vieil arbre qui ne porte plus ni fleur ni fruit. Fais donc en sorte que Notre-Seigneur ait au moins de, toi l’écorce et la moelle puisque le Diable a eu la fleur et le fruit. " C’est dire qu’il apparaîtra peu dans les proses qui témoignent d’un projet spirituel. Loin d’être un simple outil formel, la prose démontre ainsi qu’elle illustre un choix d’intentions : elle prendra pour personnages principaux Perceval, Lancelot et son fils Galaad, marquant quel est son propos essentiel par rapport aux récits en vers, l’élaboration d’un univers romanesque soucieux de son origine et de ses fins, qui s’intéresse par suite à l’inscription dans le temps de tous les récits préexistants. Au 13e siècle les textes en vers resteront cependant nombreux. Signe des temps - après les Continuations le Graal y sera peu à peu abandonné. Arthur et Lancelot semblent moins importants ; en revanche les romans privilégient Gauvain, tantôt à travers l’exaltation des Vertus courtoises, tantôt comme personnage - décidément bien futile.
Dans le domaine de la prose, entre 1215 et 1235, un grand ensemble est élaboré en cinq parties dont voici l’ordre de composition : le Lancelot, La Quête du Saint Graal, La Mort le roi Artu, auxquelles sont venues s’ajouter L’Estoire del Saint Graal et L’Estoire Merlin qui ne sont pas celles de Robert de Boron. Le Lancelot, dit Lancelot-propre constitue la moitié de ce très vaste ensemble ; il relate l’histoire de Lancelot : son origine, sa jeunesse, son arrivée à la. cour d’Arthur, l’inclination naissante pour Guenièvre, l’amitié de Galehaut, l’épisode de là fausse Guenièvre, les quêtes entreprises par divers chevaliers dont Gauvain, pour retrouver Lancelot puis les aventures d’Agravain frère de Gauvain, la conception de Galaad, à l’insu de Lancelot même, dans le château du roi Pellés, et vers la fin de cet ensemble, le jeune Perceval se joint aux personnages principaux. La Quête du Saint Graal est spécifiquement consacrée à la quête de l’objet mythique, qui apparaît au cours de la Pentecôte. Les chevaliers décident alors d’entreprendre leur quête. Si Lancelot Bohort, Perceval et Galaad n’aperçoit que très rapidement le Graal, partent sur la nef. de Salomon, et arrivent, au pays de Sarras où Galaad voit les secrets ultimes du Graal. Seul Bohort reviendra à Camaalot pour relater les événements prodigieux. Le récit, d’une facture admirable, très moderne par l’abondance des songes qui cherchent une élucidation, est tout imprégné d’esprit cistercien. Le dernier récit de l’ensemble est La Mort le roi Artu - dont une autre version, celle de Robert de Boron, plus succinte, conclut dans ce volume Merlin et Arthur : le Graal et le royaume - se consacre au crépuscule de l’univers de la Table Ronde.
Les amours de Guenièvre et de Lancelot sont désormais connues et condamnées. Par la perfidie de Morgain, Arthur en a la funeste révélation. Lancelot et Gauvain s’affrontent. Depuis la mort du Christ jusqu’à l’effondrement arthurien - la belle architecture se conclut par la bataille de Salesbières où Mordret, le fils bâtard, porte à Arthur son père le coup dont il mourra.
Ce grand cycle en prose sera pour les remanieurs qui vont suivre un grand réservoir de récits. Il s’attache en effet à une temporalité ample et féconde, depuis les origines dans l’Ecriture sainte, depuis l’histoire de Joseph d’Arimathie jusqu’au premier roi du Graal à Corbénic, de la naissance de Merlin jusqu’à la conception d’Arthur. A travers la création, de la Table Ronde par Merlin, il suit la marche progressive vers la dégradation du monde arthurien.
La fortune de l’histoire de Tristan est parallèle à ces créations c’est à la même époque que naît un Tristan en prose, dont il existe une version courte et une version longue qui intégrera Tristan au monde arthurien.

Parallèlement se poursuit la création de récits en vers, dont beaucoup, on l’a vu, ont pris Gauvain pour personnage central ou l’un de ses proches - son fils par exemple qui est Guinglain, dans Le Bel Inconnu, ou d’autres personnages, liés d’une façon ou d’une autre au monde arthurien. Ainsi Méraugis est un fils naturel du roi Marc de Cornouailles (Méraugis de Portlesguez), Yder roi de Cornouailles (Le Roman d’Yder), Mériadeuc (Le Chevalier aux deux épées), Gliglois un proche de Gauvain (Gliglois), Durmart fîls du roi de Galles et de Danemark (Durmart le Gallois), Fergus fils d’un " riche vilain " et d’une mère noble (Le Roman de Fergus). De longs récits seront composés en vers, tel Claris et Laris, qui témoignent que le goût du public n’était pas encore désenchanté. Dans le domaine provençal la présence d’éléments arthuriens est attestée par Le Roman de Jaufté et par Blandin de Cornouaille. Pour les temps qui vont suivre, la légende arthurienne fournira à là société médiévale - qu’il s’agisse de la grande noblesse, de la moyenne ou petite noblesse ou du patriciat - des fantasmes d’identification. Les pratiques sociales intègrent les personnages et les rituels de la Table Ronde. Durant la première moitié du 14e siècle, Le Roman de Perceforest et, durant la seconde moitié de ce siècle, le long roman de Froissart Méliador, Le Roman d’Isaie le Triste et, plus tard encore, Le Chevalier au Papegau, témoignent de la vitalité de la légende.
Durant le Moyen Age dit finissant, période non de déclin mais de distance apaisée avec les héritages, la survivance de la matière de Bretagne est tout à fait intéressante chez l’auteur des Chroniques et des Dits : Froissart nous livre ce qui a bien été le dernier roman arthurien en vers- Et d’une façon originales par une distance critique et un type d’écriture que l’on a dit " déceptive " : le cadre arthurien est repris, mais l’écrivain s’en affranchit et prend de l’audace vis-à-vis de sa matière. Ainsi il sait créer des "indices" qui semblent annoncer une séquence tirée de la tradition, mais cette attente est gommée, forme de suspense, qui témoigne d’un art fort savant ; La chasse au cerf ne débouche pas sur le merveilleux attendu. Froissart réécrit de façon ludique, avec une conscience délibérément affirmée des pouvoirs de l’écrivain. Un point tout à fait intéressant pour la temporalité de ces récits : le Méliador aussi bien que Le Chevalier au Papegau - et dans ce dernier cas le stratagème est subtil, puisque le héros du récit est Arthur lui-même - situent la fiction avant les grands exploits de la Table Ronde, avant même qu’on ait entendu parler de Merlin, disent quelques vers du Méliador, tout au début du règne et avant le mariage avec Guenièvre, disent les premières lignes du Chevalier au Papegau. Des questions sur la transmission de la légende resteront, hélas, sans réponse : la belle floraison des textes a été léguée : par de nombreux manuscrits, mais le Moyen Age est une longue époque aux témoignages lacunaires. Ainsi on ne sera jamais en mesure de connaître une information complète sur les commandes de manuscrits, leur élaboration, leurs différentes versions, sur un flux que l’on a tenté de cerner, que l’on a bien souvent été condamné à imaginer. Le monde de l’imprimé, qui donne stabilité. aux matières narratives, rendra justice à la mémoire de ces textes. Il ne faut pas négliger cette, transmission de l’art nouveau qui prospère pour les récits à partir de 1480 Ce sont des preuves matérielles d’un goût prononcé pour les romans de la Table Ronde : le Lancelot en prose (Le Lancelot propre, La Quête du Saint Graal, La Mort le roi Artu) est imprimé huit fois entre 1488 et 1591 ; de même l’Histoire de Merlin et les Prophéties de Merlin entre 1498 et 1528, et le Tristan en prose entre 1489 et 1533. Le Roman de Jaufré sera imprimé trois fois dans sa version en prose française ; on a imprimé une mise en prose du Bel Inconnu, deux éditions de Perlesvaus en 1514-16 et 1523, deux de Perceforest en 1528 et 1531-32, une édition en 1530 de Perceval le Gallois, qui est une version en prose du roman de Chrétien de Troyes. C’est le milieu des imprimeurs dans les grands centres de diffusion du livre de l’époque, à Paris et à Lyon, à Rouen aussi, qui témoigne ainsi de son activité. " Plusieurs milliers de volumes consacrés à la légende arthurienne furent imprimés et vendus au public avant 1600. " Les romans de la Table Ronde ont été lus et appréciés au temps de l’Humanisme : les inventaires de bibliothèques privées ont laissé leurs preuves. Si les récits arthuriens ne sont pas passés à l’édition populaire, et si Montaigne en partait avec condescendance (" tel fatras de livres à quoy l’enfance s’amuse... "), l’accueil a été plus que bienveillant auprès des grands lettres de l’époque, qui ont au moins su y voir l’ingéniosité des procédés narratifs.

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