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Le rôle de Weygand

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Au moment où les forces de Toukhatchevski atteignaient la Bug les 22 et 23 juillet, la résistance polonaise commença à se durcir.

Les Français, qui avaient toujours maintenu en Pologne une importante mission militaire, parfaitement bien informée, avait l’impression que Pilsudski se désintéressait en quelque sorte du désastre militaire.

Leur conviction était que celui-ci était davantage soucieux de se maintenir en tant que chef d’Etat que de faire la guerre : il avait confié la conduite de la longue retraite au jeune directeur du Troisième Bureau polonais (l’équivalent du Directeur des Opérations militaires), un officier de 28 ans, nommé Stackiewicz. A cette occasion cependant, Stackiewicz avait fait un joli travail en ramenant jusqu’à la Bug l’armée polonaise relativement peu affaiblie.

Les Français ne se laissèrent pas impressionner et, soutenus par les Britanniques, ils mirent tout en oeuvre pour que les Polonais acceptent le général Weygand comme commandant en chef de facto de leur armée.

Bien qu’ayant refusé un rang officiel et un titre dans l’armée polonaise,Weygand avait à plusieurs reprises tenté d’obtenir des Polonais qu’ils le prennent comme conseiller militaire et le laissent accéder à leurs rapports secrets. N’était-il pas, après tout, un chef d’état-major prestigieux, au passé glorieux et, avec l’aide de Radcliffe, n’était-il pas en mesure d’aider les Polonais à sauver quelque chose du naufrage ?

Les Polonais eux-mêmes étaient bien obligés de tenir quelque peu compte des conseils alliés dans l’espoir de recevoir davantage de ravitaillement ; mais, ne supportant aucune rêne étrangère, ils s’efforcèrent d’exclure Weygand de toute décision ayant une portée réelle.

Début août, Pisuldski commença à s’intéresser de plus près à la guerre. C’était un homme complexe - un romantique et un rêveur mais aussi un soldat peu orthodoxe et audacieux. Jusque fin juillet, il avait pu croire que les Russes avaient attaqué simplement pour reconquérir les provinces limitrophes gagnées par la Pologne en 1919.

Le 27 juillet, il déclarait à Radcliffe que les Soviétiques n’oseraient pas franchir la ligne Curzon (ligne de démarcation proposée le 10 juillet par les Britanniques comme frontière orientale de la Pologne) par crainte d’une nouvelle intervention franco-britannique.

En août, il était évident non seulement qu’ils l’avaient dépassée mais aussi qu’ils considéraient Varsovie comme une simple étape avant l’invasion et la bolchévisation de l’Allemagne. En fait Toukhatchevski avait en tête l’idée extravagante d’une offensive qui submergerait l’Europe. Pilsudski se réveilla mais jugea que le désastre était trop important pour être réparé. Weygand insistait, au contraire, pour que les Polonais résistent et stoppent les Bolchévistes le long de la Bug.

Mais, le 1" août, Brest-Litovsk tomba prématurément aux mains de la XVI’ armée et des communistes locaux qui s’emparèrent des centrales téléphoniques. Varsovie, à 210 km serait le prochain objectif.

Pilsudski comprit qu’il ne pouvait perdre la capitale, celle-ci abritant l’essentiel du matériel de guerre et des approvisionnements.
Il lui fallait lancer une contre-offensive avec des troupes fraîches - or, ces troupes, il ne les avait pas. Cherchant désespérément une solution, Pilsudski dut se résigner à accepter certaines idées de Weygand. Dès son arrivée, Weygand n’avait cessé de souligner l’importance du front nord, insistant tant et plus pour que soient rapatriées au nord quelques-unes des troupes qui faisaient face à la Konarmiya de Boudienny.

Les Polonais se refusaient à céder un pouce de terrain au sud, où la population n’était pas polonaise à cent pour cent ; ils savaient bien, en effet, que ce territoire, s’il était perdu, serait très difficile à reconquérir aux termes d’un quelconque traité de paix.
Mais Weygand voyait bien que la guerre se déciderait au nord. Le 3 août il insista à nouveau calmement sur ce point, ce qui provoqua une dispute enflammée avec le chef d’état-major polonais, le général Rozwadowski.

Celui-ci soutenait que la manoeuvre était impossible, car l’armée polonaise était mal préparée, mal entraînée et peu équipée : « Laissez Weygand faire mon travail ; il trouvera l’armée polonaise très différente de celle dont il a l’habitude et il se heurtera à des problèmes plus délicats. »
Pendant ce temps, Toukhatcheveski faisait ses plans pour enlever Varsovie. Il espérait enfin y prendre au piège l’insaisissable armée polonaise et la détruire avant de continuer vers l’Allemagne.

Le 8 août, il donna ses instructions. Les IIP, IV’ et XV’ armées (74 000 hommes) devaient opérer un crochet au nord (avec inévitablement à leur tête le Kavkor fort de 4 700 hommes), dépasser les défenses nord de Varsovie et franchir la basse Vistule avant d’amorcer un mouvement tournant et de l’encercler.

La XVI’ armée (20 700 hommes) marcherait sur la capitale par l’est, ne laissant pour se couvrir le long de la basse Vistule qu’une faible flanc-garde constituée par le groupe de Mosyr fort de 8 000 hommes. Toukhatchevski n’était pas inquiet pour son flanc.
Les Polonais, pensait-il, étaient déjà battus. A sa demande, le Haut Commandement soviétique lui confia le contrôle de la Konarmiya et de la XII’ armée, détachée depuis le 14 avril des troupes d’Alexandre I. Yegorov.

Mais rien n’indiquait que Toukhatchevski ait eu l’intention d’utiliser la menace de la Konarmiya pour immobiliser les forces polonaises tandis qu’il donnait l’assaut à Varsovie. Il continuait simplement à avancer, suprêmement confiant : l’armée polonaise était déjà battue et le flanc russe ne serait exposé que pendant quelques jours sans importances.


sources mensuel Connaissance de l’Histoire 1977 1982 Hachette

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