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Le génocide arménien

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Lorsque l’on parle de génocide du XXe siècle, la Shoah attire toute l’attention. Et pourtant, en 1915, alors que les hommes s’entre-tuaient au front, la Turquie assassina plus d’un million d’Arméniens par peur de traîtrise. Était-ce vrai, ou n’y avait-il pas d’autres « raisons » pour conduire un pays à tuer tout un peuple ? Comment un génocide peut-il rester ainsi sous silence ?

Une histoire d’empire

Après un coup d’état en Turquie en 1913, les Jeunes-Turcs veulent couper leur pays de l’Empire ottoman, lassés du régime autocratique. En janvier 1914, les grandes puissances comme la Russie exercent des pressions sur le Sultan pour qu’il signe la « réforme d’Arménie », qui devrait cesser les persécutions des Arméniens – ils subissent des pogroms. Cette même année, l’empire entre en guerre aux côtés de l’Allemagne.
La langue aussi différait des Turcs. Les Arméniens faisaient partie de l’empire ottoman en 1914, mais ils n’avaient pas de pays à proprement parler. La langue marquait déjà une distance entre les Turcs et les Arméniens, qui ont rarement été indépendants. Que ce soit par les Romains, les Perses, les Arabes ou les Turcs, l’Arménie semble avoir été toujours occupée. Mais elle semblait surtout se rapprocher des Russes, s’éloignant un peu plus de l’Empire ottoman duquel elle faisait encore partie. L’Empire ottoman était du côté de l’Allemagne durant la Grande Guerre, tandis que la Russie était du côté de la France.

Une histoire de religion

La Russie est en guerre contre l’Allemagne. Les Turcs doutent de la loyauté des Arméniens, qui sont chrétiens alors que les Turcs sont musulmans. Ils craignent que les Arméniens ne s’allient avec la Russie orthodoxe, qui de plus est à proximité, et qu’ils soient trahis par eux. Alors la solution fut de les éliminer, car ils étaient la minorité.
Dès 1908, il y a de nouveau pogroms pour « turquiser » et faire pression pour que les Arméniens partent. Au printemps 1915, Van est perdue par les Ottomans à cause de l’avancée russe, ce qui déclenche un soulèvement : si les Russes prennent la main, alors il y aura un renversement de pouvoir, et les Arméniens seront plus puissants que les Turcs. A ce moment, ils représentent une menace. Les Jeunes-Turcs, au pouvoir depuis 1908, souhaitent maintenir l’empire, mais voient les Chrétiens comme des ennemis de l’intérieur. En voulant créer l’Etat-nation, ils passeront par les déportations et les meurtres des Arméniens.
« En réalité, il y a là l’éternel conflit entre chrétiens et musulmans » affirme Paul Cambon dans une correspondance. Il y avait beaucoup d’Arméniens orthodoxes, catholiques, et même protestants. En plus de la langue, la religion différait entre deux peuples dans un même empire.

Une histoire de génocide

Les policiers ont commencé par traquer les activistes arméniens, puis Djemal Pacha met en place la déportation des Arméniens en février 1915. Comme leurs conditions sont désastreuses, les Arméniens de Van se révoltent le 20 avril, mais rien à faire, car c’est ce que cherchaient les Jeunes-Turcs pour donner une raison à leurs agissements.
Le 14 avril, ils raflent des centaines d’Arméniens à Istanbul, puis ils sont emmenés, entre le 19 mai et le 29 août, vers la Mésopotamie. On les transporte en train, comme le seront les Juifs durant la Shoah. Il n’y a pas d’eau, ni rien d’autre. Après le voyage, qui commet déjà de nombreux morts, les survivants sont lâchés dans le désert, alors fortement affaiblis. Les Jeunes-Turcs justifient leur acte en prétendant que c’est la faute des Arméniens s’ils ont perdu la région de Van, car ils y étaient regroupés majoritairement.
Les marches de la mort, comme celles des détenus en 1944, achèvent les Arméniens qui ont survécu au train. Puis ils arrivent dans des camps faits pour y mourir de faim et de maladie.

Qu’en est-il du devoir de mémoire ?

Aujourd’hui encore, la Turquie ne reconnaît pas le génocide, ainsi que d’autres pays, comme Israël. La corruption semble avoir duré plus longtemps que prévu. Maintenant, ce sont les personnes touchées par cet épisode de l’Histoire qui tentent de le faire reconnaître, et réclament la demande de pardon, pour un peuple qui n’existe plus. L’obtiendront-ils un jour ?
En 1918, une République arménienne (avec le peu qui reste) est créée, et elle deviendra une République socialiste soviétique en 1920.
L’Arménie a réclamé son indépendance en 1991. Aujourd’hui encore, la Turquie ne reconnaît pas le génocide. Les Jeunes-Turcs étaient les héros de ce pays, ils sont sa gloire, son orgueil et sa fierté. Leur belle image qu’ils portent ne peut pas être anéantie… même s’il s’agit d’un million et demi de morts.


SOURCES : Les collections de l’histoire, n°48-85
L’Histoire, n°341

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