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La vie de Jules César par Plutarque - 2e partie

, par

Présentation

- XIX. Sa sobriété.
- XX. Première guerre de César dans les Gaules.
- XXI. Seconde guerre contre Ariovistus. Il remporte sur lui une victoire complète.
- XXII. Défaite des Belges.
- XXIII. Il taille en pièces les Nerviens.
- XXIV. Le gouvernement des Gaules lui est confié pour cinq ans. - XXV. II fait la guerre aux Uspiens et aux Tenchtères. II ravage les terres au-delà du Rhin.
- XXVI. Son expédition en Angleterre.
- XXVII. Soulèvement de la Gaule. César y retourne, et défait Ambiorix.
- XXVIII. Vercingentorix se soulève.
- XXIX César l’oblige de se renfermer dans la ville d’Alésia, dont il fait le siége.
- XXX. Il bat une grand armée venue au secours des assiégés. Vercingentorix se rend à lui.
- XXXI. Commencement des divisions de César et de Pompée. Pompée nommé seul consul.
- XXXII. César fait demander le consulat et la prolongation de son gouvernement.
- XXXIII. Erreur de Pompée sur les dispositions des troupes envers César.
- XXXIV. César offre de quitter les armes, si Pompée veut les quitter aussi.
- XXXV. II se réduit à demander le gouvernement de la Gaule cisalpine.
- XXXVI. Il part pour se rendre à Ariminium.
- XXXVII. II s’en empare.
- XXXVIII. Effroi que cette nouvelle répand dans Rome.
- XXXIX. Pompée s’enfuit de Rome.

Extrait : La bataille d’Alésia

Le plus grand nombre de ceux qui s’étaient sauvés par la fuite se renfermèrent avec leur roi dans la ville d’Alésia. César alla sur-le-champ l’assiéger, quoique la hauteur de ses murailles et la multitude des troupes qui la défendaient la fissent regarder comme imprenable. Pendant ce siége, il se vit dans un danger dont on ne saurait donner une juste idée. Ce qu’il y avait de plus brave parmi toutes les nations de la Gaule , s’étant rassemblé au nombre de trois cent mille hommes, vint en armes au secours de la ville ; ceux qui étaient renfermés dans Alésia ne montaient pas à moins de soixante-dix mille. César, ainsi enfermé et assiégé entre deux armées si puissantes, fut obligé de se remparer de deux murailles , l’une contre ceux de la place, l’autre contre les troupes qui étaient venues au secours des assiégés : si ces deux armées avaient réuni leurs forces, c’en était fait de César. Aussi le péril extrême auquel il fut exposé devant Alésia lui acquit, à plus d’un titre, la gloire la mieux méritée ; c’est de tous ses exploits celui où il montra le plus d’audace et le plus d’habileté.

Texte

XIX. On cite un trait remarquable de sa simplicité dans la manière de vivre : Valérius Léo, son hôte à Milan , lui donnant un jour à souper, fit servir un plat d’asperges que l’on avait assaisonnées avec de l’huile de senteur, au lieu d’huile d’olive. Il en mangea sans avoir l’air de s’en apercevoir ; et ses amis s’en étant plaints, il leur en fit des reproches. « Ne devait-il pas vous suffire, leur dit-il, de n’en pas manger, si vous ne les trouviez pas bonnes ? Relever ce défaut de savoir-vivre, c’est ne pas savoir vivre soi-même. » Surpris, dans un de ses voyages, par un orage violent, il fut obligé de chercher une retraite dans la chaumière d’un pauvre homme, où il ne se trouva qu’une petite chambre, à peine suffisante pour une seule personne. « Il faut , dit-il à ses amis, céder aux grands les lieux les plus honorables ; mais les plus nécessaires, il faut les laisser aux plus malades. » Il fit coucher Oppius dans la chambre parce qu’il était incommodé, et il passa la nuit, avec ses autres amis, sous une couverture du toit en saillie.

XX. Les Helvétiens et les Tiguriniens furent les premiers peuples de la Gaule qu’il combattit. Après avoir eux-mêmes brûlé leurs douze villes et quatre cents villages de leur dépendance, ils s’avançaient pour traverser la partie des Gaules qui était soumise aux Romains, comme autrefois les Cimbres et les Teutons, à qui ils n’étaient inférieurs ni par leur audace, ni par leur multitude ; on en portait le nombre à trois cent mille hommes, dont quatre-vingt-dix mille étaient en âge de servir. Il ne marcha pas en personne contre les Tiguriniens ; ce fut Labiénus, un de ses lieutenants, qui les défit et les tailla en pièces sur les bords de 1’Arar. Il conduisait lui-même son corps d’armée dans une ville alliée ; lorsque les Helvétiens tombèrent sur lui sans qu’il s’y attendît.

Il fut obligé de gagner un lieu fort d’assiette, où il rassembla ses troupes et les mit en bataille. Lorsqu’on lui amena le cheval qu’il devait monter : « Je m’en servirai, dit-il, , après la victoire afin de poursuivre les ennemis ; maintenant marchons à eux ; » et il alla les charger à pied. Il lui en coûta beaucoup de temps et de peine pour enfoncer leurs bataillons ; et, après les avoir mis en déroute, il eut encore un plus grand combat à soutenir pour forcer leur camp : outre qu’ils y avaient fait, avec leurs chariots, un fort retranchement et que ceux qu’il avait rompus s’y étaient ralliés, leurs enfants et leurs femmes s’y défendirent avec le dernier acharnement ; ils se firent tous tailler en pièces, et le combat finit à peine au milieu de la nuit. II ajouta à l’éclat de cette victoire un succès plus glorieux encore : ce fut de réunir tous les Barbares qui avaient échappé au carnage ; de les faire retourner dans le pays qu’ils avaient abandonné, pour rétablir les villes qu’il avaient brûlées : ils étaient plus de cent mille. Son motif était d’empêcher que les Germains, voyant ce pays désert, ne passassent le Rhin pour s’y établir.

XXI. La seconde guerre qu’il entreprit eut pour objet de défendre les Celtes contre les Germains. Il avait fait , quelque temps avant, reconnaître à Rome Ariovistus, leur roi, pour ami et pour allié des Romains ; mais c’étaient des voisins insupportables pour les peuples que César avait soumis, et l’on ne pouvait douter qu’à la première occasion, peu contents de ce qu’ils possédaient, ils ne voulussent s’emparer du reste de la Gaule. César, s’étant aperçu que ses capitaines, les plus jeunes surtout et les plus nobles, qui ne l’avaient suivi que dans l’espoir de s’enrichir et de vivre dans le luxe, redoutaient cette nouvelle guerre ; les assembla et leur dit qu’ils pouvaient quitter le service ; que ; lâches et mous comme ils étaient, ils ne devaient pas, contre leur gré, s’exposer au péril. « Je n’ai besoin, ajouta-t-il, que de la dixième légion pour attaquer les Barbares, qui ne sont pas des ennemis plus redoutables que les Cimbres ; et je ne me crois pas inférieur à Marius. » La dixième légion, flattée de cette marque d’estime, lui députa quelques officiers pour lui témoigner sa reconnaissance ; les autres légions désavouèrent leurs capitaines ; et tous, également remplis d’ardeur et de zèle, le suivirent pendant plusieurs journées de chemin et campèrent à deux cents stades de l’ennemi. Leur arrivée rabattit beaucoup de l’audace d’Ariovistus. Loin de s’attendre à être attaqué par les Romains, il avait cru qu’ils n’oseraient pas soutenir la présence de ses troupes ; il fut étonné de la hardiesse de César et s’aperçut qu’elle avait jeté le trouble dans son armée. Leur ardeur fut encore plus émoussée par les prédictions de leurs prêtresses, qui, prétendant connaître l’avenir par le bruit des eaux, par les tourbillons que les courants font dans les rivières, leur défendaient de livrer la bataille avant la nouvelle lune. César, averti de cette défense et voyant les Barbares se tenir en repos, crut qu’il aurait bien plus d’avantage à les attaquer dans cet état de découragement, que de rester lui-même oisif et d’attendre le moment qui leur serait favorable. Il alla donc escarmoucher contre eux jusque dans leurs retranchements et sur les collines où ils étaient campés. Cette provocation les irrita tellement, que, n’écoutant plus que leur colère, ils descendirent dans la plaine pour combattre. Ils furent complètement défaits ; et César, les ayant poursuivis jusqu’aux bords du Rhin, l’espace de trois cents stades, couvrit toute la plaine de morts et de dépouilles. Ariovistus, qui avait fui des premiers, passa le Rhin avec une suite peu nombreuse ; il resta, dit-on, quatre-vingt mille morts sur la place.

XXII. Après tous ces exploits, il mit ses troupes en quartier d’hiver dans le pays des Séquanois ; et lui-même, pour veiller de plus près sur ce qui se passait à Rome, il alla dans la Gaule qui est baignée par le Pô et qui faisait partie de son gouvernement ; car le Rubicon sépare la Gaule cisalpine du reste de l’Italie. Pendant le séjour assez long qu’il y fit, il grossit beaucoup le nombre de ses partisans ; on s’y rendait en foule de Rome et il donnait libéralement ce que chacun lui demandait : il les renvoya tous, ou comblés de présents ou pleins d’espérance. Dans tout le cours de cette guerre, Pompée ne se douta même pas que tour-à-tour César domptait les ennemis avec les armes des Romains et qu’il gagnait les Romains avec l’argent des ennemis. Cependant César ayant appris que les Belges, les plus puissants des Gaulois, et qui occupent la troisième partie de la Gaule, s’étaient soulevés et avaient mis sur pied une armée nombreuse, y courut en diligence, tomba sur eux pendant qu’ils ravageaient les terres des alliés de Rome, défit tous ceux qui s’étaient réunis et qui se défendirent lâchement ; il en tua un si grand nombre, que les Romains passaient les rivières et les étangs sur les corps morts dont ils étaient remplis. Cette défaite effraya tellement les peuples qui habitaient les bords de l’Océan, qu’ils se rendirent sans combat.

XXIII. Après cette victoire, il marcha contre les Nerviens, les plus sauvages et les plus belliqueux des Belges ; ils habitaient un pays couvert d’épaisses forêts, au fond desquelles ils avaient retiré, le plus loin qu’ils avaient pu de l’ennemi, leurs femmes, leurs enfants et leurs richesses. Ils vinrent au nombre de soixante mille fondre sur César, occupé alors à se retrancher et qui ne s’attendait pas à combattre. Sa cavalerie fut rompue du premier choc ; et les Barbares, sans perdre un instant, ayant enveloppé la douzième et la septième légion, en massacrèrent tous les officiers : si César, arrachant le bouclier d’un soldat et se faisant jour à travers ceux qui combattaient devant lui, ne se fût jeté sur les Barbares ; si la dixième légion, qui, du haut de la colline qu’elle occupait, vit le danger auquel César était exposé, n’eût fondu précipitamment sur les Barbares et n’eût, en arrivant, renversé leurs premiers bataillons, il ne serait pas resté un seul Romain ; mais, ranimés par l’audace de leur général, ils combattirent avec un courage supérieur à leurs forces : cependant, malgré ; tous leurs efforts , ils ne purent faire tourner le dos aux Nerviens ; qui furent taillés en pièces, en se défendant avec la plus grande valeur. De soixante mille qu’ils étaient, il ne s’en sauva, dit-on, que cinq cents ; et, de quatre cents de leurs sénateurs, il ne s’en échappa que trois. Dès que le sénat, à Rome, eut appris ces succès extraordinaires ; il ordonna qu’on ferait, pendant quinze jours, des sacrifices aux dieux et qu’on célébrerait des fêtes publiques : jamais encore on n’en avait fait autant pour aucune victoire ; mais le soulèvement simultané de tant de nations avait montré toute la grandeur du péril ; et l’affection du peuple pour César attachait plus d’éclat à la victoire qu’il avait remportée. Jaloux d’entretenir cette disposition de la multitude, il venait chaque année, après avoir réglé les affaires de la Gaule, passer l’hiver aux environs du Pô, pour disposer des affaires de Rome.

XXIV. Non seulement il fournissait à ceux qui briguaient les charges l’argent nécessaire pour corrompre le peuple, et se donnait par-là des magistrats qui employaient toute leur autorité à accroître sa puissance ; mais encore il donnait rendez-vous, à Lucques ; à tout ce qu il y avait dans Rome de plus grands et de plus illustres personnages, tels que Pompée, Crassus, Appius, gouverneur de la Sardaigne, et Népos, proconsul d’Espagne ; en sorte qu’il s’y trouvait jusqu à cent vingt licteurs qui portaient les faisceaux et plus de deux cents sénateurs. Ce fut là qu’avant de se séparer, ils tinrent un conseil, dans lequel on convint que Crassus et Pompée seraient désignés consuls pour l’année suivante ; qu’on continuerait à César, pour cinq autres années, le gouvernement de la Gaule, et qu’on lui fournirait de l’argent pour la solde des troupes. Ces dispositions révoltèrent tout ce qu’il y avait de gens sensés à Rome ; car ceux à qui César donnait de l’argent engageaient le sénat à lui en fournir, comme s’il en eût manqué ; ou plutôt ils arrachaient au sénat des décrets dont ce corps lui-même ne pouvait s’empêcher de gémir. Il est vrai que Caton était absent ; on l’avait à dessein envoyé en Cypre. Favonius , imitateur zélé de Caton, tenta de s’opposer à ces décrets ; et, voyant que ses oppositions étaient inutiles, il s’élança hors du sénat et alla dans l’assemblée du peuple pour parler hautement contre ces lois ; mais il ne fut écouté de personne ; les uns étaient retenus par leur respect pour Pompée et pour Crassus ; le plus grand nombre voulaient faire plaisir à César et se tenaient tranquilles, parce qu’ils ne vivaient que des espérances qu’ils avaient en lui.

XXV. Lorsque César fut de retour à son armée des Gaules, il trouva la guerre allumée. Deux grandes nations de la Germanie, les Usipes et les Tenchtères, avaient passé le Rhin pour s’emparer des terres situées au-delà de ce fleuve. César dit lui-même dans ses Commentaires, en parlant de la bataille qu’il leur livra ; que ces Barbares, après lui avoir envoyé des députés et fait une trêve avec lui, ne laissèrent pas de l’attaquer en chemin, et, avec huit cents cavaliers seulement, ils mirent en fuite cinq mille hommes de sa cavalerie, qui ne s’attendaient à rien moins qu’à cette attaque : ils lui envoyèrent une seconde ambassade, à dessein de le tromper encore ; mais il fit arrêter leurs députés et marcha contre les Barbares, regardant comme une folie de se piquer de bonne foi envers des perfides qui venaient de violer l’accord qu’ils avaient fait avec lui. Canusius écrit que le sénat ayant décrété une seconde fois des sacrifices et des fêtes pour cette victoire, Caton opina qu’il fallait livrer César aux Barbares pour détourner de dessus Rome la punition que méritait l’infraction de la trêve et en faire retomber la malédiction sur son auteur. De cette multitude de Barbares qui avaient passé le Rhin, quatre cent mille furent taillés en pièces ; il ne s’en sauva qu’un petit nombre que recueillirent les Sicambres, nation germanique. César saisit ce prétexte de satisfaire sa passion pour la gloire ; jaloux d’être le premier des Romains qui eût fait passer le Rhin à une armée, il construisit un pont sur ce fleuve, qui, ordinairement fort large, a encore plus d’étendue en cet endroit ; son courant rapide entraînait avec violence les troncs d’arbres et les pièces de bois que les Barbares y jetaient, et qui venaient frapper avec une telle impétuosité les pieux qui soutenaient le pont, qu’ils en étaient ébranlés ou rompus. Pour amortir la raideur des coups, il fit enfoncer, au milieu du fleuve, au-dessus du pont, de grosses poutres qui détournaient les arbres et les autres bois qu’on abandonnait au fil de l’eau, et brisaient en quelque sorte la rapidité du courant. On vit aussi la chose qui paraissait la plus incroyable, un pont entièrement achevé en dix jours. II y fit passer son armée, sans que personne osât s’y opposer ; les Suèves mêmes, les plus belliqueux des peuples de la Germanie, s’étaient retirés dans des vallées profondes et couvertes de bois. César, après avoir brûlé leur pays et ranimé la confiance des peuples qui tenaient le parti des Romains, repassa dans la Gaule ; il n’avait employé que dix-huit jours à cette expédition dans la Germanie.

XXVI. Celle qu’il entreprit contre les habitants de la Grande-bretagne est d’une audace extraordinaire. Il fut le premier qui pénétra avec une flotte dans l’Océan occidental et qui fit traverser à son armée la mer Atlantique pour aller porter la guerre dans cette île. Ce qu’on rapportait de sa grandeur faisait douter de son existence et a donné lieu à une dispute entre plusieurs historiens, qui ont cru qu’elle n’avait jamais existé et que tout ce qu’on en débitait, jusqu’à son nom même, était une pure fable. César osa tenter d’en faire la conquête et de porter au-delà des terres habitables les bornes de l’empire romain. Il y passa deux fois , de la côte opposée de la Gaule ; et, dans plusieurs combats qu ;il livra, il fit plus de mal aux ennemis qu’il ne procura d’avantages à ses troupes ; elles ne purent rien tirer de ces peuples, qui menaient une vie pauvre et misérable. Cette expédition ne fut donc pas aussi heureuse qu’il l’aurait désiré ; seulement il prit des otages de leur roi, lui imposa un tribut et repassa dans la Gaule. Il y trouva des lettres qu’on allait lui porter dans l’île, et par lesquelles ses amis de Rome lui apprenaient que sa fille était morte en couche dans la maison de Pompée. Cette mort ne causa pas moins de douleur au père qu’au mari ; leurs amis en furent vivement affligés ; ils prévirent que cette mort allait rompre une alliance qui entretenait la paix et la concorde dans la république, déjà travaillée par des maladies dangereuses. L’enfant même dont elle était accouchée mourut peu de jours après sa mère. Le peuple, malgré les tribuns, enleva le corps de Julie et le porta dans le champ de Mars, où elle fut enterrée.

XXVII. César avait été obligé de partager en plusieurs corps l’armée nombreuse qu’il commandait, et de la distribuer en divers quartiers pour y passer l’hiver ; après quoi, suivant sa coutume, il était allé en Italie. Pendant son absence, toute la Gaule se souleva de nouveau et fit marcher des armées considérables, qui allèrent attaquer les quartiers des Romains et entreprirent de forcer leurs retranchements. Les plus nombreux et les plus puissants de ces peuples, commandés par Ambiorix, tombèrent sur les légions de Cotta et de Titurius et les taillèrent en pièces ; de là ils allèrent, avec soixante mille hommes, assiéger la légion qui était sous les ordres de Q. Cicéron, et peu s’en fallut que ses retranchements ne fussent forcés ; tous ceux qui y étaient renfermés avaient été blessés et se défendaient avec plus de courage que leur état ne semblait le permettre. César, qui était déjà fort loin de ses quartiers, ayant appris ces fâcheuses nouvelles ; revint précipitamment sur ses pas ; et, n’ayant pu rassembler en tout que sept mille hommes, il fit la plus grande diligence pour aller dégager Cicéron. Les assiégeants , à qui il ne put dérober sa marche ,

levèrent le siége et allèrent à sa rencontre, méprisant son petit nombre et se croyant sûrs de l’enlever. César , afin de les tromper, fit semblant de fuir, et, ayant trouvé un poste commode pour tenir tête, avec peu de monde, à une armée nombreuse, il fortifia son camp, défendit à ses soldats de tenter aucun combat, fit élever de grands retranchements et boucher les portes, afin que cette apparence de frayeur inspirât aux généraux ennemis encore plus de mépris pour lui. Son stratagème lui réussit ; les Gaulois, pleins de confiance , viennent l’attaquer, séparés et sans ordre : alors il fait sortir sa troupe, tombe sur les Barbares qu’il met en fuite et en fait un grand carnage. Cette victoire éteignit tous les soulèvements des Gaulois dans ces quartiers là ; César ; pour en prévenir de nouveaux, se portait avec promptitude partout où il voyait quelque mouvement à craindre. Pour remplacer les légions qu’il avait perdues, il lui en était venu

trois d’Italie, dont deux lui avaient été prêtées par Pompée, et la troisième venait d’être levée dans la Gaule aux environs du Pô.

XXVIII. Cependant on vit tout à coup se développer, au fond de la Gaule, des semences de révolte, que les chefs les plus puissants avaient depuis longtemps répandues en secret parmi les peuples les plus belliqueux, et qui donnèrent naissance à la plus grande et à la plus dangereuse guerre qui eût encore eu lieu dans ces contrées. Tout se réunissait pour la rendre terrible : une jeunesse aussi nombreuse que brillante, une immense quantité d’armes rassemblées de toutes parts, les fonds énormes qu’ils avaient faits, les places fortes dont ils s’étaient assurés, les lieux presque inaccessibles dont ils avaient fait leurs retraites : on était d’ailleurs dans le fort de l’hiver ; les rivières étaient glacées, les forêts couvertes de neige ; les campagnes, inondées, étaient comme des torrents ; les chemins, ou ensevelis sous des monceaux de neige, ou couverts de marais et d’eaux débordées, étaient impossibles à reconnaître. Tant de difficultés faisaient croire aux Gaulois que César ne pourrait les attaquer. Entre les nations révoltées, les plus considérables étaient les Arverniens et les Carnutes, qui avaient investi de tout le pouvoir militaire Vercingentorix, dont les Gaulois avaient massacré le père, parce qu’ils le soupçonnaient d’aspirer à la tyrannie. Ce général, après avoir divisé son armée en plusieurs corps et établi plusieurs capitaines, fit entrer dans cette ligue tous les peuples des environs, jusqu’à la Saône ; il pensait à faire prendre subitement les armes à toute la Gaule, pendant qu’à Rome on préparait un soulèvement général contre César. Si le chef des Gaulois eût différé son entreprise jusqu’à ce que César eût eu sur les bras la guerre civile, il n’eût pas causé à l’Italie entière moins de terreur qu’autrefois les Cimbres et les Teutons.

XXIX. César, qui tirait parti de tous les avantages que la guerre peut offrir, et qui surtout savait profiter du temps, n’eut pas plus tôt appris cette révolte générale, qu’il partit sans perdre un instant ; et, reprenant les mêmes chemins qu’il avait déjà tenus, il fit voir aux Barbares, par la célérité de sa marche dans un hiver si rigoureux, qu’ils avaient en tête une armée invincible , à laquelle rien ne pouvait résister. Il eût paru incroyable qu’un simple courrier fût venu en un temps beaucoup plus long du lieu d’où il était parti, et ils le voyaient, arrivé en peu de jours avec toute son armée, piller et ravager leur pays, détruire leurs places fortes et recevoir ceux qui venaient se rendre à lui ; mais , quand les Éduens, qui jusqu’alors s’étaient appelés les frères des Romains et en avaient été traités avec la plus grande distinction, se révoltèrent aussi et entrèrent dans la ligue commune, le découragement se jeta dans ses troupes. César fut donc obligé de décamper promptement et de traverser le pays des Lingons, pour entrer dans celui des Séquanois , amis des Romains et plus voisins de l’Italie que le reste de la Gaule. Là , environné par les ennemis, qui étaient venus fondre sur lui avec plusieurs milliers de combattants, il les charge avec tant de vigueur, qu’après un combat long et sanglant, il a partout l’avantage et met en fuite ces Barbares. II semble néanmoins qu’il y reçut d’abord quelque échec ; car les Arverniens montrent encore une épée suspendue dans un de leurs temples, qu’ils prétendent être une dépouille prise sur César. Il l’y vit lui-même dans la suite et ne fit qu’en rire ; ses amis l’engageaient à la faire ôter ; mais il ne le voulut pas, parce qu’il la regardait comme une chose sacrée.

XXX. Le plus grand nombre de ceux qui s’étaient sauvés par la fuite se renfermèrent avec leur roi dans la ville d’Alésia. César alla sur-le-champ l’assiéger, quoique la hauteur de ses murailles et la multitude des troupes qui la défendaient la fissent regarder comme imprenable. Pendant ce siége, il se vit dans un danger dont on ne saurait donner une juste idée. Ce qu’il y avait de plus brave parmi toutes les nations de la Gaule , s’étant rassemblé au nombre de trois cent mille hommes, vint en armes au secours de la ville ; ceux qui étaient renfermés dans Alésia ne montaient pas à moins de soixante-dix mille. César, ainsi enfermé et assiégé entre deux armées si puissantes, fut obligé de se remparer de deux murailles , l’une contre ceux de la place, l’autre contre les troupes qui étaient venues au secours des assiégés : si ces deux armées avaient réuni leurs forces, c’en était fait de César. Aussi le péril extrême auquel il fut exposé devant Alésia lui acquit, à plus d’un titre, la gloire la mieux méritée ; c’est de tous ses exploits celui où il montra le plus d’audace et le plus d’habileté. Mais ce qui doit singulièrement surprendre, c’est que les assiégés n’aient été instruits du combat qu’il livra à tant de milliers d’hommes qu’après qu’il les eut défaits ; et ce qui est plus étonnant encore, les Romains qui gardaient la muraille que César avait tirée contre la ville n’apprirent sa victoire que par les cris des habitants d’Alésia et par les lamentations de leurs femmes, qui virent, des différents quartiers de la ville, les soldats romains emporter dans leur camp une immense quantité de boucliers garnis d’or et d’argent, des cuirasses souillées de sang, de la vaisselle et des pavillons gaulois. Toute cette puissance formidable se dissipa et s’évanouit avec la rapidité d’un fantôme ou d’un songe, car ils périrent presque tous dans le combat. Les assiégés, après avoir donné bien du mal à César et en avoir beaucoup souffert eux-mêmes, finirent par se rendre. Vercingentorix, qui avait été l’âme de toute cette guerre, s’étant couvert de ses plus belles armes, sortit de la ville sur un cheval magnifiquement paré ; et , après l’avoir fait caracoler autour de César, qui était assis sur son tribunal, il mit pied à terre, se dépouilla de toutes ses armes et alla s’asseoir aux pieds du général romain, où il se tint dans le plus grand silence. César le remit en garde à des soldats et le réserva à 1’ornement de son triomphe.

XXXI. César avait résolu depuis longtemps de détruire Pompée, comme Pompée voulait, de son côté , ruiner César. Crassus, qui seul pouvait prendre la place de celui des deux qui aurait succombé, ayant péri chez les Parthes, il ne restait à César, pour devenir le plus grand, que de perdre celui qui l’était déjà ; et à Pompée, pour prévenir sa propre perte, que de se défaire de celui dont il craignait 1’élévation. Mais c’était depuis peu que Pompée avait cette crainte ; jusque là il n’avait pas cru César redoutable, persuadé qu’il ne lui serait pas difficile de renverser celui dont l’agrandissement était son ouvrage. César, qui de bonne heure avait eu le projet de détruire tous ses rivaux, avait fait comme un athlète qui va se préparer loin de l’arène où il doit combattre. Il s’était éloigné de Rome, et, en s’exerçant lui-même dans les guerres des Gaules, il avait aguerri ses troupes, augmenté sa gloire par ses exploits et égalé les hauts faits de Pompée. Il ne lui fallait que des prétextes pour colorer ses desseins ; et ils lui furent bientôt fournis, soit par Pompée lui-même, soit par les conjonctures, soit enfin par les vices du gouvernement. A Rome, ceux qui briguaient alors les charges dressaient des tables de banque au milieu de la place publique, achetaient sans honte les suffrages des citoyens, qui, après les avoir vendus, descendaient au champ de Mars, non pour donner simplement leurs voix à celui qui les avait achetées, mais pour soutenir sa brigue à coups d’épées, de traits et de frondes. Souvent on ne sortait de l’assemblée qu’après avoir souillé la tribune de sang et de meurtre ; et la ville, plongée dans l’anarchie, ressemblait à un vaisseau sans gouvernail, battu par la tempête. Tout ce qu’il y avait de gens raisonnables aurait regardé comme un grand bonheur que cet état si violent de démence et d’agitation n’amenât pas un plus grand mal que la monarchie. Plusieurs même osaient dire ouvertement que la puissance d’un seul était l’unique remède aux maux de la république, et que ce remède il fallait le recevoir du médecin le plus doux, ce qui désignait clairement Pompée. II affectait dans ses discours de refuser le pouvoir absolu ; mais toutes ses actions tendaient à se faire nommer dictateur. Caton, qui pénétrait son dessein, conseilla au sénat de le nommer seul au consulat, afin que, satisfait de cette espèce de monarchie plus conforme aux lois , il n’enlevât pas de force la dictature. Le sénat prit ce parti ; et en même temps il lui continua les deux gouvernements dont il était pourvu, l’Espagne et l’Afrique : il les administrait par ses lieutenants, et y entretenait des armées dont la dépense montait chaque année à mille talents, qui lui était payés du trésor public.

XXXII. Ces décrets du sénat déterminèrent César à demander le consulat et une pareille prolongation des années de ses gouvernements. Pompée d’abord garda le silence : mais Marcellus et Lentulus, ennemis déclarés du César, proposèrent de rejeter ses demandes ; et, pour faire outrage à César, à une démarche nécessaire ils en ajoutèrent qui ne l’étaient pas. Ils privèrent du droit de bourgeoisie les habitants de Néocome, que César avait établis depuis peu dans la Gaule. Marcellus , pendant, son consulat, fit battre de verges un de leurs sénateurs qui était venu à Rome, et lui ,dit que, n étant pas citoyen romain, il lui imprimait cette marque d’ignominie, qu’il pouvait aller montrer à César. Après le consulat de Marcellus , César laissa puiser abondamment dans les trésors qu’il avait amassés en Gaule, tous ceux qui avaient quelque part au gouvernement. Il acquitta les dettes du tribun Curion, qui étaient considérables, et donna quinze cents talents au consul Paulus, qui les employa à bâtir cette fameuse basilique qui a remplacé celle de Fulvius. Pompée, craignant cette espèce de ligue, agit ouvertement, soit par lui-même, soit par ses amis, pour faire nommer un successeur à César ; il lui fit redemander les deux légions qu’il lui avait prêtées pour la guerre des Gaules, et que César lui renvoya sur-le-champ , après avoir donné à chaque soldat deux cent cinquante drachmes.

XXXIII. Les officiers qui les ramenèrent à Pompée répandirent parmi le peuple des bruits très défavorables à César, et contribuèrent à corrompre de plus en plus Pompée, en le flattant de la vaine espérance que l’armée de César désirait l’avoir pour chef ; que si à Rome l’opposition de ses envieux et les vices d’un gouvernement vicieux mettaient des obstacles à ses desseins, l’armée des Gaules était toute disposée à lui obéir ; qu’à peine elle aurait repassé les monts, qu’elle serait toute à lui : tant, disaient-ils , César leur était devenu odieux par le grand nombre d’expéditions dont il les accablait ! tant la crainte qu’on avait qu’il aspirât à la monarchie l’avait rendu suspect ! Ces propos enflèrent tellement le cœur de Pompée, qu’il négligea de faire des levées, croyant n’avoir rien à craindre, et se bornant à combattre les demandes de César par des discours et des opinions dont César s’embarrassait fort peu. On assure qu’un de ses officiers, qu’il avait envoyé à Rome et qui se tenait à la porte du conseil , ayant entendu dire que le sénat refusait à César la continuation de ses gouvernements : « Celle-ci la lui donnera , » dit-il, en mettant la main sur la garde de son épée.

XXXIV. Cependant César avait, dans ses demandes, toutes les apparences de la justice : il offrait de poser les armes, pourvu que Pompée les quittât aussi. Devenus ainsi l’un et l’autre simples particuliers, ils attendraient les honneurs que leurs concitoyens voudraient leur décerner ; mais lui ôter son armée et laisser à Pompée la sienne, c’était , en accusant l’un d’aspirer à la tyrannie, donner à l’autre la facilité d’y parvenir. Curion, qui faisait ces offres au peuple au nom de César, fut singulièrement applaudi ; et, quand il sortit de l’assemblée, on lui jeta des couronnes de fleurs, comme à un athlète victorieux. Antoine, l’un des tribuns du peuple, apporta dans l’assemblée une lettre de César et la fit lire publiquement dans le sénat, malgré les consuls. Scipion, beau-père de Pompée, proposa que si, dans un jour fixé, César ne posait pas les armes , il fût traité en ennemi public. Les consuls demandèrent d’abord si l’on était d’avis que Pompée renvoyât ses troupes, et ensuite si on voulait que César licenciât les siennes : il y eut très peu de voix pour le premier avis, et le second les eut presque toutes. Antoine ayant proposé de nouveau qu’ils déposassent tous deux le commandement , cet avis fut unanimement adopté ; mais le bruit que fit Scipion et les clameurs du consul Lentulus, qui criait que contre un brigand il fallait des armes et non pas des décrets, obligèrent le sénat de rompre l’assemblée. Les citoyens, effrayés de cette discussion, prirent des habits de deuil.

XXXV. On reçut bientôt une autre lettre de César, qui parut encore plus modérée : il offrait de tout abandonner, à condition qu’on lui laisserait le gouvernement de la Gaule cisalpine et celui de l’Illyrie, avec deux légions , jusqu’à ce qu’il eût obtenu un second consulat. L’orateur Cicéron , qui venait d’arriver de son gouvernement de Cilicie, et qui cherchait à rapprocher les deux partis, faisait tous ses efforts pour adoucir Pompée. Celui-ci, en consentant aux autres demandes de César, refusait de lui laisser les légions. Cicéron avait persuadé aux amis de César de l’engager à se contenter de ses deux gouvernements avec six mille hommes de troupes ; et de faire sur ce pied l’accommodement. Pompée se rendait à cette proposition ; mais le consul Lentulus ne voulut jamais y consentir ; il traita indignement Antoine et Curion et les chassa honteusement du sénat. C’était donner à César le plus spécieux de tous les prétextes ; et il s’en servit avec succès pour irriter ses soldats, en leur montrant des hommes d’un rang distingué, des magistrats romains obligés de s’enfuir en habits d’esclaves, dans des voitures de louage ; car la crainte d’être reconnus les avait fait sortir de Rome sous ce déguisement.

XXXVI. César n’avait auprès de lui que cinq mille hommes de pied et trois cents chevaux. Il avait laissé au-delà des Alpes le reste de son armée, que ses lieutenants devaient bientôt lui amener. Il vit que le commencement de son entreprise et la première attaque qu’il projetait n’avaient pas besoin d’un grand nombre de troupes ; qu’il devait plutôt étonner ses amis par sa hardiesse et sa célérité, et qu’il les effraierait plus facilement en tombant sur eux lorsqu’ils s’y attendraient le moins, qu’il ne les forcerait en venant avec de grands préparatifs. Il ordonne donc à ses capitaines et à ses chefs de bande de ne prendre que leurs épées, sans aucune autre arme, de s’emparer d’Ariminium, ville considérable de la Gaule, mais d’y causer le moins de tumulte et d’y verser le moins de sang qu’ils pourraient. Après avoir remis à Hortensius la conduite de son armée, il passa le jour en public à voir combattre des gladiateurs ; et un peu avant la nuit il prit un bain, entra ensuite dans la salle à manger et resta quelque temps avec ceux qu’il avait invités à souper. Dès que la nuit fut venue, il se leva de table, engagea ses convives à faire bonne chère et les pria de l’attendre, en les assurant qu’il reviendrait bientôt. Il avait prévenu quelques uns de ses amis de le suivre, non pas tous ensemble, mais chacun par un chemin différent ; et, montant lui-même dans un chariot de louage, il prit d’abord une autre route que celle qu’il voulait tenir, et tourna bientôt vers Ariminium.

XXXVII. Lorsqu’il fut sur les bords du Rubicon , fleuve qui sépare la Gaule cisalpine du reste de l’Italie, frappé tout à coup des réflexions que lui inspirait la crainte du danger et qui lui montrèrent de plus près la grandeur et l’audace de son entreprise, il s’arrêta ; et, fixé longtemps à la même place, il pesa, dans un profond silence, les différentes résolutions qui s’offraient à son esprit, balança tour-à-tour les partis contraires et changea plusieurs fois d’avis. Il en conféra longtemps avec ceux de ses amis qui l’accompagnaient, parmi lesquels était Asinius Pollion. Il se représenta tous les maux dont le passage de ce fleuve allait être suivi et tous les jugements qu’on porterait de lui dans la postérité. Enfin, n’écoutant plus que sa passion et rejetant tous les conseils de la raison pour se précipiter aveuglément dans l’avenir ; il prononça ce mot si ordinaire à ceux qui se livrent à des aventures difficiles et hasardeuses : « Le sort en est jeté ! » et, passant le Rubicon ; il marcha avec tant de diligence qu’il arriva le lendemain à Ariminium avant le jour et s’empara de la ville. La nuit qui précéda le passage de ce fleuve, il eut, dit-on, un songe affreux : il lui sembla qu’il avait avec sa mère un commerce incestueux.

XXXVIII. La prise d’Ariminium ouvrit , pour ainsi dire, toutes les portes de la guerre et sur terre et sur mer ; et César, en franchissant les limites de son gouvernement, parut avoir transgressé toutes les lois de Rome. Ce n’étaient pas seulement, comme dans les autres guerres, des hommes et des femmes qu’on voyait courir éperdus dans toute l’Italie ; les villes elles-mêmes semblaient s’être arrachées de leurs fondements pour prendre la fuite et se transporter d’un lieu dans un autre ; Rome elle-même se trouva comme inondée d’un déluge de peuples qui s’y réfugiaient de tous les environs ; et, dans une agitation, dans une tempête si violente, il n’était plus possible à aucun magistrat de la contenir par la raison ni par l’autorité ; elle fut sur le point de se détruire par ses propres mains. Ce n’étaient partout que des passions contraires et des mouvements convulsifs ; ceux mêmes qui applaudissaient à l’entreprise de César ne pouvaient se tenir tranquilles :comme ils rencontraient à chaque pas des gens qui en étaient affligés et inquiets (ce qui arrive toujours dans une grande ville), ils les insultaient avec fierté et les menaçaient de l’avenir. Pompée, déjà assez étonné par lui-même, était encore plus troublé par les propos qu’on lui tenait de toutes parts : il était puni avec justice, lui disaient les uns , d’avoir agrandi César contre lui-même et contre la république ; les autres l’accusaient d’avoir rejeté les conditions raisonnables aux-quelles César avait consenti de se réduire, et de l’avoir livré aux outrages de Lentulus. Favonius même osa lui dire de frapper enfin du pied la terre, parce qu’un jour Pompée, en parlant de lui-même en plein sénat dans les termes les plus avantageux, avait déclaré aux sénateurs qu’ils ne devaient s’embarrasser de rien , ni s’inquiéter des préparatifs de la guerre ; que, dès que César se serait mis en marche, il n’aurait qu’à frapper la terre du pied et qu’il remplirait de légions toute l’Italie.

Plutarque, Les vies des hommes illustres, traduction Ricard, Furne et Cie Librairies-éditeurs, Paris, 1840.

récupéré de L’Encyclopédie de L’Agora


Voir en ligne : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Docu...

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