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La phalange de piquiers macédonienne

, par

L’apport de Philippe II

Jusqu’au milieu du IVe siècle av. J.-C., la Macédoine n’a pas de grande influence vis-à-vis de l’extérieur, que ce soit dans le domaine économique, culturel ou militaire. Le pays est formé de montagnes boisées et de plaines idéales pour l’élevage des chevaux qui composent la force principale de l’armée et montés, à l’instar de la Grèce, par l’aristocratie que l’on nomme les « compagnons » (hetairoi).

Quand Philippe II accède au pouvoir en 359 avant J.-C., il entreprend de poursuivre et d’amplifier la réorganisation de l’institution militaire déjà initiée par ses prédécesseurs. Ceux-ci, au vu des piètres résultats des combattants, avaient en effet développé l’entraînement et formé une troupe d’élite professionnelle à pied appelée « compagnons à pied » ([pezhetairoi]) afin de valoriser ce type de combattants. Le royaume du nouveau monarque étant menacé de l’intérieur et de l’extérieur, celui-ci s’appuie sur l’armée afin de stabiliser le pays politiquement et de s’imposer militairement à l’extérieur. Pour ce faire, Philippe II prend diverses mesures comme nous les décrit Diodore de Sicile :

« Le roi donna à ses troupes une meilleure organisation, perfectionna les armements et occupa les soldats à des exercices continuels pour les habituer à la guerre. Il imagine de donner plus d’épaisseur aux rangs et fut l’inventeur de la phalange macédonienne. »
(Bibliothèque historique, XVI, 3, 1-2)

Composition et formation

Au début du règne de Philippe II, la Macédoine n’est pas un pays riche et ne peut donc équiper ses soldats professionnels avec un armement lourd et onéreux comme celui des hoplites. Pour former sa phalange, il la compose de piquiers légèrement protégés et dont l’arme principale est la sarisse, une pique d’infanterie longue de six à sept mètres comportant aux extrémités des pointes en bronze, celle à l’arrière, de forme différente, étant additionnée de quatre arrêts afin de la planter dans le sol et de supporter une charge de cavalerie. La sarisse est tenue à deux mains et ne permet pas l’utilisation de l’aspis koilè, le bouclier du hoplite, qui est remplacé par un modèle d’environ 60 centimètres de diamètre. Le casque est à présent réalisé en fer et le modèle le plus commun est de forme conique dont l’extrémité s’arrondit vers l’avant, à la manière d’un bonnet phrygien, les protections de joues pouvant être articulées grâce à des charnières. La cuirasse, quant à elle, est l’apanage des officiers et réalisée de même en fer.

En formation de combat, la sarisse est tenue à environ 4,50 mètre de son extrémité et à l’horizontale, chaque combattant à environ un mètre l’un de l’autre. Les quatre rangs suivant, distants chacun d’un mètre, tiennent leur pique de la même manière. On a donc là cinq lignes de piques qui émergent à l’avant de la phalange et qui rendent l’approche pour l’ennemi particulièrement difficile. Polybe, qui a une excellente connaissance de la phalange macédonienne nous explique l’utilité de la sarisse dans les rangs suivants :

« Les hommes alignés au-delà du cinquième rang ne peuvent pas utiliser leurs sarisses pour porter des coups à l’ennemi. C’est pourquoi, au lieu de les abaisser à l’horizontale, ils les tiennent la pointe en l’air, mais en les inclinant vers les épaules des soldats qu’ils ont devant eux, afin de protéger toute la troupe contre les traits arrivant au-dessus d’elle, car toutes ces hampes dressées les unes à côté des autres arrêtent les projectiles. »
(Histoire, XVIII, 30)

Pour le combat au corps à corps, l’armement est complété par une épée à lame en fer.
Outre l’utilisation de piquiers au sein de la phalange, Philippe II porte cette formation à une profondeur de 16 rangs en s’inspirant de la phalange hoplitique thébaine.

Inconvénient de la phalange de piquiers

Ces nombreuses piques qui pointent vers le ciel pose le problème du type de terrain sur lequel doit combattre la phalange macédonienne : tout comme celle des hoplites, un terrain plat et sans obstacles, mais plus que tout, hors du couvert des arbres dans lesquels s’emmêlent les sarisses. De plus, ces longues piques gênent les mouvements courbes de la phalange qui peut avoir à exécuter des manœuvres rapides qu’imposent parfois les circonstances du combat et la rendent très vulnérables sur ses flancs.

Entraînement

Professionnalisée, l’armée de Philippe II ouvre de nouvelles perspectives qu’il ne manque pas d’exploiter et même de développer. L’entraînement va ainsi bien plus loin que celui qui était permis dans les cités-États grecques, même en comparaison à celui pratiqué à Sparte. Les hommes sont ainsi occupés à des exercices incessants qui leur permettent d’acquérir les automatismes nécessaires dans les diverses phases d’un engagement, mais ce n’est là pas le seul intérêt : la maîtrise des mouvements dans le terrain compense la vulnérabilité des soldats légèrement protégés et ces manœuvres ont aussi un impact positif sur la discipline qui devient stricte. On voit sur ce point l’avantage qu’apporte la monarchie sur d’autres formes de gouvernements pratiqués dans le reste de la Grèce qui permet un meilleur contrôle des troupes. D’autre part, Philippe II ne limite pas les exercices aux déplacements de base de toute phalange puisqu’il imagine différentes manœuvres originales qui impliquent la feinte et la surprise afin d’obtenir pendant les batailles un avantage décisif et ceci, tout en maintenant lors de ces mouvements l’ordre et l’unité les plus stricts au sein des troupes. Un exemple nous est donné à la bataille de Chéronée quand, feignant une retraite, la phalange macédonienne recule en ordre, laissant suffisamment d’espace entre elle et la phalange de hoplites athénienne pour que celle-ci, cherchant à maintenir le contact avec l’ennemi, se disloque et donne l’opportunité à la cavalerie macédonienne de pénétrer ses lignes.

La phalange dans l’armée d’Alexandre

Cet exemple illustre bien l’utilisation que feront les Macédoniens de leur phalange : au contraire des Grecs, elle n’est plus le corps de troupes sur lequel repose le sort de la bataille et c’est là aussi une avance dans le domaine tactique à mettre au crédit de Philippe II. Elle reste toutefois le point d’ancrage de l’armée, autour duquel évoluent l’infanterie légère et la cavalerie.

La cavalerie était en Macédoine la force principale avant l’apparition de la phalange et elle joue un rôle important (comme à Chéronée ou Issos) au côté de celle-ci, permettant la rupture du front adverse ou bien apportant rapidement des renforts là où le besoin s’en fait sentir. L’absence de selle (qui n’a pas encore été inventée) limite son armement. Les cavaliers emportent eux aussi une sarisse, d’un modèle plus court (quatre à cinq mètres), ainsi qu’un sabre courbe (machaira), une cuirasse et un casque. Cette force très mobile se voit adjoindre d’autres types de combattants à cheval, comme des archers par exemple, au fil des ans et des conquêtes.

C’est bien là une autre caractéristique des forces macédoniennes en perpétuelle réorganisation, que ce soit dans le volume de soldats au sein des unités comme dans celui de leur composition : Alexandre le Grand, dans son périple jusqu’à l’Indus, intègre dans son armée celle des pays vaincus mais s’inspire aussi d’eux pour modifier l’équipement de ses propre forces. Déjà Philippe II avait innové quand il avait augmenté la profondeur de la phalange, influence des Thébains qu’il avait pu étudier alors qu’il passait sa jeunesse dans leur ville comme otage. Alexandre ne fera que poursuivre l’œuvre de son père en favorisant ces influences extérieures, gages d’adaptation et de succès.

Les défauts de la phalange

La phalange, quelle que soit sa forme, est une formation qui combat en bloc et qui doit rester compacte afin de donner tout son potentiel. Polybe, dans son récit de la bataille de Cynoscéphales qui eut lieu en 197 avant J.-C., met à jour sa faiblesse majeure :

« A la guerre, le moment et le lieu où l’action s’engagera ne peuvent être déterminés à l’avance, alors que, pour lui permettre de donner toute sa mesure, il faut à la phalange son moment et son terrain... uni et nu, un terrain que ne coupe aucun obstacle tel que fossés, ravins, vallonnements, talus ou cours d’eau car n’importe lesquels de ces accidents suffit pour paralyser ou disloquer une troupe ainsi formée. »
(Histoire, XVIII, 31)

Un autre grave défaut, source de bien des défaites, est que la phalange hoplitique n’est formée que pour se battre vers l’avant et très vulnérable dès lors qu’une troupe l’attaque sur ses arrières, ou même sur ses flancs :

« Comme la phalange est organisée de telle sorte qu’il est impossible aux hommes de faire volte-face et de livrer des combats individuels, les Romains purent pousser leur attaque, en massacrant les soldats qui se trouvaient devant eux et qui ne pouvaient se défendre... »
(XVIII, 26)

Philippe II pallie ce défaut grâce à l’équipement plus léger de ses soldats, et à l’entraînement intensif (drill avant l’heure), permettant à chaque syntagme de faire front de tout côté.

Force principale et efficace pendant tout l’âge d’or de la Grèce antique et instrument de son indépendance face aux Perses, parfaite pour le type de combat qui était engagé, du moins jusqu’à la première partie de la guerre du Péloponnèse (les batailles étaient planifiées, hors de la saison des moissons par exemple), la phalange hoplitique doit s’incliner en 338 avant J.-C. face à sa forme macédonienne mieux équipée et entraînée, dirigée par des stratèges qui utilisent à meilleur escient chaque corps de troupe, mais son organisation n’en reste pas moins rigide, compliquée à manœuvrer sur le terrain et qui ne peut se scinder en éléments capables de combattre sur plusieurs fronts. L’épisode tragique de Cynoscéphales, suivi de peu par celui de Magnésie puis de Pydna en 168 avant J.-C. montre que la phalange en est à son crépuscule et doit céder le pas à une formation qui possède les qualités qui lui font défaut : les troupes organisée en manipules. Cette invention samnite sera développé dans la légion romaine avec succès.

Ce n’est qu’à partir du XIVe siècle que l’on voit réapparaître une phalange sur les champs de bataille avec les réputés piquiers suisses, articulée sur deux types de combattants : dans les premiers rangs prennent place les piquiers chargés de stopper la charge de l’ennemi (à pied ou montée), ceux à l’arrière, armés de haches ou d’épées, s’avançant après le choc entre les piques pour combattre l’adversaire empêtré dans celles-ci.


sources wikipedia

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