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L’enfer dans toute son intensité

, par


Une fois la jetée neutralisée, les vagues d’assaut commencèrent à s’approcher. L’appui feu, à l’exception de quelques navires pouvant suivre à vue les amtracks, fut interrompu. Quelques tirs sporadiques de mortiers japonais atteignirent alors les chalands et l’artillerie commença à tirer par-dessus la tête des hommes. Les mitrailleuses vinrent bientôt ajouter leur tir et augmentèrent la confusion. Des véhicules amphibies se trouvèrent désemparés. Mais, vers 9 h 10, un certain nombre de marines avaient sauté des LVT sur toute la longueur de la plage ; ils s’étaient réfugiés derrière une palissade de troncs de cocotier d’un peu plus d’un mètre de haut. Sur la droite, un tir d’enfilade provenant d’un point d’appui japonais situé dans le « cou » rabattait les amtracks vers le « bec » de l’île. Les pertes furent plus lourdes encore dans ce secteur, mais une seconde tête de pont — bien que des plus exiguës — avait été conquise. Ce fut alors l’enfer, dans toute son intensité.
Tout au long de la barrière de récifs, les LCVP et les LCM furent immobilisés. La marée était trop basse pour les amener jusqu’à la côte. Cette éventualité avait d’ailleurs été prévue : on savait qu’il y avait cinquante chances sur cent pour que la hauteur de l’eau fût insuffisante. La quatrième vague des marines commença de patauger en direction de la plage. D’autres vagues suivirent, les hommes ayant de l’eau jusqu’à la poitrine. Cependant, les Japonais qui s’étaient ressaisis depuis le bombardement préliminaire, concentraient leur tir sur les hommes sans défense dans les récifs. Les marines furent cloués sur place, dans une tempête d’éclatements et sous les feux croisés des mitrailleuses. De tous les côtés, des hommes s’effondraient dans une écume sanglante ; leurs camarades plus heureux tendaient la main à ceux qui étaient encore vivants pour les tirer jusqu’à la plage.
Ceux qui avaient réussi à prendre pied sur le rivage n’arrivaient à progresser vers l’intérieur qu’avec une lenteur désespérante. Il leur était très difficile de repérer les Japonais, bien dissimulés, sauf quand ils pouvaient voir les lueurs des départs, les langues de feu rouge-orange crachant la mort à petits coups, jaillissant des pillboxes et des ouvrages à fleur de terre. Il s’agissait de démolir ces positions au milieu desquelles les hommes, dès qu’ils esquissaient un mouvement, se trouvaient placés dans un nouveau champ de tir. Ce fut une opération épuisante et meurtrière, réalisée au prix d’incroyables pertes. Les chars finirent par atteindre le rivage et purent prendre part au combat, dès que leurs conducteurs réussirent à se frayer un chemin au milieu de l’hallucinant amoncellement des cadavres flottant sur le lagon.
Prenant pied sur le rivage en même temps que les unités de réserve, le colonel Shoup, qui commandait l’assaut, atteignit la plage Rouge 2 avant midi. Écoutons-le : « Pendant cinquante heures, je suis resté debout, presque tout le temps caché derrière un pillbox dans lequel se trouvaient 26 Japs... bien vivants ! » La situation en face de laquelle se trouva Shoup était pour le moins confuse. Les transmissions étaient sporadiques, les unités désorganisées, bien qu’essayant tout de même de progresser ; personne ne pouvait se faire la moindre idée de la suite que prendraient les événements... des centaines de marines avaient déjà été tués ou blessés et Shoup envoya ce message au Maryland : « Résultat incertain. » Mais la situation devint soudain plus claire ; un autre bataillon approchait, fortement pris à partie par les tirs dés Japonais, tandis qu’il s’efforçait d’atteindre les plages.


Henry I. Shaw. Jr. Historia Magazine 1968

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