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Koursk : Contexte

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Les fissures dans le mur de la domination de l’Axe devenaient de plus en plus nombreuses et de plus en plus apparentes. Les Alliés commençaient à surmonter les effets des attaques des sous-marins allemands. L’Italie était dans une situation plus précaire que jamais. La progression des Japonais en Birmanie et dans le sud-ouest du Pacifique avait été arrêtée. Le bombardement des centres industriels allemands bloquait ou ralentissait le ravitaillement des armées.

L’U.R.S.S. disposait d’un nombre croissant d’avions et d’équipages. D’autre part, la menace d’un second front obligeait de nombreuses divisions allemandes à demeurer en Europe, réduisant ainsi la possibilité de toute opération de grande envergure sur le front russe.

C’est alors qu’en mars survint pour le groupe d’armées Sud la grande victoire du maréchal von Manstein à Kharkov et il sembla un moment que la marée se renversait. Mais cet espoir fut vite abandonné. La victoire allemande était incomplète.

Un important saillant tenu par les Russes subsistait : une poche à peu près semi-circulaire s’enfonçait de quelque 120 kilomètres à l’ouest dans les lignes allemandes à Koursk, et dont la base mesurait plus de 160 kilomètres du nord au sud.
On disait qu’il y avait un million d’hommes dans ce saillant.

De toute évidence, un mouvement en tenaille lancé sur la base du saillant devait isoler et détruire les forces qu’il renfermait et affaiblir considérablement la puissance de l’armée soviétique dans son ensemble, aussi von Manstein prépara-t-il ce mouvement pour consolider sa victoire.

Cependant, comme bien souvent auparavant, le temps s’en mêla. Le dégel du printemps transforma en boue les pistes de terre gelée, les rivières grossirent, des marécages se formèrent ; les villages en ruines se reflétaient dans la désolation des crues. Von Manstein ne pouvait rien faire d’autre que de replier ses blindés pour qu’ils ne s’embourbent pas, et de laisser le terrain sous la garde de l’infanterie pendant qu’un plan était élaboré. Mais il y avait un hic : plus longtemps les Allemands resteraient en position purement défensive, plus vite les Soviétiques tenteraient d’élargir le saillant et de percer complètement le front allemand.

Au moment où une action rapide aurait pu réussir, les Allemands hésitèrent : Hitler changea d’idée ; ses généraux se querellèrent.

Il y eut des interprétations contradictoires des exigences de la situation en Europe. Même la promesse d’une nouvelle attaque sur le Don et d’une poussée vers Moscou après la réduction du saillant ne put amener le Führer à se décider. Les chars et les autres armes lourdes d’assaut - en particulier les Tigre et les Panther - n’avaient pas été livrés à l’armée en nombre espéré. Ce fut seulement le 11 avril qu’un semblant de plan fut élaboré ; c’était pour l’essentiel le plan que von Manstein n’avait pu exécuter après Kharkov : un plan évident, dont l’évidence s’imposa également aux Soviétiques qui se hâtèrent d’améliorer leurs défenses autour de Koursk.

Toute chance de surprise avait disparu. A présent, l’unique solution pour vaincre était de lancer un assaut si terrifiant qu’aucun défenseur ne pourrait lui résister.
Une telle attaque impliquait l’engagement de beaucoup plus de blindés que les Allemands ne pouvaient se permettre de perdre ; et si l’appui de l’infanterie était à prévoir pour les chars, il signifiait également un affaiblissement imprudent du front à la fois au nord et au sud du saillant.
Hitler restait indécis. D’une part il y avait les opinions divergentes de ses conseillers sur la possibilité d’un succès.

Le maréchal von Kluge, commandant du groupe d’armées centre et les généraux Keitel et Zeitzler de l’état major de l’armée de Terre étaient pour. Mais Guderian, inspec-, teur général des troupes blindées et, à l’époque, von Manstein lui-même étaient farouchement contre.

D’autre part, il y avait l’assurance de Speer, le ministre de la Production, que les chars nécessaires seraient disponibles ; et la certitude que, faute d’une offensive allemande, tout le poids des forces soviétiques viendrait écraser la Wehrmacht étalée sur un front beaucoup trop grand.

Tandis qu’Hitler hésitait, le général Vatutin et l’Armée rouge poursuivaient la préparation non seulement de défenses aussi impénétrables que possible, mais aussi d’une contre-attaque de grande envergure.

La nouvelle parvint jusqu’à Hitler par les rapports des services de renseignement et les photographies aériennes indiquant le repli des forces mobiles russes de la zone à l’ouest de Koursk pour se préparer manifestement à une contre-attaque. Mais le 10 mai, Hitler donna enfin son accord ; on baptisa l’opération « Zitadelle ».

Le Führer insista sur son manque d’enthousiasme : « L’opération ne doit pas échouer » se contentait-il de dire.


sources mensuel Connaissance de l’Histoire 1977 1982 Hachette

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