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Khalkhin-Gol 1939 : La victoire de Joukov

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La victoire de Joukov
Toute la journée, une poignée de chars sans silencieux se promenaient en premières lignes, pour que leur bruit devînt familier aux Japonais. Joukov fit distribuer à ses troupes le manuel officiel intitulé Ce que le soldat soviétique doit savoir en matière de défense. Le dimanche 20 août, à l’insu des Japonais, 35 bataillons d’infanterie, 20 escadrons de cavalerie, 498 chars, 346 véhicules blindés et 502 canons de tous calibres attendaient en silence l’heure H.

Pour les Japonais, le signe avant-coureur de la tempête fut, à 5 h 45, un raid aérien de saturation, fort de 150 bombardiers escortés par 100 chasseurs. Ce raid frappa les lignes avancées et les positions d’artillerie. Avant que les Japonais, abasourdis, aient pu se ressaisir, les 250 canons et mortiers lourds de Joukov ouvrirent le feu sur leurs concentrations de troupes en réserve. A 8 h 45, l’infanterie partit à la charge en hurlant, derrière les chars. Sur toute la largeur du front, les vagues d’assaut russes enfoncèrent les lignes japonaises. Leurs défenseurs étaient moralement et physiquement brisés par les trois heures de bombardement : l’artillerie soviétique disposait de pièces plus nombreuses et de plus de munitions que l’adversaire.

Les Japonais ne se laissèrent cependant pas abattre. Sur un certain point du front, l’attaque de leurs fortifications par une division russe assez peu aguerrie se solda par un échec sanglant. Cette division, probablement la 82’ d’infanterie venue de l’Oural, se trouva clouée sur place par un feu nourri et son chef demanda de nouveaux ordres à Joukov. Joukov lui enjoignit de poursuivre l’attaque. Comme le commandant de la division mettait en doute la possibilité de le faire, Joukov le releva de son commandement au profit du chef d’état-major de la division. Ce dernier tenta de se conformer aux ordres, mais sans succès. Joukov dépêcha alors un officier de son propre état-major. Après avoir réorganisé son artillerie et reçu l’appui de l’aviation, ce dernier réussit la percée au prix de pertes effroyables.

Le groupement sud de Joukov eut plus de chance. De puissants éléments blindés, comprenant un groupe de canons automouvants et une compagnie de chars armés de lance-flammes, effectuèrent un mouvement tournant autour du flanc gauche. Le 21 août, ils se trouvaient sur des positions solides, derrière les forces japonaises qui opéraient au sud du Khailastyn-Gol, un affluent orienté est-ouest du Khalkhin-Gol. Deux jours plus tard, le groupement nord, appuyé par la 212’ brigade aéroportée (engagée à terre), qui formait la réserve de Joukov, se fraya un chemin à travers les hauteurs de Palets à la rencontre du groupement sud. La jonction effectuée, l’ennemi se trouva encerclé. Les combats ne diminuèrent pas d’intensité pour autant.

Terrés dans leurs abris, les Japonais devaient en être délogés au lance-flammes. et bien rares furent les redditions. Mais. du côté soviétique, la détermination n’était pas moins sauvage. 600 morts tombés dans des corps à corps farouches, ce fut le tribut à payer pour la neutralisation des abris enterrés de la zone de Palets, lors de la phase finale de l’encerclement.

Le 26 août, la 6’ brigade blindée repoussa une attaque japonaise et tout espoir s’évanouit pour les troupes encerclées. La supériorité croissante de l’aviation soviétique suffisait à interdire l’arrivée de troupes fraîches de renfort dans la zone des combats. Pendant la première semaine, l’aviation russe effectua 474 missions et largua 190 tonnes de bombes - chiffre modeste en regard de nos moyennes actuelles, mais l’un des plus élevés depuis 1918. Lors des combats des premiers jours, une formation de cinq Polikarpov I-16 abattit deux chasseurs Mitsubishi A5M avec des roquettes air-air RS 82 de 82 mm. Ce furent probablement les premières victoires aériennes remportées avec ce type d’armes.

Mais ni Joukov ni les autorités Soviétiques ne se tenaient pour satisfaits de ce simple retour aux frontières. Joukov organisa méthodiquement la liquidation des unités japonaises prises au piège en divers points de la zone des collines. Le féroce nettoyage se poursuivit toute une semaine. Pendant cette phase, Joukov fit de nouveau la preuve de son sens tactique et l’Armée rouge de sa supériorité technique. Les troupes japonaises retranchées sur les hauteurs de Remizov comptaient sur les fondrières du Khailastyn-Gol au lit peu profond pour protéger leur flanc sud. Une nuit, les sapeurs russes renforcèrent le lit du fleuve pour en permettre le franchissement par des chars ; armés de lance-flammes, les blindés soviétiques liquidèrent ainsi les derniers môles de résistance japonais.

Le 31 août au matin, tous les Japonais encore présents en territoire mongol étaient morts ou prisonniers. Sur les 60 000 hommes pris dans la nasse, 50 000 furent par la suite déclarés morts, blessés ou disparus. La 23’ division formée de vétérans subit 99 % de pertes. Quant aux Russes, ils reconnurent 10 000 tués et blessés pour l’ensemble de la campagne, chiffre qui semble considérablement inférieur à la vérité. L’aviation japonaise, malgré son infériorité numérique, prétendit avoir abattu 1200 avions soviétiques (les Russes réclamant 660 victoires pour leur part) en quatre mois d’hostilités. Mais à cette époque, l’appui aérien rapproché immédiat était encore dans les limbes, et l’intervention de l’aviation n’eut pas une influence décisive sur le cours des opérations au sol.

Ce jour-là, le dernier du mois d’août, les tankistes exténués et crasseux de Joukov pouvaient regarder vers l’est au-delà de cette frontière enfin reconquise, en attendant l’ordre de la franchir. Du côté de l’armée du Kwangtoung, c’était la panique. L’état-major japonais faisait le vide dans les dépôts de Mandchourie pour reconstituer des unités à opposer à ce qui semblait devoir être un raz de marée soviétique.

L’ordre d’attaque ne vint jamais. En cet automne de 1939, Moscou et le monde avaient d’autres préoccupations, plus urgentes. Le jour même où les troupes de Joukov se rejoignaient derrière les lignes japonaises, Staline et Hitler publiaient le pacte de non-agression. Le dictateur soviétique croyait - avec une naïveté inhabituelle - avoir ainsi gagné le temps nécessaire pour préparer son pays à la guerre.


sources Connaissance de l’histoire n°49 ed Hachette 1982 article "Khalkhin Gol" de Alain Lothian

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