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Flak 18 de 88 mm

, par


Qu’avait donc de magique le canon allemand de 88 mm ? Était-il bien ce canon tout-puissant, qui tirait à 16 km et semait partout la terreur, comme le décrivait une légende persistante ? Non. Lorsqu’en 1939 la deuxième guerre mondiale éclata, la canon de 88 avait déjà six ans — et le modèle original date d’encore plus longtemps.
On demanda un jour à un ancien chef de char ce que l’on ressentait lorsqu’on était atteint par un coup de 88. « Je ne peux pas le dire, répondit-il avec amertume. Tout ce que je me rappelle c’est un fichu grand bang et quelqu’un qui disait : " Bour fous la guerre est fini" ! »
Le Flak 18 de 88 mm était un canon antiaérien. Il entra en service en 1933 après avoir été conçu par les techniciens de Krupp qui travaillèrent à la firme suédoise Bofors de 1920 à 1930. Les restrictions du traité de Versailles avaient interdit la fabrication d’armes en Allemagne, ce qui amena lés Krupp à « exiler » leur personnel plutôt que de le mettre à la porte. Mais lorsque Hitler arriva au pouvoir, les ingénieurs allemands rentrèrent en Allemagne en rapportant les plans d’un canon antiaérien de 88 mm. Le dessin de ce canon n’avait rien de remarquable, si ce n’était le tube, constitué par des tronçons distincts. Cela permettait le remplacement d’une partie usée en conservant les parties encore en bon état. Cela permettait également de fabriquer en série le tube du canon sur des machines-outils non spécialisées.

Les expérimentations et les essais s’ensuivirent, donnant lieu à quelques légères modifications dans l’optique d’une production en série plus facile ; le nouveau modèle fut dénommé Flak 36 de 88 mn. Le modèle 37 vit le jour après que de nouvelles améliorations techniques fussent apportées, mais les performances du canon demeuraient inchangées. Il pouvait tirer 15 obus de 11,35 kg à plus de 10 000 mètres en une minute ; et bien que considéré seulement comme un canon antiaérien, il avait une portée au sol de près de 15 000 m.

En 1939, lorsque la guerre éclata, trois modèles, le 88/18, le 88/36 et le 88/37 étaient les principaux atouts de la défense antiaérienne allemande sur le terntoire national et sur les théâtres d’opérations, et pendant les deux premières années de la 2’ guerre mondiale, les canons antichars standard de 37 mm et de 50 mm suffirent aux besoins des Allemands. Mais, en 1941, le 88 apparut soudain comme l’épouvantail des équipages de chars dans le désert nord-africain. La puissance du 88 dans le rôle antichar n’était pas une nécessité. La Wehrmacht possédait le Pak 38 de 50 mm, un canon qui pouvait percer 96 mm de blindage à près de 1 000 m, et donc parfaitement capable de venir à bout de n’importe quel char britannique de l’époque. Mais la fluidité de la guerre du désert était favorable aux attaques de chars à partir de n’importe quelle direction et les 24 canons antichars de 37 mm et de 50 mm de la division étaient répartis parcimonieusement. Il apparut à un clairvoyant officier allemand que les deux douzaines de 88 du régiment de D.C.A. de la Luftwaffe présentaient un certain intérêt pour boucher les trous, et comme la supériorité aérienne appartenait à l’époque aux Allemands, ils pouvaient se permettre de distraire un certain nombre de canons antiaériens de leur rôle habituel et de les répartir sur le front de la division comme armes antichars.

Le terrain d’essai espagnol

L’idée semblait intéressante mais elle ne pouvait être appliquée sans que le 88 fût adapté à cette tâche ; un projectile à
grande vitesse initiale ne fait pas à lui seul un canon antichar. Il lui faut un système de visée adéquat et surtout la munition appropriée. Dans le cas du 88, les deux existaient, grâce à l’expérience acquise en 1935, par les Allemands au cours de la guerre civile d’Espagne. Durant ce conflit, la Luftwaffe envoya la Légion Condor formée de volontaires, en partie pour aider le général Franco et en partie pour mettre à l’épreuve ses nouveaux matériels et ses nouvelles théories — et avec la Légion arrivèrent un certain nombre de Flak 18 pour la défense des aérodromes. La valeur de ce canon comme arme antiaérienne était démontrée et ses possibilités en tant que canon de campagne ou canon antichar étaient également connues ; des mesures furent prises pour le doter d’un viseur optique pour le tir direct ainsi que d’un projectile capable de percer le blindage des chars.

Cette décision fut bien accueillie par les observateurs militaires qui recommandaient instamment de doter chaque canon du champ de bataille en munitions antichars, du fait que les chars pouvaient circuler dans leur environnement, échapper aux armes antichars spécialisées, apparaître en face d’un canon de campagne et leur causer bien des désagréments. Le résultat fut qu’il devint pratique courante dans l’armée allemande de doter chaque canon d’un type quelconque de projectiles antichars qui pourraient servir en cas d’urgence.
L’utilisation du 88 comme arme sol-sol semble avoir été officialisée par les Allemands avant le début de la 2’ guerre mondiale. Dans les Procédures pour l’attaque de positions défensives fortifiées publiées en Allemagne pendant l’été de 1939, il est stipulé que « des détachements d’assaut supplémentaires, suivis de près par des canons antichars et des canons de 88 mm, seraient lancés contre toute brèche dans les défenses du front. » Ce qui est intéressant ici c’est la distinction faite entre canons antichars et canons de 88 mm : le sujet n’était pas traité en détail mais le potentiel du 88 comme canon d’assaut était directement mis en avant. Mais ces projets demeurèrent en sommeil jusqu’à ce que la situation en Afrique du Nord leur donnât un caractère d’actualité.
La première apparition du 88 comme canon antichar eut lieu le 14 avril 1941, lorsque l’infanterie australienne aux abords de Tobrouk signala, au cours d’une attaque, un grand nombre de canons à long tube sur d’étranges affûts. Ces canons avaient été amenés par l’infanterie allemande chargée de l’attaque et ils restaient là sans participer au combat. Attendaient-ils, conformément aux Procédures d’être lancés contre toute brèche dans les défenses du front ? Mais dans ce cas particulier aucune brèche n’était apparente et les canons furent retirés. Leur apparition suivante fut plus décisive lorsqu’une batterie fut enterrée à Halfaya pour y former le noyau de la défense allemande.

Il était vital pour la survie du 88 de l’enterrer. Jusqu’alors, le plus gros canon antichar du champ de bataille était le Pak 38 de 50 mm. Il avait une hauteur de 1,10 m. au sommet de son bouclier, ce qui le rendait facile à dissimuler derrière le plus proche carré de broussailles du désert. Le 88 Flak 18, pour sa part, mesurait 2,36 ni de haut en position de batterie, et en raison de sa plate-forme et de ses quatre flèches stabilisatrices, il lui fallait un trou de 6,65 m de long sur 5,95 m de large poux être invisible. Cela signifiait bien du travail pour les servants qui devaient creuser ce trou. Mais les 88 furent néanmoins bien dissimulés et alors que certains chefs allemands estimaient que ces canons devaient être gardés à l’arrière en raison de leur taille, leurs artilleurs pensaient différemment. On lit dans un rapport britannique de mai 1942 : « L’emploi du canon de 88 mm avec une audace extrême avait un effet considérable... La pièce était fréquemment amenée en position de batterie sur les flancs des formations blindées à jusqu’à 1 400 mètres de nos chars... Les dégâts qu’ils causaient étaient très importants. » On lit dans un autre rapport : L’expérience montre que lorsqu’ils sont enterrés sur une pente extérieure ces canons sont extrêmement difficiles à repérer à 900 mètres. L’installation des 88 allemands était généralement non orthodoxe et de faux canons étaient fabriqués avec des bouts de bois et de la toile pour tromper les avions qui permettait le réglage de tir allié. »

Un officier d’artillerie britannique, racontant dans le Journal of the Royal Artillery, les combats qu’il avait vécus en 1942 décrivit la position défensive italo-allemande qui avait été abandonnée après la bataille d’El Alamein : « L’installation des canons antichars était particulièrement intéressante... Les canons italiens étaient placés en dépit de tous les principes... Le seul but semblait être d’avoir un bon et profond champ de tir frontal. Pour l’obtenir, les canons devaient s’enterrer au sommet de petits monticules en position dominante ou au sommet de petites crêtes. Ce n’était pas du travail de bonne qualité. »
Les 88 mm contrastaient totalement. Certes, leur champ de tir était généralement frontal, comme le justifiait la puissance de l’arme, mais ils étaient installés et dissimulés avec art et également avec audace. A proximité du champ de mines et sur le périmètre même des barbelés, ils pouvaient descendre de nombreux chars et étaient difficiles à cerner par l’infanterie. Et ces sacrés canons présentaient encore un autre intérêt... Leur construction était rudimentaire mais ingénieuse, leur installation beaucoup plus conforme à notre idée du défilement et des champs de tir limités. En d’autres termes, là où l’armée britannique s’attendait à trouver des canons antichars, elle gaspillait ses munitions sur de faux canons en bois, les vrais 88 étant soigneusement cachés.

A l’époque de la bataille d’El Alamein, l’Afrikakorps possédait 86 de ces armes habilement déployées avec un rôle antichar. Ceci, ajouté à leur précision, créa le mythe de leur super-efficacité. L’obus antichar comportait une petite charge d’explosif qui détonait après avoir percé le blindage et pouvait fendre des plaques de 108 mm. Cette capacité de destruction était effective même sous un angle de 30° et à 1 000 mètres. Capacité redoutable, en particulier alors qu’il n’existait aucun char britannique à l’époque qui eût plus de 80 mm de blindage. Et le 88 pouvait en percer 90 mm à 2 000 m, ce qui signifiait qu’aucun char britannique n’était en sécurité à une distance inférieure à 2 000 m, distance à laquelle les chars étaient parfaitement inefficaces, car leurs canons de 2 livres, et plus tard de 6 livres, n’avaient pas d’obus explosifs.
La situation demeura critique jusqu’à l’arrivée du Lee-Grant, de fabrication américaine. Ce char, qui ne pesait que 28,5 tonnes était armé d’un canon de 75 mm monté en saillie qui tirait des obus explosifs. Le succès de ce char amena les Britanniques à changer de tactique et ils dotèrent tous leurs canons de chars d’obus explosifs.
Malgré toute son efficacité dans la lutte antichar, le 88 demeurait un canon antiaérien. Et les chefs de la Luftwaffe étaient en colère lorsqu’ils s’apercevaient que des 88 prélevés pour une mission antichar ne leur étaient pas rendus. Théoriquement les canons devaient être rendus sur demande mais dans la pratique un canon prêté était un canon perdu pour la Luftwaffe.
Les équipements antiaériens, tels que les cadrans de transmission de données et les dispositifs de réglage de fusées étaient démontés et égarés, les viseurs modifiés, des boucliers non réglementaires étaient installés.
Et lorsque les unités de D.C.A. revoyaient leurs 88 — si tant est qu’elle les revoyaient — un simple examen visuel avait pour résultat leur renvoi à l’atelier pour remontage selon leurs spécifications véritables.
Une fois, en juillet 1942, l’armée britannique utilisa ses canons antiaériens de 3,7 pouces d’une manière analogue. Le 2’ régiment de la « Royal Horse Artillery » s’aperçut qu’il avait reçu quatre canons antiaériens de 3,7 pouces pour la lutte antichar. Mais ce canon se prêtait moins au combat contre les chars que le 88. Techniquement, le 3,7 pouces était une arme plus moderne, destinée à être utilisée avec des systèmes de transmission de données et de commande à distance et qui n’avait aucun viseur adapté au tir sol-sol. Le canon pesait deux tonnes de plus que le 88 et il était plus gros. En outre, la zone affectée aux canons de 3,7 pouces n’était rien de mieux qu’une dépression dans le désert de 800 m de long sur 400 m de large et qui était déjà surabondamment garnie avec quatre compagnies de la Garde, trois batteries de canons de campagne, une batterie antichar et deux éléments légers de D.C.A. Ceci amena le commandant du 2° régiment de R.H.A. à renvoyer deux des canons. Sa position ne fut jamais attaquée et les canons furent finalement retirés de la zone des combats. Ce fut la première et la dernière apparition du 3,7 pouces antiaérien en tant que canon antichar. Le principal facteur était un facteur de disponibilité et de priorité.

Pour avoir un effet appréciable, de grandes quantités de canons de 3,7 pouces auraient dû être déployées et pour cela, ces armes auraient dû être prélevées sur les défenses du canal de Suez et d’Alexandrie, éventualité dangereuse compte tenu de la supériorité de la puissance aérienne de l’Axe à cette époque. De plus, les servants auraient eu besoin d’un entraînement considérable. Mais les capacités du 3,7 pouces étaient reconnues ; il était capable de percer 117 mm de blindage sous un angle de 30° à 900 mètres. C’était légèrement mieux que le 88, et le tube fut donc pris comme modèle pour un canon antichar de 32 livres. Ce devait être une arme aux possibilités effrayantes, mais d’une taille également effrayante, et elle était en cours de mise au point lorsque la guerre se termina en 1945.

Type Canon anti aérien
Fabricant Krupp
Période d’utilisation 1928 -1945 (au dela dans les pays de l’est)

Poids et dimensions
Masse (non chargé) 7, 2 t avec train, 5 t en statique
longueur hors tout 7m62
Longueur du canon 56, 36, ou 71 calibres (4m93)
Caractéristiques techniques
Portée maximale 15 000 m
Cadence de tir 12-15 coups par minute
Vitesse initiale 820 puis 1 000 m/s

La version antiaérienne normalisée du canon Flak 18 de 88 mm, telle qu’elle fut mise au point par les ingénieurs de Krupp en 1932. Avec les modèles 86/36 et 88/37, elle constituait l’élément principal des systèmes de défense aérienne allemands. Son avenir fut assuré lorsque son aptitude comme canon antichar fut démontrée, et sa réputation dura de 1939 à la fin de la 2’ guerre mondiale.


sources connaissance de l’histoire hachette 1981

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