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Extrait : Appui-Feu sur L’Oued Hallaïl

, par

Appui-Feu sur L’Oued Hallaïl - Flammarion - l’aventure vécue - 1960 - Clostermann

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Appui-Feu sur L’Oued Hallaïl
Disponible dans notre Librairie

Tout était maintenant immobile sur le versant ouest dominant Cassaigne. Au loin, vers le sud, un nuage de poussière, sur la piste rejoignant la route du Chéliff, annonçait l’arrivée des camions de la garnison de Mostaganem qu’un Piper Cub de 1’A.L.A.T. accompagnait, décrivant des huit au-dessus de la colonne.
- Ça râle dur chez Perroquet Vert, mon Commandant. Il dit qu’il va faire tirer au canon les AMX (1) qui viennent d’arriver.
- Dites-lui de ma part, Perret, qu’il est un c... Expli­quez-lui que je vois les renforts qui arrivent et que c’est du temps gagné pour le bouclage.

A ce moment, il y eut l’éclair d’un obus de 75 au centre de la mechta. Du champignon de fumée noire qui s’éleva, jaillirent des moellons qui roulèrent et retombèrent en pluie sur les fellaghas redressés d’un seul élan, tiraillant tous sur l’avion. Le chef attrapa sa mitraillette... Dorval dégagea vite de l’autre côté du côteau d’un coup d’aile. Le douar était maintenant vide, et les réfugiés, fouet­tant les mulets, se poussant mutuellement, déboulaient la pente vers l’abri précaire d’une carrière en contre-bas. La trêve était terminée.

- Allô, Epervier leader. Ici Leo 25, je vais marquer votre objectif dans dix secondes. Armes de bord seulement. Atten­tion au fumigène blanc centre de la cible. Attaquez sur un axe 090° !
Il fallait maintenant repasser sur les rebelles pour larguer le fumigène marqueur, et affronter à bout portant leur feu concentré !
Instinctivement, Dorval, Perret et Kopa se tassèrent, nerfs tendus.
- Allez, on y va ! Kopa, vous tirerez au passage, et pas d’économies, faites du bruit. Tâchez d’avoir le type au fou­lard rouge, c’est le chef. Perret, dites à ces imbéciles de bif­fins de cesser leur tir d’artillerie immédiatement !
Dorval respira profondément comme un plongeur qui va se jeter à l’eau. Il vira sec, pouce sur le bouton de contact du grenadeur placé sur la manette des gaz, et revint plein moteur vers la mechta. Il resta en dessous de la ligne de crête le plus longtemps possible pour se dissimuler à la vue des fellagahs. A la dernière seconde, roues rasant l’esplanade de terre battue, il sauta les toits et déboucha sur le vallon. Il appuya aussitôt sur la détente. Le fil de sécurité de la grenade claqua dans le lance-bombe — la 106 était bien partie...
Dorval poussa l’avion plus bas encore, si bas qu’il eut l’impression que l’hélice allait faucher les formes qui s’esqui­vaient ou se laissaient tomber à plat ventre avec des mouve­ments décomposés bizarres de cinéma au ralenti...
Par la vitre ouverte, il entendit les coups de cravache des ondes de choc des balles frôlant l’avion ! Clac - clang - clac... bruits de vitres et de métal froissé. Un choc dans le dossier. Le plafonnier éclata en mille frag­ments de verre...
Arrivé au bas du vallon, il dérapa derrière le rideau d’eu­calyptus. Une dernière balle tirée de l’arrière traversa le coffre à bagages, passa en vrombissant comme un hanneton entre Dorval et Perret qui se rejetèrent sur le côté par réflexe. Ils se regardèrent, un peu pâles.
- Ouf, j’espère que cette vacherie de grenade a fonc­tionné !
La cabine était envahie par l’odeur de la poudre. Des douilles vides roulaient sur le plancher entre les sièges.
- Allô, Leo, ici Epervier. Dégagez mon axe plus vite. J’attaque !
Bien, la grenade avait donc fonctionné.
La mitrailleuse de Kopa était enrayée, et il l’entendait jurer entre ses dents dans le téléphone de bord. Epaules arc­boutées contre le plafond, pieds calés contre les parois pour garder son équilibre dans les manoeuvres violentes de l’avion, il essayait de dégager avec un tournevis les balles coincées.
Les impacts reçus n’étaient pas graves. Le moteur tournait rond, les instruments ne décelaient aucune anomalie et les commandes répondaient normalement.
Dorval repassa sur auto-pauvre et prit de l’altitude. Sur la route de Renault il y avait foule maintenant. Trois AMX, les deux half-tracks du début, une traction avant civile - « l’autorité » sans doute... - une ambulance. Autour d’un poste émetteur il y avait un groupe de civils et de militaires, aux premières loges pour assister à l’appui-feu aerien.
Le guidage d’un appui-feu imposait une parfaite coordi­nation entre l’avion P.C. Volant et les chasseurs rapides, aveuglés par la vitesse .
L’objectif était indiqué par une grenade spéciale émettant une fumée blanche visible à plusieurs kilomètres. La mise en place du marqueur était délicate, exposant évidemment le vulnérable avion d’observation au tir adverse. Pour vérifier le résultat de chaque passe et surveiller les déplacements de l’ennemi, le Broussard devait continuer à décrire des huit à basse altitude, adaptant les intervalles entre ses passages aux rafales des avions de chasse.
Dorval, avec la confiance de l’habitude, savait à une seconde vitale près, quand basculer son avion et revenir observer sur l’objectif. C’était comme un ballet bien réglé.
La première paire de P. 47 amorça l’attaque qu’il surveilla du coin de l’oeil. Quand il vit qu’ils étaient bien engagés, il commença alors son piqué, calculant sa courbe pour croiser leur trajectoire à la hauteur de la mechta. C’était le moment crucial, car il ne pouvait pas voir les deux chasseurs qui piquaient au-dessus et en arrière de lui dans le même axe. Un « timing » parfait était nécessaire pour ne pas les gêner, ou, pire risquer de traverser leur salve. Il fallait cependant arriver sur le but une seconde ou deux après la retombée des éclats et des ricochets, pour observer l’effi­cacité du tir, le régler pour la passe suivante.
Dans un fracas de train express qui domina le bruit du Pratt, Dorval penché en avant vit passer les roquettes en haut de son pare-brise - quatre traînées de flammes ron­flantes, suivies de quatre autres. Il sentit le vent des hélices des P. 47 le doublant en trombe, vingt mètres au-dessus, ailes empanachées d’éclairs, semant seize traînées brillantes de douilles vides...
Il s’écarta pour éviter les remous dangereux, et essaya de voir à travers la poussière et les débris soulevés par les roquettes. Il était furieux, car elles étaient parfaitement inu­tiles contre ce type d’objectif.
- Allô, Epervier, tir correct. Conservez vos autres roquettes S.V.P. !
La katiba s’était instantanément dispersée, et les fellaghas couraient dans tous les sens comme les fourmis affolées d’une fourmilière écrasée...
Il fallait maintenant faire vite. Dorval savait par expé­rience qu’ils allaient se terrer, disparaître, se fondre littéra­lement dans le paysage. Il aurait préféré pour le coup de masse du départ des Mistrals dont les quatre canons de 20 mm étaient infiniment plus efficaces pour l’appui-feu anti-personnel.
Le défaut des 12,7 résidait dans leur solidité et leur préci­sion. Quand elles touchaient, elles tuaient évidemment, mais à un centimètre de l’homme faisaient simplement un trou dans la terre ou s’écrasaient contre le rocher... La fusée sensible de l’obus de 20 mm explosait même au contact d’une feuille d’arbre, arrosant d’éclats une grande surface de terrain - et l’éclat de 20 était léthal dans un rayon de quinze mètres. Une salve de trois secondes bien concentrée dans la ressource déroulait au sol un tapis mortel de cin­quante mètres de long sur trente de large.
Les deux premiers P. 47 remontaient comme de gros ton­neaux brillants, et la paire suivante tirait déjà tandis que la troisième commençait à piquer. C’était la noria de « straffing » parfaite.
Clac ! Clac !
Deux nouveaux impacts. Cette fois la balle avait touché la corne d’équilibrage d’un aileron, résonnant à travers les câbles de commande jusqu’au manche sous la paume de Dorval. Aggravée par l’énervement, c’était une véritable rage de dents qui pulsait douloureusement dans sa mâchoire. Perret, tendu, gardait quand même son sourire ironique et Kopa -enrageait
- Mon Commandant, je n’arrive pas à désenrayer cette saloperie préhistorique !
- Fermez-la, Kopa. Tirez au PM (2), tirez à la carabine américaine si vous voulez !
- Pas à la carabine surtout, il faudrait rendre compte des munitions à l’armurier !
Dorval se maudissait d’avoir oublié les gilets anti-flak. Quant au blindage amovible prévu, il était inutile et alour­dissait l’avion - les équipages ne le montaient jamais. Etant dans l’obligation de tourner constamment à gauche pour observer de sa place pilote, il était appuyé de la ceinture à la tête à une vitre fragile, directement exposé aux projectiles sans protection palpable.
Les gilets métalliques pare-balles de l’Armée de l’Air étaient d’ailleurs des monstruosités provenant des ’surplusaméricains, épuisants à porter, tout juste bons à s’asseoir dessus... Dorval jura d’acheter à son prochain passage à Alger une veste cuirassée plastique dernier cri qu’il avait vue à la vitrine d’un tailleur.
A quarante mètres de la gueule des mitrailleuses depuis plus d’une heure, il se sentait de plus en plus vulnérable. A chaque gifle sur les tôles marquant de nouveaux impacts, ses muscles se crispaient et se dénouaient en tremblant. La situa­tion de Perret était encore moins enviable, car il ne pouvait qu’attendre passivement, accroché à son micro, rendant compte de la situation au commandement de l’opération. Kopa, lui, avait une arme, avec l’avantage moral de la riposte, l’odeur de la poudre...
- Alors, ça va derrière ?
Dorval se retourna et vit le visage luisant de Kopa penché sur sa mitrailleuse, fasciné par le déroulement de la bande qui sautait comme un serpent à chaque pression des pouces sur les gâchettes.
Sous le feu des P. 47 la katiba (1) s’était émiettée en petits groupes tournoyants qui s’assemblaient et se défaisaient comme des gouttes d’eau se vaporisant sur une plaque de fer rougie. Les fellaghas se courbaient, s’agenouillaient tirant sur les avions, tombaient à plat ventre à chaque passage, cou­raient entre les oliviers, s’accroupissaient derrière les pierres, profitant du moindre relief en creux.
Le bouclage se mettait en place dans les vallées voisines, et Dorval voyait sur les sentiers les compagnies d’infanterie en file indienne qui prenaient position. Il n’arrivait pas à comprendre où les fellaghas voulaient en venir. Ils auraient pu décrocher par ferkas ou individuellement - ils en avaient eu largement le temps - au lieu de se laisser acculer sur ce plateau où ils étaient voués au massacre...
La partie était maintenant jouée pour eux, car la nuit était encore trop éloignée pour qu’ils pussent compter s’esquiver à la faveur de l’obscurité. Quand le soleil se coucherait, il n’y en aurait plus un seul vivant. Les fellaghas ripostaient avec le courage du désespoir, con­centrant surtout leur tir contre le Broussard qu’ils savaient être à la source de ce déluge de fer et de feu.
Un P. 47 fut touché. Il s’éloigna, égrenant un chapelet de fumée noire, secoué par les ratés du moteur... Le pilote était jeune et perdait un peu les pédales. Dorval le prit en main.
- Allô, Epervier Rouge quatre, il y a une bande de crash à Mostaganem - cap deux cent trente, à moins de trente-cinq kilomètres. Réduisez et passez l’hélice au grand pas. Si votre moteur coupe, gardez une bonne marge de vitesse pour virer.
Dorval essaya de le suivre, mais l’avion endommagé était trop rapide. Il revint vers la bataille. Les H.L.L. s’étaient maintenant divisés en trois groupes distincts. L’un était revenu sur ses traces, et s’était retranché dans la mechta sur laquelle flottait le drapeau vert et blanc frappé du croissant et de l’étoile. Un autre s’était concentré autour de deux marabouts - un blanc et un rose - sur l’éperon de la falaise dominant l’oued et la route.’ Le troi­sième tentait de filer vers le sud entre les éboulis de rochers, par paquets de cinq ou six hommes déjà pris à partie par nos armes automatiques.
Dorval dirigea les premiers Mistrals vers le marabout rose qui disparut dans un nuage de poussière. Quand il se dissipa, le petit édifice s’était évanoui, volatilisé par les salves de roquettes. Ensuite, commença au canon le nettoyage du bois d’oli­viers. Les grappes d’explosions s’accrochaient aux troncs, ser­pentaient, hachaient les branches. La fumée bleue s’épaissis­sait à chaque passage, et se piquetait des flammes rapides des obus...
Vers dix heures, il ne restait plus de la mechta qu’un tas fumant de pierres et des corps sous les débris... A jeun depuis le dîner hâtif de la veille, Dorval se sentait à la fois abruti par la chaleur du soleil qui tapait dur à travers les vitres, et écoeuré par le spectacle. Il savait que l’écrasement par les avions était préférable au corps à corps d’infanterie au cours duquel l’Armée aurait certai­nement subi de lourdes pertes devant l’armement puissant des rebelles...
C’était quand même un gâchis pathétique. Comme d’habi­tude, cette bande devait être composée moitié d’anciens sol­dats de l’armée française - la façon dont ils manoeuvraient sous le feu le prouvait - et le reste par des étudiants d’Alger ou de Paris, pauvres gamins qui tuaient et qui mouraient pour un idéal... Chaque fois, devant les formes inertes qui gisaient, Dorval pensait au Tchen de Malraux
« Je sais de quel poids pèse sur toute cause le sang versé pour elle ! » De quel poids allait peser tout ce sang versé aujourd’hui, ajouté à tant d’autre hier et demain, pour cette cause déses­pérée ?...
Il y avait bientôt quatre heures que les patrouilles de Mistrals et de P. 47 se succédaient sur la cote 547. Le Piper de l’A.L.A.T. s’était fait descendre à côté du marabout blanc. Dorval l’avait pourtant prévenu par radio de ne pas venir se mêler à cette affaire. Non seulement il gênait le Broussard et les chasseurs, mais encore le risque était trop grand pour lui. En effet, autour du marabout blanc, un groupe de fellaghas s’était organisé. Quelques-uns, à plat ventre sur la coupole avec deux mitrailleuses, faisaient de la D.C.A. Une des armes tirait même à la balle traçante, et Dorval devant les petits charbons ardents qui montaient en gerbe lumineuse vers lui, s’était retrouvé un instant douze ans en arrière devant la flak allemande. A chaque angle du marabout, dissimulé entre les aloès et couvert par une murette basse, il y avait un fusil-mitrailleur.
Le Piper passant trop près avait ramassé une rafale de plein fouet. Le petit avion jaune s’était littéralement désar­ticulé en l’air, et la boule de toile et de tubes s’était effondrée en flammes dans la vallée...
Dorval se sentait maintenant vidé, les nerfs à bout - sa dent, l’estomac vide... La sueur ruisselait le long de ses sour­cils. L’élastique du laryngophone trempé, trop serré lui meur­trissait la gorge. Après plusieurs heures de manoeuvres vio­lentes, les deux tonnes et demie de l’avion commençaient à peser dans ses bras. Ses gants étaient noirs de transpiration, et une crampe douloureuse paralysait sa main gauche. Il s’aperçut qu’elle était littéralement rivée à la manette des gaz par une crispation nerveuse des muscles. Il réussit à l’ouvrir et remua ses doigts engourdis.
Une balle avait déchiré une large bande de capitonnage dans la cabine à la hauteur du longeron principal, et une autre avait brisé le pare-soleil, répandant une pluie d’éclats de plexiglass bleu, coupants comme du verre. Tout le plateau était maintenant recouvert d’une couche de fumée et de poussière. Le marabout blanc était difficile à repérer pour les Mistrals, et les grenades fumigènes ne fai­saient qu’augmenter la confusion. Dorval essaya alors de gui­der les réacteurs par la position du Broussard.
- Allô, Merlin Bleu, commencez à piquer sur moi, et je vous donnerai le top à la verticale du marabout. - Roger Leo. Merlin Bleu attention pour aéro-freins, trois, deux, un...
Dorval descendit droit sur le marabout, plein moteur. Mille mètres derrière suivaient les Mistrals. Cette fois les traçantes lui arrivaient droit entre les yeux. Kopa s’était accroupi entre Perret et lui. Au ras de la falaise, il redressa brutalement, hurla son TOP » et dégagea...
- Attention au réservoir gauche !
Cette fois ça y était.
Sous l’aile, près de la jauge, il y avait un trou déchiqueté gros comme le poing, et une traînée blanche d’essence pulvé­risée s’échappait, filant vers les gouvernails. Instinctivement Dorval dérapa un peu vers la droite pour éloigner des pots d’échappement ce qui était devenu de la dynamite liquide.
Maintenant une large tache sombre s’étalait sur le voletd’intrados, et des gouttes tremblaient dans les filets d’air le long du bord de fuite.
Kopa s’agenouilla et tourna le robinet du by-pass d’essence sur le réservoir percé pour en tirer le maximum et éviter un transfert du réservoir intact.
- Si le moteur coupe, mon Commandant, branchez tout de suite la pompe électrique. Il ne nous reste plus que soixante litres dans le réservoir droit. - O.K., il est temps de rentrer !
Déjà la lampe rouge du réservoir gauche clignotait son avertissement, et quelque chose cognait vers l’arrière du fuse­lage, transmettant une légère vibration aux commandes.
- Allô, Athos. Ici Leo 25. Je dois rentrer because pétrole et perforations. Avez-vous prévu une relève pour moi ? - Allô, Leo 25, ici Athos, affirmatif, relève à décollé à dix heures vingt-cinq. Pouvez-vous rester encore dix minutes sur place ? - Allô, Athos, ici Leo 25, négatif. Cinq minutes seule­ment. L’affaire se termine. Inutile de prévoir les hélicoptères. - O.K. Leo, à votre discrétion. Merci pour le bon travail. Terminé.
Il était onze heures. La mission avait duré pratiquement cinq heures. Les réservoirs étaient à sec, les deux lampes rouges allumées.
Dorval fit une longue approche directe, prudente, pompe branchée pour éviter un désamorçage du moteur à la dernière seconde. Kopa toujours vigilant l’empêcha de baisser les volets. En effet, le vérin électrique de commande pouvait provoquer une étincelle et l’explosion de l’aile envahie par les vapeurs d’essence. Au parking, le Broussard fut très entouré de curieux atti­rés par les nouvelles de la bataille vite répandues sur la base.
Jambes molles, Dorval ne se sentait pas la force de répondre à toutes les questions. Il s’affala dans la jeep qui l’emmena aux opérations pour un premier rapport verbal. Par la fenêtre, il vit Kopa et Perret, combinaisons trempées de sueur, qui regagnaient à pied leur mess. Il était fier de son équipage - il avait réussi à apprivoiser Kopa dont le carac­tère était impossible pour tous les autres pilotes, et à forcer la confiance du flegmatique et nonchalant Perret... Il décida de les proposer cet après-midi même pour la Croix de la Valeur Militaire, et de demander officiellement à Alger la solde à l’air de mécanicien navigant pour Kopa.

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