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Comme si les deux mers se reconnaissaient

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Lesseps rayonnait. Une estrade avait été dressée face au chenal d’arrivée des eaux dans le bassin des lacs Amers. De minces poutrelles mobiles étaient disposées le long du pertuis-déversoir, et des ouvriers se tenaient sur une passerelle, prêts à les enlever pour livrer passage à l’eau. Le khédive donne le signal, et la première poutrelle de la travée centrale est dégagée. Aussitôt un jet d’eau de mer s’élance par l’ouverture, avec un bruit strident. On enlève successivement les autres poutrelles : le jet devient une gerbe blanchâtre, puis une cascade qui brille au soleil. Deux, trois, quatre, vingt travées s’ouvrent tour à tour, et de toutes parts le flot jaillit...
Enfin les cinq cents poutrelles sont levées ; et la nappe d’eau, devenue générale, est un torrent qui passe en mugissant et se change bientôt en un fleuve boueux gagnant le centre du bassin des lacs Amers... La Méditerranée accourait pour prêter son aide à l’achèvement d’une des oeuvres les plus merveilleuses du génie humain.
Entre les lacs Amers et la mer Rouge, il ne resta bientôt plus que cinq kilomètres de canal à creuser. Les ouvriers redoublaient d’ardeur. On lisait dans les yeux des travailleurs européens la fierté de la tâche quotidienne accomplie, l’orgueil de l’avancement réalisé, l’ambition de dépasser le lendemain le record de la veille.
Quant aux fellahs, pour la première fois sans doute dans l’histoire de leur race ils étaient heureux ; ils touchaient un salaire en échange de leur travail et n’avaient plus aucune inquiétude de périr de faim, de soif ou de misère.
La construction du chemin de fer du Caire avait coûté la vie à environ dix mille fellahs ; en 1868, la mortalité dans l’isthme, en dépit de quinze millions de mètres cubes de terre ou de vase enlevés, transportés, manipulés, s’était établie à 1,52 %, tandis qu’en France, à la même époque, elle atteignait 2,40 % !
Lesseps éprouvait une joie profonde de ces résultats insoupçonnés. Cela aussi, c’était sa récompense ; une récompense durable, car, si le bon état sanitaire général devait être attribué pour une part à l’hygiène du logement et à l’abondance de la nourri
ture, Lesseps savait qu’y avait contribué également, et continuerait d’y contribuer désormais, l’abaissement de la température et l’apparition des pluies, jusqu’alors inconnues dans l’isthme, résultant de la présence nouvelle des vastes surfaces d’eau du canal.
Le 15 août, de nouvelles fêtes eurent lieu à Suez pour célébrer la jonction, dans les lacs Amers, des eaux de la Méditerranée et de la mer Rouge. L’opération se déroula avec le plus grand succès. On eût dit que les deux mers, qui s’étaient déjà trouvé mêlées l’une à l’autre quelques milliers d’années plus tôt, se reconnaissaient.
A ces cérémonies, Ali pacha Moubarek, ministre des Travaux publics du khédive, représentait le vice-roi absent. Celui-ci accomplissait en effet, à ce moment, un long voyage en Europe, où il était allé inviter les souverains des grandes puissances à l’inauguration du canal maritime.
Dès le lendemain 16 août, l’administration de la Compagnie du canal de Suez publiait son Règlement de navigation. [I débutait ainsi :
ART. 1er — La navigation sur le canal maritime de Suez est permise à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, pourvu qu’ils ne calent pas plus de 7,50 mètres, le canal ayant 8 mètres de profondeur.
Les navires à vapeur pourront naviguer sur le canal avec leur propre propulseur.
Trois mois plus tard, le 16 novembre 1869, les fêtes solennelles de l’inauguration du canal de Suez commençaient.
Pour l’inauguration solennelle du canal, Lesseps s’était discrètement effacé devant le khédive Ismaïl pacha, souverain d’Égypte, et celui-ci, flatté que tant de gloire parût lui revenir personnellement, avait tenu à recevoir ses invités dans un décor et avec un faste qui évoquassent pour eux quelque conte des « Mille et une Nuits ».


sources : article de Palluel-Marmont dans Le journal de la france second empire Historia Tallendier 1970

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