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Canon de 75 Modèle 1897

, par

Canon de 75 Mdle 1897

Pays : France

Calibre : 75mm

longueur du tube : 2.58m

poid : 1 140 kg

poid en ordre de marche : 1 970 kg

vitesses initiale du projectile : 575m/s

champs de tir horizontal : 6°

champ de tir vertical : -11° à +18°

portée : 11 000 m

poid du projectile : 6.195 kg

Le canon 75 mm modèle 1897 est une pièce d’artillerie de campagne de l’armée française, qui est l’un des canons les plus célèbres de tous les temps. D’une conception révolutionnaire pour son époque, il regroupe, en effet, tous les derniers perfectionnements intervenus dans l’artillerie à la fin du XIXe siècle, à savoir : l’utilisation de la poudre sans fumée, de la munition encartouchée, de l’obus fusant, d’un chargement par la culasse selon le procédé Nordenfelt, et d’un frein de recul hydropneumatique. Cette synthèse, en éliminant les effets du recul, rendait enfin possible un vieux rêve des artilleurs, le tir rapide.

Devenu un emblème de la puissance militaire française, connu bientôt comme le soixante quinze, voire notre glorieux soixante quinze, il fait l’objet d’un culte de la part des militaires et patriotes français, qui voient en lui une solution miracle à tout problème. Cet enthousiasme conduira à négliger entre autres la modernisation de l’artillerie lourde, erreur qui sera durement payée lors de la Première Guerre mondiale. En effet si le 75 est le meilleur canon de campagne de l’époque, il est beaucoup moins à l’aise et utile dans une guerre de position, où l’on a besoin d’artillerie lourde, pour atteindre les troupes retranchées. Il se distinguera néanmoins de façon glorieuse, mais en grande partie grâce à ses servants qui paieront un lourd tribut. Encore en service en grand nombre dans l’armée française de 1940, il se montra cette fois-ci dépassé dans la guerre de mouvement, car on avait tardé à le rendre apte à la traction automobile, désormais nécessaire. Il connaîtra toutefois, une seconde jeunesse comme pièce antichar, aux mains de la Wehrmacht et des forces françaises libres.

Naissance

En septembre 1892, un canon expérimental à tir rapide de 52 millimètres de calibre, conçu par le capitaine Sainte-Claire Deville, est essayé à l’arsenal de Bourges. Le général Mathieu, directeur de l’artillerie, demande au commandant Deport, polytechnicien et officier d’artillerie, qui dirige les ateliers de Puteaux, d’entreprendre la réalisation d’une version agrandie avec un calibre de 75 millimètres. Le projet prend la désignation de 75C. Parallèlement sont lancés deux autres projets, surtout destinés à induire le renseignement allemand en erreur, les 75A et 75B. Un premier tir d’essais du 75C est réalisé début 1893, mais des problèmes d’étanchéité et de fiabilité du frein de recul se posent encore. Il en sera de même lors des tirs du 25 novembre 1893 et du 19 mai 1894, néanmoins après le second, le ministre de la guerre, le général Mercier, décide de commander 340 pièces. En novembre 1894, Deport découragé, décide de partir à la retraite, et est remplacé par Sainte-Claire Deville, qui est assisté par le capitaine Rimailho. Il décide de revoir entièrement le frein, mais en utilisant les blocs d’aciers commandés pour la fabrication de ceux du premier modèle ; trois années d’études seront nécessaires pour arriver à un résultat satisfaisant, le frein II. Il agrandit aussi le champ de l’étude, en y incluant tout ce qui est nécessaire au service de la pièce, c’est à dire en particulier le problème d’un ravitaillement efficace en munitions, rendu essentiel par la grande cadence de tir. Le général Langlois lui ordonne aussi de prévoir l’emploi du tir fusant, en modifiant l’appareil de débouchage des évents, qu’il avait réalisé pour sa pièce de 52.

Pour résoudre le problème du ravitaillement, Sainte-Claire Deville rompt avec l’usage de l’artillerie qui jusqu’alors plaçait ses caissons à munitions bien en arrière des canons. Il conçoit un caisson d’avant train, qui se renverse juste à côté de la pièce, réduisant ainsi la fatigue des pourvoyeurs, qui n’ont plus à transporter les obus sur plusieurs mètres pour alimenter les pièces. Le basculement du caisson résout élégamment, à la fois le problème du transport des cartouches, qui transportées horizontalement, risqueraient de subir des déformations inacceptables, mais aussi procure aux pourvoyeurs un abri, car lors du tir ils sont couverts par le fond du caisson et ses portes, et peuvent relativement protégés, extraire et préparer les obus pour le reste de l’équipe de tir. Au niveau, plusieurs innovations, outre le frein de recul, sont mise en œuvre, pour permettre le tir rapide, pour immobiliser la pièce, les deux roues sont pourvues de frein à abattement, dont les patins viennent s’interposer entre le sol et la bande de roulement, de plus une bêche à l’arrière de la flèche, s’enfonce dans le sol, lors du premier tir.

En décembre 1896, les essais de la nouvelle pièce se révèlent extrêmement concluants : dix mille coups sont tirés à une cadence de vingt coups par minute, sans incident. Une commande de six cents exemplaires est donc lancée pour 1897. La production de chaque élément du 75, est réalisée dans deux manufactures associées, mesure pronée par Deville, pour favoriser une meilleure interchangeabilité des pièces de rechange. Les canons sont fabriqués à Bourges et Tarbes, les affûts à Tarbes et à Tulle, les caissons à Saint-Étienne et à Châtellerault, et les glissères et freins, à Puteaux et Saint-Étienne. Un commission des armements, crée en décembre 1897 et dirigée par le général Gras, est chargée de coordonner et contrôler la fabrication. Le canon rentre officiellement en service dans l’armée française, le 28 mars 1898, et est présenté au public, pour la première fois que le 14 juillet 1899, lors du défilé sur les Champs Élysées. Entre temps, pour continuer à tromper l’Allemagne, le général Deloye, successeur de Mathieu, fait poursuivre les essais des 75A et 75B, allant jusqu’à suggérer que le 75B risque d’être adopté. Cette entreprise de désinformation, dans le contexte de l’affaire Dreyfus, porte ses fruits : l’armée du Kaiser adopte en effet précipitamment, en 1896, un modèle de canon de 77 mm, à affût rigide, complètement dépassé par rapport au modèle 1897, et ne poursuit pas les études sur une pièce similaire, présentée par Conrad Haussner, en 1891, qui souffre des mêmes problèmes que les premiers freins français.

Description

Le système d’arme composant le Matériel de 75 mm modèle 1897, se compose de trois éléments roulants, le canon, l’avant-train et l’arrière train-caisson, qui se combinent pour donner deux types d’attelage : la voiture-canon et la voiture-caisson. Comme il est traditionnel dans l’artillerie française depuis le système de la Vallière, les éléments comme les roues sont interchangeables. Trois types de roues seront par ailleurs produits : la roue n°7, la roue n°7 renforcée et la roue n°7C renforcée, les deux premières se composent de sept jantes de bois reliées au moyeux, par quatorze rais en bois aussi. Le moyeu s’engage sur la fusée de l’essieu, par l’intermédiaire d’une douille en bronze. La roue renforcée est pourvue de sabots métalliques qui renforcent la liaison entre les raies et les jantes, et d’un cercle métallique qui renforce le pourtour des jantes, quant à la roue 7C, elle ne possède par mesure de simplification, plus que deux jantes en bois cintrées.

Le canon

Le canon en lui même est constitué d’un unique tube en acier, renforcé à l’arrière par un manchon porte-culasse, il est long de 2,72 mètres et pourvu de vingt-quatre rayures à pas constant vers la droite et profondes de 0,5 millimètres, sur une longueur de 2,23 mètres. Il repose sur une jaquette en bronze qui sert de chariot lors du recul. Il est fermé à l’arrière par un bloc culasse à vis excentrée de type Nordenfeld. Cet élément permet un tir très rapide et sécurisé, l’ouverture et la fermeture de la culasse, se fait par un simple mouvement d’environ 120° de la poignée de manivelle, ce qui obturait la chambre, par une rotation de la vis-culasse, dont l’étanchéité était de plus assurée par la douille en laiton de l’obus. Le percuteur n’étant en face de l’amorce de douille que lorsque la culasse était toute verrouillée, toute action prématurée sur la cordelette du tire-feu ne pouvait déclencher le tir, rendant l’opération très sûre. Après le tir, l’ouverture de la culasse actionnait un mécanisme d’extraction de la douille, qui est tirée par son bourrelet postérieur.

Le canon n’est relié à l’affût que par le dispositif de frein de tir, les tourillons de celui-ci reposent sur les flasques, et au canon par une tige. Le principe du long recul est assez simple dans son principe, mais il fut ardu à mettre au point et à rendre fiable, avec les technologies de l’époque. Le frein de type I de Deport et de type II, de Sainte-CLaire Deville, bien qu’ils ne diffèrent peu dans leur principe, sont nettement différents dans leur fabrication. Plutôt qu’un ressort, on utilise la compression d’un volume d’air enfermé pour obtenir la récupération de l’énergie du recul et la remise en batterie grâce à celle-ci. La tige porte-canon est pourvue d’un piston à son arrière qui pousse sur l’huile contenue dans le tube supérieur, et force celle à passer par un évent dans le tube inférieur, où elle fait reculer le piston libre qui la sépare de l’air comprimé. L’énergie cinétique du recul et la force exercée par l’air comprimé, s’équilibrent ainsi progressivement, amortissant en douceur le mouvement du canon. Celui-ci une fois stoppé, l’air se détend de nouveau repoussant alors l’huile et donc le canon. Au total l’ensemble mobile pesant 461 kilogrammes, recule d’une longueur située entre 1,14 et 1,22 mètre.

L’affût du canon est composé d’une flèche composée de deux flasques, rendue solidaire par des entretoises, tous en fortes tôles d’acier, l’ensemble est caréné sur le dessus par une tôle plus fine, qui comporte un coussin, sur lequel repose le frein du canon, en position de route. Sur les flasques, sont fixés, les deux couvre-essieux, la bêche de crosse et deux poignées de crosse. Sur les deux couvre-essieux, viennent se fixer l’essieu tubulaire dont les deux extrémités coniques s’engagent dans les moyeux de roues, mais aussi les deux boucliers en acier indépendant, qui protègent les servants sur le champ de bataille, celui de gauche est renforcé par un arc boutant qui le fixe au flasque. En 1909, les boucliers s’étant révelés trop fragile en campagne, on modifiera leur arrangement, l’arc boutant est déplacé sur le bouclier de droite, et une traverse amovible, les relie au dessus du canon, ainsi que des cornières au dessous.

En dessous de la flèche, on trouve le mécanisme qui sert à mettre en place le frein de roue, lors du tir, l’ensemble rigide des deux patins, lorsqu’il est déverrouillé, descend vers le sol, derrière les roues, en pivotant autour de l’essieu. Un coulisseau vient bloquer la tringle à l’arrière de l’ensemble, lors de la mise en batterie par les servants qui lèvent la crosse du canon. Les deux roues sont alors contraintes de monter sur les patins et la pièce repose alors sur trois points fixes, les deux patins et la bêche de crosse. Cette dernière s’enfonce dans le sol lors du premier tir, le canon reculant d’environ dix centimètres, par la suite il devient presque totalement immobile, lors des tirs suivants, ce qui permet aux servants de rester à sa proximité immédiate.

L’avant-train

Il est constitué d’un essieu, d’une voie de 1,51 mètre, portant un coffre où sont logés verticalement dans quatre groupes alvéoles, 72 obus. il pèse 774 kilogrammes approvisionné en obus explosifs, et 830 lorsqu’il est chargé avec des obus à balles. Il est surmonté d’une banquette pour deux servants et prolongé par un timon de 2,7 mètres sur lequel sont attelés six, ou parfois quatre chevaux de trait. Lors de la mise en batterie d’une pièce, l’avant train d’un canon, est placé à gauche de la pièce et renversé, pour donner accès facile aux munitions qui se retrouvent à l’horizontale. L’appareil débouchoir de fusée, est fixé au centre du coffre à munitions. Cette ensemble mécanique de haute précision, permet de régler précisement et rapidement, la durée de combustion des fusées de retard 22/31 des obus à balles. Le réglage du minutage est réalisé par une coupe réalisée dans la mèche de poudre en colimaçon de la fusée, le dispositif comprend donc un porte-lame actionné par un levier, et un ensemble d’engrenages qui convertit la distance souhaitée en position de la lame sur la fusée, le tout en double pour accélérer la manœuvre. Par la suite un modèle modifié, avec deux graduations, sera introduit permettant de régler aussi les fusées 22/31A qui ont elles un retard maximum de 31 secondes au lieu de 24.

L’arrière-train caisson

Cette remorque qui s’attache au même avant-train que le canon, emporte elle 48 obus supplémentaires, soit un total de 72 obus pour chaque voiture caisson. Chaque pièce est accompagnée par son caisson, ce qui lui donne un total de 120 coups disponibles. par ailleurs, chaque batterie de quatre pièces, possède huit voitures caissons supplémentaires, qui sont réparties entre les 5e, 6e et 7e pièces de la batterie, soit un total de 1248 obus pour la batterie ou 312 pour chaque pièce. Au combat, les quatre premières pièces dite de tir, soit une voiture canon et une voiture caisson, ainsi que la cinquième, avec deux voitures caissons, se déploient sur la position de tir. Les deux autres pièces de chacune trois voitures caisson, se placent elles à quatre ou cinq cents mètres en arrière, dans une position abritée, pour constituer l’échelon de combat. Elle sont accompagnée d’une huitième pièce, qui regroupe une voiture de forge et le fourgon de batterie. La neuvième pièce de batterie, qui regroupe trois fourgons de vivres et une voiture fourragère, est généralement affectée au train régimentaire, pour dégager les chefs de batterie des tâches d’intendance.

Les organes de visée et accessoires

Les munitions

Les munitions employées par le 75 modèle 1897, sont de type encartouché, c’est à dire que l’obus est serti sur une douille en laiton, qui contient la charge propulsive, ce qui permet le chargement rapide du coup, mais qui assure, par son culot, aussi la parfaite étanchéité du canon lors du tir. Le mélange propulsif utilisé est la poudre B (d’après le nom du général Boulanger), mise au point en 1884, par le chimiste Paul Vieille. Elle est sans fumée, ce qui permet le tir rapide, la poudre noire rendrait le tir rapide impossible du fait des vapeurs dégagées et de l’encrassement du tube, mais son manque de stabilité sous les climats chauds obligera les ingénieurs à peindre le matériel dans une couleur claire, le gris bleu sera adopté à la place du vert olive habituel. Par la suite, le service des poudres améliorera le mélange en y adjoignant une petite quantité de diphénylamine. Trois types de charges sont disponibles, la charge normale, celle réduite qui permet des tir plus plongeants et fatigue moins le matériel, et les charges spéciales de décuivrage, qui contiennent de faibles quantités de plomb et d’étain, pour nettoyer les rayures du tube, des reliquats de cuivre laissé par les obus. Les trois types de charges sont distingués par le marquage,de la vitesse initiale obtenue,sur la cartouche.

Deux grands types d’obus sont montés sur les cartouches, les obus explosifs et ceux à balles, communément appelés shrapnel. Le premier obus explosif, le modèle explosif modèle 1897, est pourvu d’une forte paroi en acier et d’une petite quantité de charge explosive (170 grammes de poudre noire). Il est pourvu d’une fusée à double effet DE 22/31, qui explose au contact ou avec un retard maximum de 24 secondes. Son évolution, donnera le modèle 1900, à paroi plus fine, ne pesant que 5,4 kilogrammes, mais chargé de 695 grammes de mélinite, dont l’emploi nécessite l’utilisation d’un détonateur relais à mélinite pulvérulente. Il utilise aussi de nouveaux types de fusées explosant à l’impact ou après celui-ci, la série des percutantes 24/31 (modèle 1899, modèle 1899/1915, modèle 1914 et modèle 1916), pour lui donner de l’efficacité contre les fortifications. Certains des obus de type 1900, sont en outre pourvus de mélange fumigène, pour faciliter le réglage du tir. Un dispositif de freinage aérodynamique, simple plaquette se fixant sur la pointe de l’ogive, sera aussi utilisé, pour donner plus de courbure à la trajectoire et atteindre des objectifs masqués, mais son usage nuisait à la précision du tir. À la fin de guerre apparaîtront les types 1917 et 1918, du général Dessaleux, qui mieux profilés atteindront des portées de l’ordre de onze kilomètres.

Les obus à balles, eux aussi sont deux types M et A. Le M, de 1897, dit à charge mélangée, contient 440 grammes de poudre noire et 290 balles sphériques de douze grammes, en plomb durci à l’antimoine, le tout entouré de parois fines en acier. Il sera pratiquement supplanté par le type A, ou à charge arrière, où la charge poudre plus légère (110 grammes), au lieu d’être mélangée au billes d’acier est regroupée à l’arrière de l’obus. Les 261 billes était alors projetées vers le sol, de façon plus efficace qu’avec le modèle M. Ces deux obus furent par la suite modifiés pour l’utilisation antiaérienne, l’obus M donnant le M modifié 1911, le A devenant le A modifié 1917, qui utilisait une fusée retard d’un maximum de quarante secondes. D’autre obus seront conçus en cours de guerre, l’obus fumigène de 1915, qui contient dans le corps de l’obus explosif, une composition à base de phosphore produisant un épais nuage de fumée, pendant quelques minutes, après sa détonation, l’obus éclairant de 1916, basé sur l’obus à balle, dont la fusée DE 22/31, provoquait l’éjection d’une cartouche éclairante et de son parachute, qui éclairait ensuite le champ de bataille pendant environ quarante secondes. La même année apparut l’obus incendiaire type G, qui contenait dans le corps de l’obus à balle M, six sacs remplis d’un mélange de corde goudronnée et de phosphore, le tout mis à feu par une petite quantité de poudre noire et une fusée instantanée modèle 1914. Plus tristement célèbre encore, les obus toxiques, basés sur l’obus explosif, mais dotés d’une charge seulement suffisante pour éventrer la paroi et laisser le gaz s’échapper. Toujours en 1916, l’ingénieur André Lefèvre, mit au point un obus perforant, dit AL, qui était réalisé en fonte aciérée très épaisse et chargé de 285 grammes de TNT, mis à feu par une fusée 24/31 Schneider 1916, pesant 7,2 kilogrammes, il pouvait atteindre la portée de 9500 mètres.

Service de la pièce

Outre le chef de pièce qui dirige les opérations, une équipe de six servants est nécessaire pour utiliser le canon au maximum de ses possibilités. Lors du tir, l’équipe est ainsi répartie :

* le tireur prend place sur un siège à droite, face à la pièce, il est responsable de l’ouverture et de la fermeture de la culasse et du tir, mais aussi des changements de hausse.
* le pointeur assis lui à gauche, s’occupe du pointage en site et en dérive.
* le chargeur derrière le pointeur, engage la cartouche dans la chambre.
* derrière le caisson, trois autres hommes travaillent, deux pourvoyeurs qui alimentent l’appareil débouchoir, en obus, le déboucheur, lui perce alors les évents des fusées puis transmet l’obus préparé au chargeur.

Une équipe de servants bien entraînée arrive à tirer jusqu’à 28 coups en une minute, mais de telle cadence ne peut être tenue très longtemps, du fait de la nécessité de réapprovisionner en obus, mais aussi de la fatigue générée et de l’échauffement du tube, dans la pratique la cadence soutenue est plutôt de six coups par minute. Si le tir doit se poursuivre, on utilise d’abord les munitions du coffre d’avant train, puis celles contenues dans le caisson adjoint à la pièce, puis les voitures caisson retournent à l’échelon de combat, qui les dirige vers le dépôt de corps d’armée, pour y être rechargées, et envoie une des voitures caisson, dont il dispose, pour approvisionner la pièce. Lors d’une phase de tir longue, il s’établit alors une noria, qui alimente la batterie de tir à partir du dépôt de corps d’armée, qui lui se situe à quelques kilomètres en arrière.

Pour charger le canon, il suffisait d’ouvrir la culasse rotative et d’y insérer la cartouche, puis de refermer la culasse d’un mouvement rapide du poignet. Après avoir tiré, le recul du canon n’entraînait pas l’affût en arrière comme dans les anciens modèles. L’affût du 75 restait sur place, mais le tube du canon lui-même partait en arrière dans son logement à une distance d’1,20 m, puis glissait à nouveau dans sa position initiale grâce à un système de détente hydraulique. Quand le tube revenait en place, il suffisait d’ouvrir la culasse, qui éjectait automatiquement la cartouche vide, puis d’en placer une autre à l’intérieur.

Les avantages militaires de ce nouveau canon étaient évidents. Les artilleurs n’avaient pas besoin de sauter en arrière lorsqu’on tirait au canon, comme ils devaient le faire quand l’affût bougeait. Par conséquence ils pouvaient charger plus rapidement le canon qui par ailleurs, restait en position, ce qui évitait de devoir réajuster la cible à chaque tir. Le canon de 75 avait une cadence d’environ 6 coups par minute avec une portée de 11 km. En situation critique, il pouvait tirer jusqu’à 20 coups par minute.

Variantes

Un des premiers dérivés du modèle 1897, l’auto canon de 75 De Dion Bouton modèle 1913, destiné à la défense contre avions aux armées, est un modèle extrêmement novateur, avec son canon sur la plateforme d’un camion, pouvant pivoter sur tout l’azimut. Il se révèle cependant mal adapté, du fait d’une faible vitesse de pointage, de l’absence d’une munition adaptée, et de son coût. Un seul exemplaire existe à l’entrée en guerre, mais des groupes d’autocanons sont formés dés 1916. En 1918, quatre cents d’entre eux,assure la défense des lignes françaises contre l’aviation allemande, il sont organisés au sein de cinq régiments d’artillerie antiaérienne, les 63e, 64e, 65e, 66e et 166e, qui possèdent chacun quatre batteries de quatre autocanons, deux compagnies de projecteurs et une de ballons de protection. Il seront modifiés en 1934, par le montage d’un poste central de tir direct, et resteront en service, faute de mieux, pendant la Seconde Guerre mondiale, 236 d’entre eux servant encore en mars 1940. Pour la protection des zones arrière, au sein de la défense aérienne du territoire, on met en service un autre type de matériel, le 75 mm modèle 1897 sur plateforme modèle 1915, cette pièce fixe peut être déployée en vingt quatre heures, la plateforme permet au tube d’être pointé de 0 à 75° en site et sur un azimut de 360°. Au cours des années 1930, la vitesse des aéronefs étant devenue trop importante, on remplaça ces affûts, par des plateformes modèles 1939, plus légères. En avril 1940, il reste seulement une vingtaine d’entre eux sur plateforme modèle 1915, et quinze sur plateforme modèle 1939.

Pour rajeunir, le 75 dans son rôle de canon de campagne, entre les deux guerres, l’armée française va tenter de l’adapter à la traction automobile, qui commence à supplanter, celle hippomobile, au cours des années 1930. L’absence de suspension et les roues en bois, limitent en effet sa vitesse de déplacement à environ huit kilomètres par heure, au delà, les vibrations risquent d’endommager la pièce. Après une proposition de André Citroën, qui propose un train porteur qui se place sous le canon, lors du transport, on décide de modifier la pièce elle même en modifiant le train de roulement, deux nouvelles versions du 75 apparaissent :

* Matériel de 75 modèle 1897 modifié 1938, modification pour adapter le modèle 1897, à la traction automobile, par le remplacement des roues originales par des roues moulées à pneumatiques pleins, le frein d’abattage est conservé et l’accroissement de la masse à 1,5 tonnes, rend la manœuvre de la pièce plus pénible, il y eu environ sept cents exemplaires modifiés de cette façon, certains seront équipés de jantes embouties et de pneumatiques à chambre à air.
* Matériel de 75 modèle 1897 modifié 1938-1940, amélioration du précédent, avec des pneumatiques à chambre à air, et le frein d’abattage remplacé par des freins tambour dans les roues.

En service

Les unités équipées de 75 modèle 1897

En 1897, lorsque la pièce entre en service, l’armée française aligne, quarante régiments d’artillerie de campagne, dont les plus récents ont été créés en 1894. Par la suite, l’adoption du service national de trois ans, leur nombre passe à soixante deux. Ils se répartissent en trois types, les régiments affectés au corps d’armée à quatre groupes de batteries, au nombre de vingt, et ceux affectés aux divisions qui sont à trois groupes, sauf dix qui possèdent en plus un quatrième groupe dit à cheval, qui doit être détaché de la division de cavalerie. Chaque groupe comprend trois batteries soit un total de 648 batteries de quatre pièces.

L’état major régimentaire comprend dix-sept hommes, dont trois officiers et trois officiers de réserve, avec treize chevaux, dont onze de selle, un fourgon et deux bicyclettes. L’état major de groupe, lui, est encore plus important avec vingt et un hommes, dont six officiers, il regroupe des spécialistes aussi divers que l’officier médecin et celui vétérinaire, mais aussi le boucher. Il est équipé d’une voiture sanitaire, d’une à viande, de deux fourgons de bagages et de quinze chevaux, dont huit de selle. En temps normal, son personnel est affecté à la neuvième pièce de la première batterie du groupe, mais en temps de guerre, l’ensemble est regroupé dans le train régimentaire.

La batterie est l’unité élémentaire de l’artillerie française, l’adoption du modèle 1897, provoque sa diminution, du fait de la cadence de tir, de six à quatre pièces de tir. Cette organisation devient officielle par une ordonnance ministérielle en 1899, puis est fixée par la loi du 24 juillet 1909. Son effectif total est de trois officiers et de cent soixante- huit hommes. Le matériel comprend seize voitures, dont quatre canons, douze caissons, auxquels s’ajoutent une forge et quatre fourgons. Cent soixante-huit chevaux, dont trente-six de selle, assurent sa mobilité. Elle est subdivisée en neuf pelotons de pièces, commandés par un maréchal des logis, assisté de un ou deux brigadiers. Au combat, les cinq premiers forment la batterie de tir, commandée par le lieutenant d’active, les quatre derniers forment l’échelon de combat dirigé par le le sous-lieutenant de réserve, cependant le neuvième est la plupart du temps regroupé avec celui des autres batteries, au sein du train régimentaire. Les trente batteries à cheval, en diffèrent peu avec un effectif de quatre officiers et de cent soixante-quinze hommes, cependant pour accroître la mobilité la plupart des servants sont montés sur des chevaux de selle, on trouve donc deux cent-quinze chevaux, dont quatre vingt-deux, dans ce type de batterie.

Premières actions

Le matériel de 75 modèle 1897, est pour la première fois utilisé en opérations, en juin 1900, lors de l’expédition internationale contre les Boxers. Trois batteries sont employées, en particulier lors de la prise de Pékin le 13 août, où leur efficacité impressionne le feld marchall Von Waldersee, commandant la force expéditionnaire, qui s’empresse de rapporter à son gouvernement de la supériorité de la nouvelle pièce d’artillerie française.

Plus tard, en 1912, la Serbie, la Grèce et la Bulgarie, qui ont acheté le canon français, s’opposent tout d’abord aux Turcs, lors de la première guerre balkanique. L’armée turque, elle, est équipée de canons de 77 mmm allemands, qui se révèlent très nettement inférieurs. La seconde guerre balkanique, elle, voit s’opposer des 75 mm entre eux, la Bulgarie se retournant contre ses anciens alliés.

En action pendant la Première Guerre mondiale

La France entre en guerre avec quatre mille canons de 75, à sa disposition. Malgré leur plus faible efficacité dans le contexte de la guerre de tranchées, ils vont néanmoins prendre un rôle déterminant pendant la guerre, contribuant en particulier à l’arrêt des allemands lors de la bataille de la Marne en 1914, et à Verdun en 1916. Ils sont servis par des équipages de très haute compétence, une bonne partie des officiers d’artillerie étant sortis de grandes écoles comme Polytechnique. Il sont l’une des armes maîtresses de l’armée française et pas moins de 17 500 canons sont construits pendant la guerre, les munitions étant elles produites à plus de deux cents millions d’unités. La consommation d’obus de 75 devient démesurée : par exemple, pas moins 3,75 millions d’entre eux sont tirés lors du seul mois de mars 1916 à Verdun.

La France traverse une crise grave à la fin de l’année 1914 quand la production et les stocks d’obus, pourtant importants, se révélèrent insuffisants. On décide alors de recourir à l’industrie privée, afin d’augmenter la production journalière de vingt à cent mille obus. De nombreuses industries civiles se reconvertissent, et, grâce au travail féminin et à l’utilisation de nouveaux procédés de fabrication, comme la réalisation d’obus par usinage et non par forge, la production augmente rapidement. En septembre 1914, onze mille obus sont produits, on passe à quarante six mille au début de 1915, puis à soixante quinze mille en juin de la même année. Mais, en conséquence, la qualité des munitions décline, provoquant plus souvent des éclatements et des gonflements du tube de l’arme (1 éclatement tous les 3 000 tirs en moyenne, contre 1 tout les 500 000 en 1914). La situation est telle que le commandement finit par ordonner de n’utiliser les 75 mm qu’en dernier recours Devenu colonel, Sainte-Claire Deville est chargé du problème et réussit dès septembre 1915 à redresser les standards de production, grâce à des contrôles plus stricts. Toutefois, la qualité n’atteint plus jamais celle d’avant-guerre.

En action pendant la Seconde Guerre mondiale

Encore en service durant la Seconde Guerre mondiale, il s’illustre lors de la bataille d’El Alamein. Lors de la Bataille de Bir Hakeim, en juin 1942, les canons de 75 de la brigade des français libres, servis par le le 1er RAFFL, sont un outil efficace de la défense de l’oasis. Les forces de l’Axe perdent 51 chars et une centaine de véhicules, pour une bonne partie à cause des 75.


sources wikipedia

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