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Belvèdére : La maison au chien blanc

, par

Sous son calme apparent coupé de duels de mortiers et d’artillerie, la tête du ravin qui fait face à la route, près du petit col où celle-ci disparaît en direction de Terelle, grouille d’une vie extraordinaire. Des maisons qui semblent abandonnées s’emplissent peu à peu de monde et d’armes, jusqu’au moment où quelques obus d’artillerie ou de chars y ramènent l’immobilité et le silence. Elles ont des noms : la maison des chars, la maison au chien blanc, la maison de la crête. Ce sont les plus hautes, celles qui tiennent le sommet des pitons. Chez nous comme en face, toutes abritent des postes de section ou de groupe.

Les autres maisons, éparses sur les pentes, n’appartiennent à personne. Elles sont pourtant le centre d’allées et venues incessantes. Des patrouilles viennent s’y mettre en observation ou s’y arrêtent la nuit pour les explorer, puis repartent. Des hommes isolés s’y glissent aussi, en quête de jambons à récupérer, y faisant parfois des découvertes surprenantes.

La danse de l’artillerie attend, pour recommencer, la première éclaircie et le moment où je retraverse la plaine dans la jeep du courrier du régiment. Le premier obus allemand de la journée tombe à cent mètres du pont détruit de Sant’Elia à notre entrée dans la petite ville saccagée. Le Cifalco s’est découvert. Le Cairo montre son sommet coiffé de neige.

La pluie revient noyer notre lente remontée de la route de la Mort, dans la gadoue infâme d’une chaussée de terre où barbotent depuis plus d’un mois des milliers de chaînes chaussant des milliers de roues. Nous avons encore le temps d’être arrêtés par la Routière au carrefour de Vallerotonda. Des obus tombent un peu plus haut, sur le grand virage.

Il y a une salade de voitures, impossible de passer pendant quelque temps. Nous y parvenons enfin. Le grand virage est déblayé. Une jeep ramasse sur le bas-côté sanglant un dernier cadavre.

La pluie devient neige. Le jour tombe. Ma dernière vision est celle d’un convoi interminable de fantômes casqués qui débouche lentement du col d’Acquafondata, traînant des mulets dans le brouillard.

La neige s’est accumulée sur les casques et les épaules des hommes et sur les charges des mulets. Ils passent. Quelque part de l’autre côté de la plaine, il y aura relève cette nuit.


sources mensuel Connaissance de l’Histoire 1977 1982 Hachette

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