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Artillerie

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Il est aisé de surévaluer les pertes provoquées par l’artillerie au cours des Guerres napoléoniennes. De même, il est facile de sous-évaluer son effet psychologique. A Waterloo, tous les canons (à l’exception des quelques obusiers présents) furent mis en batterie en vue de leurs objectifs. Chaque pièce était un monstre crachant du feu et de la fumée. Les gens nés vers la fin du XVIIIe siècle étaient incapables de supporter un nombre de décibels supérieur à la moitié de ce que nous considérons comme normal en notre siècle d’avions à réaction et de motocyclettes. Les jeunes soldats formant le gros des armées alliées durent considérer ce vacarme comme épouvantable. Les « belles filles » de Napoléon impressionnèrent sans doute même les vétérans de la campagne d’Espagne. Jamais ils n’avaient vu en batterie en rase campagne une pièce de 12, avec son projectile de 12 livres.
Ces projectiles n’étaient guère dangereux, selon nos normes actuelles. Les pièces tiraient surtout des boulets ronds (8 cm de diamètre pour les canons de 4 livres, 12,5 cm pour ceux de 12 livres de l’Artillerie française). Ces projectiles n’étaient dangereux que pour ceux qui se trouvaient dans l’axe de tir, car ils n’explosaient pas. La portée — distance de la bouche à feu au point où le boulet touchait le sol avant de ricocher — variait selon le calibre : 1600 m pour le douze-livres, 1500 m pour le neuf-livres anglais, et 1200 m seulement pour les pièces de 3 livres. En règle générale, la distance de tir la plus dangereuse correspondait à la moitié de la portée maximum. Mais, sur un terrain sec, les boulets ricochaient sur plus de 1500 m et ces rebondissements n’avaient rien d’innocent. « Le boulet ricoche comme une balle de cricket », note un médecin, « la façon dont il laboure le sol permet seule d’évaluer sa force. « Arrêtez-le, les gars ! » s’était écrié un pauvre jeune Irlandais, qui tenta de bloquer le boulet avec le pied ; celui-ci fut mis en pièces, ce qui rendit l’amputation inévitable. »
Les Anglais ayant adopté une disposition sur deux rangs, de tels boulets ne pouvaient guère causer de dégâts d’autant que, sur l’ordre de Wellington, les hommes se couchaient dans toute la mesure du possible. Parce qu’à cheval, les officiers constituaient des cibles plus faciles à atteindre, mais la trajectoire des boulets étant visible par beau temps, les cris de leurs hommes les alertaient. Lorsque les soldats adoptaient une formation en colonne ou en carré, le problème devenait différent ; le boulet traversait alors la formation, brisant tout sur son passage. « Vers le soir », écrivait à propos de Waterloo un officier du 40e, « le régiment étant en colonne, un boulet décapita le capitaine Fisher à mes côtés et mit 25 hommes hors de combat. Durant de longues années de service, je n’ai jamais vu projectile plus destructeur. »
Tirer des boulets ronds exigeait un grand art ; à Dresde, dit-on, Napoléon pointa en personne une pièce, qui, en tirant, tua Moreau, son camarade et son rival. Histoire sans doute plus vraisemblable, quatre ou cinq fois de suite les artilleurs français abattirent le mât portant les couleurs espagnoles du fort de Matagorda, que défendait une garnison anglaise, lors du siège de Cadix, en 1810.
L’artillerie de campagne utilisait aussi des boîtes à mitraille. Il s’agissait d’un
cylindre « d’un diamètre légèrement inférieur à celui de l’âme du canon. Ce cylindre est plein de petits boulets ronds en fer, ce qui donne au projectile son poids. » A cette fin, on utilisait des balles de fusil ou de carabine, une boîte à mitraille de 9 livres contenant environ 180 balles. En s’épandant, cette grêle de balles causait de terribles ravages dans les rangs des unités en formation serrée, mais « la dispersion était si grande qu’à 300.m ce coup de canon était sans effet ». Lors des attaques de la cavalerie française, les canonniers anglais chargeaient leurs pièces d’un boulet rond, coiffé d’une boîte à mitraille ; la grêle de balles semait le désordre dans les premiers rangs et le boulet provoquait des dégâts jusqu’au dernier rang.
A Waterloo, dans un camp comme dans l’autre, les obusiers formaient environ le sixième des pièces d’artillerie. Le diamètre du modèle anglais était de 14 cm, celui de l’obusier français de 16,5 cm. Ces bouches à feu étaient Peu fiables, mais leur tir courbe permettait d’atteindre un adversaire à l’abri derrière une crête. Les obusiers pouvaient tirer à mitraille, mais utilisaient surtout des boulets. Ce boulet était constitué par une sphère métallique, contenant de la poudre, mise à feu par une mèche coupée à la longueur voulue et que le servant allumait. La portée variait entre 675 et 1200 m, mais les fusées fonctionnaient souvent très mal, surtout du côté français. Parfois ce projectile explosait dans les airs, voire à la sortie du canon. La mèche brûlait si lentement qu’il était possible à un ennemi courageux de l’arracher après que le projectile ait touché le sol. A Waterloo, le sol était si boueux que ces boîtes à mitraille s’enfonçaient dans le sol et ne soulevaient en explosant qu’une gerbe de terre.
Napoléon était un canonnier mais, détail curieux, les innovations en matière d’artillerie furent le fait des Anglais. Ainsi, le major Henry Shrapnell inventa la boîte sphérique qui portera son nom et qui associait les avantages du boulet et de la boîte .Å mitraille. Compte tenu de la durée voulue de la combustion, le canonnier choisissait parmi un lot de fusées ; le shrapnell explosait au-dessus des rangs ennemis. Pour l’époque, ce projectile était très fiable.
L’Artillerie britannique l’adopta en 1803 et, pendant 25 ans, les autres pays cherchèrent en vain à le copier. En 1808, lors de la campagne de Vimeiro, Wellingtonl’utilisa et il écrivit ensuite à son inventeur pour lui dire que « la boîte à mitraille sphérique avait contribué à la victoire ». Plus tard, il douta des qualités de ce projectile ; il avait eu l’occasion de voir le général Simon, tombé entre ses mains lors de la bataille de Busaco (1810). « Il avait reçu plusieurs éclats au visage et dans la tête, mais on avait réussi à les lui retirer, comme on eût fait de simples grains, de plomb à canard dans le cas d’un chasseur blessé par un ami. Il n’était pas grièvement blessé ». Wellington en conclut que « les blessures infligées par le shrapnel ne handicapent pas les personnes qui reçoivent ces éclats et ne les empêchent pas de continuer à se battre. » Il continua à expérimenter cette arme et vit qu’elle était particulièrement efficace lorsqu’elle était chargée de balles de fusil.
Quel que fût le projectile utilisé, l’artillerie n’était guère mobile ; le canon de 12 livres français et son affût pesaient t 1/2 t sans son caisson de munitions, également très lourd. Lorsque le sol était sec, il fallait un attelage de 12 chevaux pour le déplacer. Le canon anglais de 9 livres était aussi lourd (14 075 kg). En principe son attelage était de 6 chevaux, mais il en fallait souvent 8. Le canon de 6 livres de l’artillerie anglaise à pied, qui pesait 740 kg, avait un attelage de 4 chevaux, mais le canon français de même calibre, qui pesait 51 kg de moins, était tiré par 8 chevaux*. Une fois la pièce amenée à proximité de son emplacement de tir, toutes les manoeuvres devaient être effectuées par les servants à grand renfort de bragues et d’anspects. Pour le canon de 12 livres, ils étaient au nombre de 15, dont 8 canonniers et 7 simples soldats d’infanterie, qui avaient pour mission de tirer sur les bragues et d’assurer l’approvisionnement en munitions. La pièce de 4 livres était servie par 8 hommes, dont 5 canonniers.
Pour la mise en batterie, on commençait par faire pivoter la crosse d’affût de façon à amener l’axe de visée en direction de l’objectif. La hausse était ensuite réglée grâce à un dispositif d’élévation à vis, disposé à l’arrière de l’âme du canon. Pour charger la pièce, il fallait d’abord boucher la lumière du canon. On écouvillonnait ensuite l’âme du canon pour la débarrasser de tous les débris de poudre encore brûlants, et éviter d’enflammer prématurément la poudre d’une nouvelle charge.. Ensuite des doses de poudre préalablement mesurées étaient mises en place : la charge était de 1,5 livre pour le canon anglais de 6 livres et de 4,25 livres pour le canon de 12 livres. Un bourrage fait d’herbe ou de feutre était ensuite mis en place avant insertion du projectile. On ouvrait alors la’ lumière, que l’on nettoyait à l’aide d’un crochet. Un petit tube de poudre ou une mèche de coton imprégné était glissé dans la lumière ; en touchant à l’aide d’une corde à feu l’amorce contenue dans la lumière, on provoquait la mise à feu.
Le canonnier n’en avait pas fini pour autant. Les pièces n’étaient munies d’aucun dispositif absorbant le recul et, après chaque coup, il fallait ramener le canon en batterie. Après la bataille de Waterloo », note un officier d’une batterie d’artillerie à cheval, « le terrain était si labouré et les hommes si épuisés qu’il était impossible de ramener les pièces en batterie après chaque salve. L’action terminée, les pièces ne formaient plus, par suite du recul, qu’un tas confus. « On estimait — et la chose n’a rien de surprenant — qu’un canon de 12 livres ne pouvait guère tirer plus d’un coup par minute. Les pièces plus légères arrivaient à tirer toutes les 30 secondes.

Les affûts des pièces françaises étaient standardisés ; en 1776, Jean-Baptiste Gribeauval avait dessiné une série d’excellents affûts ne comportant pas d’avant-train ; celui-ci était remplacé par deux roues amovibles. Ce dispositif présentait de nombreux avantages, mais apparemment les pièces anglaises avec leur avant-train étaient moins pondéreuses.


sources Uniformes des armées de Waterloo 1815 Ugo Pericoli ed Edita 1973

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